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Ainsi Virgile, Enéide, livre VI, vers

. . . Magnum si pectore possit Excussisse deuni

« Elle (la prêtresse) veut repousser de son cœur le puissant dieu qui l'obsède... »

Lamartine a dit aussi de l'inspiration poétique :

Enthousiasme, aigle vainqueur.

Au bruii de tes ailes de flamme

Je frémis d'une sainte horreur

Mais à l'essor de la pensée

L'instinct des sens s'oppose en vain :

Sous le dieu mon âme oppressée

Bondit, s'élance et bat mon sein.

Etonné du feu qui me brûle,

Je l'irrite en le combattant

Éloge d'Homère : aux détracteurs de l'antiquité.

A la source d'Hippocrène ', Homère, ouvrant ses rameaux, S'élève comme un vieux chêne Entre de jeunes ormeaux 2.

Les savantes immortelles, Tous les jours de fleurs nouvelles Ont soin de parer son front ; Et, par leur commun suffrage, Avec elles il partage Le sceptre du double mont 3.

Ainsi les chastes déesses, Dans ces bois verts et fleuris, Comblent de justes largesses Leurs antiques favoris.

Mais pourquoi leur docte lyre Prendrait-elle un moindre empire Sur les esprits des neuf sœurs, Si de son pouvoir suprême Pluton, Cerbère lui-même, Ont pu sentir les douceurs h ?

Quelle est donc votre manie, Censeurs, dont la vanité

1. Fontaine de Béotie, consacrée aux Muses, que le poète désigne sous te nom de savantes immortelles.

2. Eontanes dit à propos de ces vers : « Cette image d'Homère qui ouvre ses rameaux est d'une singulière audace, et pourtant n'a rien de bizarre. Elle est déjà préparée dans le premier vers, et le goût, en la développant, a soin de la justifier par la comparaison du chêne qui s'élève entre de jeunes ormeaux. »

3. « Cette strophe, dit M. Manuel, ne contient-elle pas en germe l'admirable Apothéose cl' Homère, peinte par Ingres sur l'une des voûtes du palais du Louvre? »

A. Voyez les Géoryiques de Virgile, livre IV, vers 480 et suivants.

De ces rois de l'harmonie Dégrade la majesté ; Et qui, par un double crime1, Contre l'Olympe sublime Lançant vos traits venimeux, Osez, dignes du tonnerre, Attaquer ce que la terre Eut jamais de plus fameux ?

Impitoyables Zoïles 2, Plus sourds que le noir Pluton, Souvenez-vous, âmes viles, Du sort de l'affreux Python *.

Chez les filles de Mémoire Allez apprendre l'histoire De ce serpent abhorré, Dont l'haleine détestée, De sa vapeur empestée, Souilla leur séjour sacré.

Ibid.

1. Le poète considère qu'il y a un double crime à méconnaître le génie et à l'insulter, puisque c'est insulter le Ciel même d'où il émane.

2. Zoïle était un critique grec du quatrième siècle avant Jésus- Christ, célèbre par l'injustice amère de ses censures contre Homère. Le nom a, depuis, personnifié les critiques qui apportent dans leurs jugements un parti pris de malveillance et de dénigrement.

3. Serpent tué par Apollon : bel emblème de l'envie. On peut voir, au sujet de Python, le premier livre des Métamorphoses d'Ovide.

Déjà nous avons inscrit le nom de Voltaire parmi ceux de nos plus grands prosateurs ; un rang ne lui est pas moins dû entre nos premiers poètes. S'il n'eut pas, comme quelques autres, cette patience scrupuleuse qui poursuit dans un genre et atteint la perfection, il fut dans presque tous également supérieur : il réunit en lui une prodigieuse variété de talents, qui, disséminés, auraient suffi à l'illustration de plusieurs hommes. Parfois digne émule de. Corneille et de Racine dans la tragédie, il a tenté seul avec un certain succès de donner une épopée à la France. Excellent aussi dans le poème didactique, l'un de ses principaux mérites fut de revêtir des couleurs d'une imagination brillante les plus hautes idées de la science, et, pendant que Fontenelle en propageait l'intelligence par la clarté de sa prose facile, de la populariser également par le prestige des beaux vers. En même temps, par un singulier contraste, c'est lui qui a le mieux réussi dans la poésie légère : heureux si l'enjouement et la malice, qu'il prodigue en badinant, n'eussent pas offensé trop souvent la religion, la morale et la vertu!

