‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 143 sur 156 · Du sud au nord. L'aquilon est le vent du nord · texte numérisé non relu

Du sud au nord. L'aquilon est le vent du nord

3. « J'avais perdu l'année précédente, par une mort précoce. la personne que j'avais le plus aimée jusque-là. » (Lamartine.)

Et ce bien idéal que toute âme désire,

Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore, Vague objet de mes vœux, m'élancer jusqu'à toi ! Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore? Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie. Le vent du soir se lève et l'arrache aux vallons; Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie : Emportez-moi comme elle, orageux aquilons!

Premières Méditations poétiques, i.

Bonaparte.

Sur un écueil batlu par la vague plaintive, Le nautonier de loin voit blanchir sur la rive Un tombeau près du bord par les flots déposé; Le temps n'a pas encor)bruni l'étroite pierre, Et sous le vert tissu de la ronce et du lierre On distingue... un sceptre brisé!

Ici gît... point de nom!... demandez à la terre ! Ce nom? il est inscrit en sanglant caractère, Des bords du Tanaïs au sommet du Cédar '., Sur le bronze et le marbre, et sur le sein des braves*, Et jusque dans le cœur de ces troupeaux d'esclaves Qu'il foulait tremblants sous son char.

1. Le poète rappelle dans ce vers la guerre de Russie et l'expédition d'Egypte. Tanaïs, aujourd'hui Don, est un fleuve de la Russie d'Europe, et Cédar, une ville de l'Arabie déserte, près de la Palestine.

2. Sur le sein des braves. Lamartine veut-il parler de la décoration? ou des blessures reçues à la guerre? L'épithète de sanglant, deux vers plus haut, semble rendre ce dernier sens plus probable.

Depuis les deux grands noms ' qu'un siècle au siècle an- Jamais nom qu'ici-bas toute langue prononce [nonce, Sur l'aile de la foudre aussi loin ne vola. Jamais d'aucun mortel le pied qu'un souffle efface N'imprima sur la terre une plus forte trace; Et ce pied s'est arrêté là!...

Il est là !... sous trois pas un enfant le mesure î '. Son ombre ne rend pas même un léger murmure. Le pied d'un ennemi foule en paix son cercueil. Sur ce front foudroyant le moucheron bourdonne, Et son ombre n'entend que le bruit monotone D'une vague contre un écueil.

Ta tombe et ton berceau sont couverts d'un nuage; Mais, pareil à l'éclair, tu sortis d'un orage; Tu foudroyas le monde avant d'avoir un nom : Tel ce Nil dont Memphis boit les vagues fécondes Avant d*être nommé fait bouillonner ses ondes Aux solitudes de Memnon.

Les dieux étaient tombés, les trônes étaient vides; La Victoire te prit sur ses ailes rapides. D'un peuple de Brutus 3 la gloire te fit roi. Ce siècle dont l'écume entraînait dans sa course Les mœurs, les rois, les dieux... refoulé vers sa source, Recula d'un pas devant toi.

Ainsi, dans les accès d'un impuissant délire, Quand un siècle vieilli de ses mains se déchire,

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