Sarpédon, roi de Lycie, fut tué par Patrocle
Contre ces grands écueils qui, cachés dans l'abîme,
Ne découvrent aux yeux que leur énorme cime,
Et sous le nom d'autels1 s'enfoncent dans les eaux.
Le rapide Notus a porté trois vaisseaux;
Trois autres, par l'Eu ras, ô spectacle effroyable!
Sont jetés, entraînés, enchaînés dans le sable.
Oronle, sur le sien, tel qu'un mont escarpé,
Voit fondre un large flot : par sa chute frappé,
Le pilote tremblant, et la tête baissée2,
Suit l'onde qui retombe; et la mer courroucée
Trois fois sur le vaisseau s'élance à gros bouillons,
L'enveloppe trois fois de ses noirs tourbillons ;
Et, cédant tout à coup à la vague qui gronde,
La nef tourne, s'abîme et disparait sous l'onde :
Alors, de toutes parts, s'olfre un confus amas
D'armes et d'avirons, de voiles et de mâts,
Les débris d'Uion, son antique opulence,
Et quelques malheureux sur un abîme immense.
Déjà d'Hionée et du vaillant Abas
L'eau brise le tillac, le vent courbe les mâts;
Déjà du vieil Alèthe et du fidèle Achate
Le vaisseau fatigué s'ouvre, se brise, éclate;
Et la vague ennemie entre de tous côtés.
Cependant de l'orage et des vents révoltés Neptune entend le bruit : courroucé, mais tranquille. Sur le sein orageux de la mer indocile Il lève fièrement son front majestueux : Des flots désordonnés le choc impétueux, Les Troyens dispersés, battus par la tempête, Tout le ciel enflammé s'écroulant sur leur tête, Lui montrent un pouvoir enaemi d'Uion; Et sans peine à ce trouble il reconnaît Junon.
Enéide, livre Ier.
1. Il est question des îles iEipnures, près de la côte d'Afrique.
2. Le texte porte volvitur in caput, et Sainte-Beuve, à ce propos, fait cette observation : « Homère (Odyssée, liv. XII, vers 414-417), en faisant tomber le pilote, dont la tète est écrasée par le mât, avait dit : pareil à un plongeur, il tomba du bord, et, des nau-
L'horloge des fleurs.
Le soir, de nos jardins parcourez les carreaux1 ;
Voyez, ainsi que nous, sur leurs tiges baissées,
S'assoupir de ces fleurs les têtes affaissées,
Et, dormant au lieu même où veilleront leurs sœurs,
Du nocturne repos savourer les douceurs.
Voyez comment l'instinct qui gouverne les plantes
Assigne à leur réveil des heures différentes :
L'une s'ouvre la nuit, l'autre s'ouvre le jour;
Du soir ou du midi l'autre attend le retour.
Je vois avec plaisir cette horloge vivante;
Ce n'est plus ce contour où l'aiguille mouvante
Chemine tristement le long d'un triste mur2;
C'est un cadran semé d'or, de pourpre et d'azur,
Où d'un air plus riant, en robe diaprée,
Les filles du printemps mesurant la durée,
Ou nous marquant les jours, les heures, les instants,
Dans un cercle de fleurs ont enchaîné le temps.
Les Trois Règnes, c liant VI.
fragés qui nagent comme ils peuvent après que le coup de tonnerre les a précipités du vaisseau, il avait dit : pareils à des corneilles, autour du vaisseau noir, ils étaient portés par les vagues. Cette image est parfaite, aussi bien que celle du plongeur. » Virgile a reculé devant une image trop vive, trop parlante; du moins ne faut-il pas mettre a son compte la tête baissée de Delille, qui est vraiment trop faible et trop banale.