‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 128 sur 156 · PROCULUS · texte numérisé non relu

PROCULUS

Le voici.

titps. C'est Brutus! 0 douloureux moments! 0 terre, entr'ouvre-toi sous mes pas chancelants .' Seigneur, soutirez qu'un fils...

brutus. Arrête, téméraire !

De deux fds que j'aimais les dieux m'avaient l'ail père : J'ai perdu l'un; que dis-je? ah ! malheureux Titus, Parle : ai-je encore un fils ?

titus. Non, vous n'en avez plus1.

brutus.

Réponds donc à ton juge, opprobre de ma vie !

(// s'assied.) Avais-tu résolu d'opprimer ta patrie?

D'abandonner Ion père au pouvoir absolu? De trahir les serments?

titus. Je n'ai rien résolu.

Plein d'un mortel poison dont l'horreur me dévoie'2 Je m'ignorais moi-même, et je me cherche encore; Mon cœur, encor surpris de son égarement, Emporté loin de soi, l'ut coupable un moment : Ce moment m'a couvert d'une honte éternelle ; A mon pays rjue j'aime il m'a fait infidèle;

1. Par ce mot, Titus fait entendre qu'il a perdu tout droit au pardon de Brutus.

2. L'expression est mauvaise. On ne saurait admettre que l'horreur d'un poison dévore.

Mais, ce moment passé, mes remords infinis1 Ont égalé mon crime et vengé mon pays. Prononcez mon arrêt. Rome, qui vous contemple, A besoin de ma perte et veut un grand exemple : Par mon juste supplice il faut épouvanter Les Romains, s'il en est qui puissent m'imiter. Ma mort servira Rome autant qu'eût fait ma vie, Et ce sang, en tout temps utile à sa patrie, Dont je n'ai qu'aujourd'hui souillé la pureté, N'aura coulé jamais que pour la liberté.

BRUTUS

Quoi! tant de perfidie avec tant de courage ! De crimes, de vertus, quel horrible assemblage! Quoi! sous ces lauriers même, et parmi ces drapeaux, Que son sang à mes yeux rendait encorplus beaux! Quel démon t'inspira celte horrible inconstance?

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