Surprise tentée sur Paris par Henri IV.

Après la mort de Henri III, les États de la Ligue se sont assemblés dans Paris pour choisir un roi '. Pendant qu'ils sont occupés de leurs délibérations, Henri IV livre un assaut à la ville. L'assemblée des Etats se sépare, et ceux qui la composaient vont combattre sur les remparts. C'est ce combat que le poète décrit.

Armé d'un fer sanglant, couvert d'un bouclier, Henri vole à leur tête2, et monte le premier.

1. Voltaire, usant de la liberté reconnue aux poètes épiques, a placé immédiatement après la mort de Henri III les Etats de Paris, qui, en réalité, ne se tinrent que quatre ans après, en 1593.

2. A la tète de ses soldats, parmi lesquels on distingue Mornay, dont Voltaire a dit :

Il marche eu philosophe où l'honneur le conduit, Condamne les combats, plaint sou maître, et le suit.

Il monte : il a déjà, de ses mains triomphantes, Arboré de ses lis les enseignes flottantes. Les ligueurs, devant lui, demeurent pleins d'effroi : Ils semblaient respecter leur vainqueur et leur roi. Us cédaient; mais Mayenne1 à l'instant les ranime; Il leur montre l'exemple, il les appelle au crime ; Leurs bataillons serrés pressent de toutes parts Ce roi dont ils n'osaient soutenir les regards. Sur le mur avec eux, la Discorde cruelle Se baigne dans le sang que l'on verse pour elle. Le soldat, à son gré, sur ce funeste mur, Combattant de plus près porte un trépas plus sûr. Alors on n'entend plus ces foudres de la guerre Dont les bouches de bronze épouvantaient la terre; Un farouche silence, enfant de la fureur, A ces bruyants éclats succède avec horreur. D'un bras déterminé, d'un œil brûlant de rage, Parmi ses ennemis chacun s'ouvre un passage. On saisit, on reprend, par un contraire effort, Ce rempart teint de sang, théâtre de la mort. Dans ses fatales mains la Victoire incertaine Tient encor, près des lis, l'étendard de Lorraine. Les assiégeants surpris sont partout renversés, Cent fois victorieux, et cent fois terrassés ; Pareils à l'Océan poussé par les orages, Qui couvre, à chaque instant, et qui fuit ses rivages.

Jamais le roi, jamais son illustre rival, JN'avaient été si grands qu'en cet assaut fatal : Chacun d'eux au milieu du sang et du carnage, Maître de son esprit, maître de son courage,

1. Charles de Lorraine, duc de Mayenne, naquit en 1554. 11 était le troisième fils du duc François de Guise. Le 12 février 1589, il avait été investi du titre de lieutenant général de l'Etat et couronne de France. Après la reddition de Paris, il essaya de prolonger la guerre civile ; mais, en 1596, il se rallia à Henri IV et lui resta fidèle. On peut voir la plaisante harangue que lui prêtent les auteurs de la Satire Ménippée, à la page 69 des Morceaux choisis pour la Classe de Seconde.

Feugère. Quatrième. Extraits. 1"

Dispose, ordonne, agit1, voit tout en même temps, Et conduit d'un coup d'œil ces affreux mouvements.

Cependant des Anglais la formidable élite, . Par le vaillant Essex 2 à cet assaut conduite, Marchait sous nos drapeaux pour la première fois, Et semblait s'étonner de servir sous nos rois. Essex monte a la brèche où combattait d'Aumale 3 ; Tous deux jeunes, brillants, pleins d'une ardeur égale, Tels qu'aux remparts de Troie on peint les demi-dieux. Leurs amis, tout sanglants, sont en foule autour d'eux : Français, Anglais, Lorrains, que la fureur assemble, Avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.

Ange qui conduisiez leur fureur et leur bras, Ange exterminateur, àmedeces combats, De quel héros enfin prîles-vous la querelle? Pour qui pencha des cieux la balance éternelle? Longtemps Bourbon, Mayenne, Essex, et son rival, Assiégeants, assiégés, font un carnage égal. Le parti le plus juste eut enfin l'avantage; Enfin Bourbon l'emporte, il se fait un passage : Les ligueurs fatigués ne lui résistent plus; Ils quittent les remparts, ils tombent éperdus,

Comme on voit un torrent, du haut des Pyrénées, Menacer des vallons les nymphes consternées, Les digues qu'on oppose à ses flots orageux Soutiennent quelque temps son choc impétueux; Mais bientôt, renversant sa barrière impuissante,

1. Souvenir d'un vers de Boileau dans le Passage du Rhin. Voir le deuxième vers du morceau donné à la page 255 de ce volume.

