‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 129 sur 156 · TITUS · texte numérisé non relu

TITUS

Toutes les passions, la soif de la vengeance, L'ambition, la haine, un instant de fureur

BRUTUS

Achève, malheureux !

titus. Une plus grande erreur, Un feu qui de mes sens est même encor le maître, Qui fit tout mon forfait, qui l'augmente peut-être. C'est trop vous offenser par cet aveu honteux, Inutile pour Rome, indigne de nous deux2. Mon malheur est au comble ainsi que ma furie ;

1. « Remords infinis, le mot est impropre. Mais il s'agit ici d'une remarque plus importante : tout ce que dit Titus est vague et indéterminé. Mon cœur fut coupable un moment. De quoi ? Ne devait-il pas dire : « Oui, séduit par Arons et Messala, encore plus par une fatale passion, aigri contre le sénat, j'ai promis à Messala, dans un moment de fureur, d'ouvrir une des portes; mais je m'en suis repenti sur-le-champ, et je n'ai rien fait. » (La Harpe.)

2. « Titus s'arrête là et n'en dit pas davantage sur cet amour dont tout autre eût fait son excuse. II n'ose pas même prononcer devant Brutus ce mot d'amour; il en rougit et regarde comme un crime d'avoir aimé la fille d'un tyran, la fille de Tarquin. Quel art daus cette réserve ! » (La Harpe.)

Terminez mes forfaits, mon désespoir, ma vie, Votre opprobre et le mien. Mais si dans les combats J'avais suivi la trace où m'ont conduit vos pas, Si je vous imitai, si j'aimai ma patrie, D'un remords assez grand si ma faute est suivie,

(// se jette à genoux.) A cet infortuné daignez ouvrir les bras ; Dites du moins : « Mon fils, Brutus ne te liait pas! » Ce mot seul, me rendant mes vertus et ma gloire, De la honte où je suis défendra ma mémoire : On dira que Titus, descendant chez les morts, Eut un regard de vous pour prix de ses remords, Que vous l'aimiez encor, et que, malgré son crime, Votre fils dans la tombe emporta votre estime.

BRUTUS

Son remords me l'arrache. 0 Rome! ô mon pays! Proculus..., à la mort que l'on mène mon fils. Lève-toi, triste objet d'horreur et de tendresse; Lève-toi, cher eppui qu'espérait ma vieillesse; Viens embrasser ton père : il t'a dû condamner ; Mais, s'il n'était Brutus, il t'allait pardonner *. Mes pleurs, en te parlant, inondent ton visage; Va, porte à ton supplice un plus mâle courage; Va, ne t'attendris point, sois plus Romain que moi, Et que Rome t'admire en se vengeant de loi.

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