Parce que cette route sera longue et pénible
2. Sainte-Beuve au tome VI des Nouveaux Lundis (page 132) juge en ces termes cette pièce de P. Lebrun : « De toutes les
S'étendent, et des morts montrent de toutes parts, En long ordre, aux parois les reliques1 dressées,
Et des fronts sans pensées,
Et des yeux sans regards.
Une rare clarté, tombant par intervalle
De la voûte, répand sa lueur sépulcrale,
Et rend visible aux yeux une éternelle nuit ;
Et, d'instant en instant, la goutte d'eau qui tombe
De cette immense tombe
Est seule tout le bruit.
Des habitants muets des souterraines rues Les familles, dans l'ombre incessamment accrues, Comme nous s'agitaient sous les rayons du jour; Et ceux qui sous le ciel s'agitent à cette heure
Dans la même demeure
Prendront place à leur tour.
J'ai vu passer un char entouré de puissance,
De soldats, de drapeaux; autour, un peuple immense
Acclamait un héros, des combats revenu;
Tout à coup, à ces cris, du peuple solitaire
Qui se tait sous la terre
Je me suis souvenu.
Si l'on vient sur ces bords pour voir et pour apprendre, Quelle leçon plus haute à qui saura l'entendre, Que l'aspect saisissant de la double cité, De ce peuple brillant et de ce peuple sombre,
poésies de Lebrun, celle qui unit le mieux les tons divers me parait être l'ode qui a pour titre et pour sujet les Catacombes de Paris, et qui date de 1812. Certes Victor Hugo les eût autrement décrites, ces Catacombes, et, dans cette ode qu'il n'a pas faite, je vois d'ici en idée des merveilles de corridors, des profondeurs et du lacis de labyrinthes; mais, en dehors de toute comparaison pittoresque, l'idée philosophique et humaine, chez Lebrun, est admirablement exprimée. »
1. Montrent les reliques des morts dressées de toutes parts, etc. L'inversion est pénible.
POÈTES DIVERS. Ml
Dans la lumière et l'ombre L'un sur l'autre porté!
Spectacle redoutable ensemble et salutaire! D'ici ', que sont les biens et les rangs de la terre' Lorsqu'on remonte au jour du Pans souterrain, Gloire, richesse, honneurs, que suit la foule avide,
Comme tout parait vide!
Comme lout parait vain!
Tout ce qui doit finir est de peu de durée. La gloire! ah! la plus belle et la plus assurée Est-elle plus pour nous, dans le dernier séjour, Que tous ces autres biens dont l'amour nous enivre,
Et qui n'y peuvent suivre
Leur possesseur d'un jour?
Ces travaux qui pour elle ont fatigué mes veilles, A quoi bon, si jamais du monde à mes oreilles Ne doit venir ici le sourd bourdonnement? Si, s'arrêtant au seuil de la sombre demeure,
Pour nous ce bruit d'une heure
Cesse éternellement?
Que nous faut-il? Un toit, la santé, la famille; Quelques amis, l'hiver, autour d'un feu qui brille; Un esprit sain, un cœur de bienveillant conseil, Et quelque livre, aux champs, qu'on lit loin du grand
Assis, la tête à l'ombre, [nombre,
Et les pieds au soleil'2.
P. Lebrun.
Pierre Lebrun naquit à Paris en 178o. Une Ode à la Grande Aimée, qui parut presque aussitôt que le bulletin d'Austerlitz il 805) attira sur le jeune poète l'attention et les faveurs de