2. Il s'agit ici du comte d'Essex. qui commandait les troupes envoyées par la reine Elisabeth pour soutenir Henri IV. Essex, convaincu, en 1601, d'avoir conspiré contre Elisabeth, fut condamné à mort et périt sur l'èchafaud. Sa mort a fourni un sujet de tragédie â Thomas Corneille.

3. Charles de Lorraine, duc d'Aumale, auquel les Seize, en 1589, déférèrent le commandement de Paris.

VOLTAIRE. 29i

Il porte au loin le bruil, la mort et l'épouvante, Déracine, en passant, ces chênes orgueilleux Qui bravaient les hivers, et qui touchaient les cieux; Détache les rochers du penchant des montagnes, Et poursuit les troupeaux fuyant dans les campagnes : Tel Bourbon descendait à pas précipités Du haut des murs fumants qu'il avait emportés; Tel, d'un bras foudroyant fondant sur les rebelles, Il moissonne, en courant, leurs trojpes criminelles *.

La Henriade, chant vi.

Brutus affranchit l'esclave qui a révélé la conspiration pour rétablir les Tarquius*.

brutus, les sénateurs, proculus tribun militaire), licteurs, l'esclave yi.ndex.

BRUTUS

Oui, Rome n'était plus; oui. sous la tyrannie, L'auguste liberté tombait anéantie; Vos tombeaux se rouvraient; c'en était fait : Tarquin Rentrait dès celte nuit, la vengeance à la main3. C'est cet ambassadeur ', c'est lui dont l'artifice Sous les pas des Romains creusait ce précipice.

1. Cependant cette tentative de Henri IV échoua. Un pont qu'on avait néglige de couper permit au duc de Mayenne de rentrer dans Paris, et de repousser Henri IV, qui prit la route de Tours (1589). L'année suivante, il gagnait la bataille d'Ivrv, qui lui rouvrit la route de Paris.

2. Voir le récit de Tite-Live, au livre II de son Histoire, chapitre Ier et suivants.

3. L'expression est de Corneille, qui fait dire à Pauline (Polyeucte, acte I, scène ni) :

Je l'ai vu cette nuit, ce malheureux Sévère,

La vengeance à la main, l'œil ardent de colère

4. L'ambassadeur de Porsenna, Arons, qui sera nommé quelques vers plus bas.

Enfin, le croirez-vous? Rome avait des enfants

Qui conspiraient contre elle, et servaient les tyrans :

Messala1 conduisait leur aveugle furie.

A ce perfide Arons il vendait sa patrie;

Mais le Ciel a veillé sur Rome et sur vos jours:

[En montrant l'esclave.) Cet esclave a d'Arons écouté les discours ; Il a prévu le crime, et son avis fidèle A réveillé ma crainte, a ranimé mon zèle. Messala, par mon ordre arrêté cette nuit, Devant vous à l'instant allait être conduit: J'attendais que du moins l'appareil des supplices De sa bouche infidèle arrachât ses complices2; Mes licteurs l'entouraient, quand Messala soudain, Saisissant un poignard, qu'il cachait dans son sein, Et qu'à vous, sénateurs, il destinait peut-être : « Mes secrets, a-t-il dit, que l'on cherche à connaître, C'est dans ce cœur sanglant qu'il faut les découvrir, Et qui sait conspirer, sait se taire et mourir. » On s'écrie; on s'avance : il se frappe, et le traître Meurt encore en Romain, quoique indigne de l'être. Déjà des murs de Rome Arons était parti : Assez loin vers le camp nos gardes l'ont suivi; On arrête à l'instant Arons avec Tullie3. Bientôt, n'en doutez point, de ce complot impie Le Ciel va découvrir ton Les les profondeurs : Publicola partout en cherche les auteurs ; Mais quand nous connaîtrons le nom des parricides, Prenez garde, Romains, point de grâce aux perfides : Fussent-ils nos amis, nos frères, nos enfants4, Ne voyez que leur crime, et gardez vos serments. Rome, la liberté, demandent leur supplice;

1. Messala, l'un des principaux conspirateurs, ami de Titus, fils de Brutus.

2. Arrachât le nom des complices. La hardiesse de l'expression n'ôte rien à sa clarté.

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