Sans doute César et Alexandre
2. Ainsi Juvênal, en parlant d'Annibal [Satire x, vers 146 et suivants) :
Expende Annibalem, quot libras in duce summo Invenies? Hic est quem non capit Africa Mauro Perfusa Oceano, Niloque ailmota tepenti!
« Mets dans la balance les cendres d'Annibal : tu verras combien de livres pèse ce grand capitnine. Le voilà celui que n'a pu contenir l'espace compris entre l'Océan Maure et les tiédes eaux du Nil ! »
3. Les Français avaient tué leur roi, comme Brutus avait tué César.
En jetant dans ses fers un cri de liberté, Un héros tout à coup de la poudre se lève, Le frappe avec son sceptre... (1 s'éveille, et le rêve Tombe devant la vérité !
Ah! si, rendant ce sceptre à ses mains légitimes, Plaçant sur ton pavois de royales victimes, Tes mains des saints bandeaux avaient lavé l'affront! Soldat vengeur des rois, plus grand que ces rois même. De quel divin parfum, de quel pur diadème, La gloire aurait sacré ton nom * !
Gloire, honneur, liberté, ces mots que l'homme adore, Retentissaient pour toi comme l'airain sonore Dont un stupide écho répèle au loin le son : De cette langue en vain ton oreille frappée Ne comprit ici-bas que le cri de l'épée, Et le mâle accord du clairon.
Superbe, et dédaignant ce que la terre admire, Tu ne demandais rien au monde que l'empire. Tu marchais... tout obstacle était ton ennemi; Ta volonté volait comme ce trait rapide Qui va frapper le but où le regard le guide, Même à travers un cœur ami.
Tu n'aimais que le bruit du fer, le cri d'alarmes, L'éclat resplendissant de l'aube sur les armes ; El ta main ne flattait que ton léger coursier, Quand les flots ondoyants de sa pâle crinière Sillonnaient, comme un vent, la sanglante poussière. Et que ses pieds brisaient l'acier.
Tu grandis sans plaisir, tu tombas sans murmure; Rien d'humain ne battait sous ton épaisse armure : Sans haine et sans amour, tu vivais pour penser. Comme l'aigle régnant dans un ciel solitaire,
1. Le poète regrette ici que Bonaparte n'ait pas rendu le trône à. son héritier légitime.
Tu n'avais qu'un regard pour mesurer la terre, Et des serres pour l'embrasser !
S'élancer d'un seul bond au char de la victoire; Foudroyer l'univers des splendeurs de sa gloire; Fouler d'un même pied des tribuns et des rois; Forger un joug trempé dans l'amour et la haine ; Et faire frissonner sous le frein qui l'enchaîne Un peuple échappé de ses lois;
Être d'un siècle entier la pensée et la vie ; Émousser le poignard, décourager l'envie; Ébranler, raffermir l'univers incertain ; Aux sinistres clartés de ta foudre qui gronde Vingt fois contre les dieux jouer le sort du monde : Quel rêve!... et ce fut ton destin!...
Tu tombes cependant de ce sublime faîte; Sur ce rocher désert jeté par la tempête, Tu vis tes ennemis déchirer ton manteau ; Et le sort, ce seul dieu qu'adora ton audace, Pour dernière faveur t'accorda cet espace Entre le trône et le tombeau '.
Nouvelles Méditations poétiques, vu.
Pensée des morts.
Voilà les feuilles sans sève Qui tombent sur le gazon; Voilà le vent qui s'élève Et gémit dans le vallon ; Voilà l'errante hirondelle
1. Cet espace entre le trône et le tombeau, c'est-à-dire l'île Sainte-Hélène.— Cf. Casimir Delavigne, la vie Messénienne du livre II; Victor Hugo, la 40e Orientale, Lui; Auguste Barbier, l'Idole, la vie pièce des ïambes et Poèmes. Chacune de ces pièces à un caractère propre qu'il serait intéressant de relever et de comparer.
Qui rase du bout de l'aile L'eau dormante des marais; Voilà l'enfant des chaumières Qui glane sur les bruyères Le bois tombé des forêts.
L'onde n'a plus le murmure Dont elle enchantait les bois; Sous des rameaux sans verdure Les oiseaux n'ont plus de voix ; Le soir est près de l'aurore ; L'astre à peine vient d'éclore, Qu'il va terminer son tour ; Il jette par intervalle Une lueur, clarté pâle Qu'on appelle encore un jour.
L'aube n'a plus de zéphyre Sous ses nuages dorés ; La pourpre du soir expire Sous les flots décolorés ; La mer solitaire et vide N'est plus qu'un désert aride Où l'œil cherche en vain l'esquif; Et sur la grève plus sourde La vague orageuse et lourde N'a qu'un murmure plaintif.
La brebis sur les collines
Ne trouve plus le gazon ;
Son agneau laisse aux épines
Les débris de sa toison ;
La flûte aux accords champêtres
Ne réjouit plus les hêtres
Des airs de joie ou d'amours ;
Toute herbe aux champs est glanée :
Ainsi finit une année,
Ainsi finissent nos jours ',
1 . Tout ce tableau des derniers jours de l'autouine, de ces nié-
C'est la saison où tout tombe Aux coups redoublés des vents ; Un vent qui vient de la tombe Moissonne aussi les vivants :
Us tombent alors par mille, Comme la plume inutile Que l'aigle abandonne aux airs, Lorsque des plumes nouvelles Viennent réchauffer ses ailes A l'approche des hivers1.
C'est alors que ma paupière Vous vit pâlir et mourir, Tendres fruits qu'à la lumière Dieu n'a pas laissés mûrir.' Quoique jeune sur la terre.
Je suis déjà solitaire Parmi ceux de ma saison 2; Et quand je dis en moi-même :
« Où sont ceux que ton cœur aime? »
Je regarde le gazon....
Ah ! vous pleurer est le bonheur suprême, Mânes chéris, de quiconque a des pleurs ! Vous oublier, c'est s'oublier soi-même : N'êles-vous pas un débris de nos cœurs?
En avançant dans notre obscur voyage.
Du doux passé l'horizon est plus beau; En deux moitiés notre âme se partage, Et la meilleure appartient au tombeau !
lancoliques tristesses, est d'une grande beauté. Si l'on comparait ces vers à ceux de Millevoye, de Chènedollé, qui ont peint les mêmes scènes, on sentirait mieux encore combien cette poésie de Lamartine était neuve, pénétrante et large.
1. L'image est poétique et juste, précisément, parce qu'elle nous fait comprendre que cette loi cruelle de la mort est la condition du perpétuel rajeunissement de la nature.