L'éclair qui déchire la voile du vaisseau
3. C'est Paris qui tombe comme Babylone. L'expression est d'une brièveté obscure.
4. L'image est bizarre; mais ces taches vont être rachetées par les beaux vers qui vont suivre.
Donner pour astre à des armées L'étoile de vos éperons !
Dieu garde la durée et vous laisse l'espace : Vous pouvez sur la terre avoir toute la place, Être aussi grand qu'un front peut l'être sous le ciel; Sire, vous pouvez prendre, à votre fantaisie, L'Europe à Charlemagne, à Mahomet l'Asie; Mais tu ne prendras pas demain à l'Eternel !
Les Chants du Crépuscule, v.
La Charité.
Hélas! juillet a fait sa gerbe ; L'été, lentement effacé, Tombe feuille à feuille dans l'herbe Et jour à jour dans le passé.
Puis octobre perd sa dorure ; Et les bois dans les lointains bleus Couvrent de leur rousse fourrure L'épaule des coteaux frileux.
L'hiver des nuages sans nombre Sort, et chasse l'été du ciel, Pareil au temps, ce faucheur sombre Qui suit le semeur éternel' !
Le pauvre alors s'effraye et prie.
L'hiver, hélas! c'est Dieu qui dort; C'est la faim livide et maigrie Qui tremble auprès du foyer mort!
Il pleure, la nature est morte!
0 rude hiver! ô dure loi!
1. Le faucheur sombre est la mort, et le semeur éternel est la vie, qui se renouvelle sans cesse.
Soudain un ange ouvre sa porte Et dit en souriant : C'est moi!
Cet ange qui donne et qui tremble, C'est l'aumône aux yeux de douceur, Au front crédule, et qui ressemble A la Foi, dont elle est la sœur!
« Je suis la Charité, l'amie Qui se réveille avant le jour, Quand la nature est rendormie, Et que Dieu m'a dit : « A ton tour! »
« Je viens visiter ta chaumière
Veuve de l'été si charmant!
Je suis iille de la prière,
J'ai des mains qu'on ouvre aisément.
« J'accours, car la saison est dure!
J'accours, car l'indigent a froid!
J'accours, car la tiède verdure Ne fait plus d'ombre sur le toit!
« Je prie, et jamais je n'ordonne.
Chère à tout homme, quel qu'il soit, Je laisse la joie à qui donne, Et je l'apporte à qui reçoit. »
Les Voix intérieures, v.
L'amour paternel'.
A quoi je songe? — Hélas! loin du Loit où vous êtes, Enfants, je songe à vous! à vous, mes jeunes têtes, Espoir de mon été déjà penchant et mur, Rameaux dont, tous les ans, l'ombre croit sur mon mur,
1. Cette pièce fut composée par Victor Hugo eu 1836, au bord tic la mer, à Saint-Valéry en Caux.
Douces âmes à peine au jour épanouies,
Des rayons de votre aube encor tout éblouies!
Je songe aux deux petits qui pleurent en riant,
Et qui font gazouiller sur le seuil verdoyant,
Comme deux jeunes fleurs qui se heurtent entre elles,
Leurs jeux charmants mêlés de charmantes querelles!
Et puis, père inquiet, je rêve aux deux aines
Qui s'avancent déjà de plus de flots baignés.
Laissant pencher parfois leur tête encor naïve.
L'un déjà curieux, l'autre déjà pensive!
Seul et triste au milieu des chants des matelots,
Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flots
S'ouvrant et se fermant comme autant de narines,
Mêlent au vent des cieux mille haleines marines,
Où l'on entend dans l'air d'ineffables échos,
Qui viennent de la terre ou qui viennent des eaux,
Alors je songe ! — A vous, enfants, maison, famille,
A la table qui rit, au foyer qui pétille,
A tous les soins pieux que répandent sur vous
Votre mère si tendre et votre aïeul si doux!
Et tandis qu'à mes pieds s'étend, couvert de voiles,
Le limpide Océan, ce miroir des étoiles,
Tandis que les nochers laissent errer leurs yeux
De l'infini des mers à l'infini des cieux.
Moi, rêvant à vous seuls, je contemple et je sonde
L'amour que j'ai pour vous dans mon àmc profonde,
Amour doux et puissant qui toujours m'est resté.
Et cette grande mer est petite à côte!
Ibid., xxin.
Après la bataille.
Mon père, ce héros au sourire si doux1,
Suivi d'un seul housard, qu'il aimait entre tous