‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 149 sur 156 · Des Catacombes, du Paris souterrain · texte numérisé non relu

Des Catacombes, du Paris souterrain

2. Le conseil est légèrement épicurien, et P. Lebrun est ici trop visiblement le disciple d'Horace. La vanité de la gloire humaine ne doit pas nous désintéresser de nos devoirs.

l'empereur. Lebrun, tout en se consacrant à célébrer les gloires de l'Empire, fut mieux qu'un poète officiel. Plusieurs œuvres dramatiques, et entre autres la tragédie de Marie Stuart (1820), lui ont donné, dans l'histoire littéraire de notre siècle, un rang distingué. Sans rompre avec l'école classique, il fut l'un des poètes qui ne s'enfermèrent pas dans des limites qu'une imitation timide rendait trop étroites. Dans son poème de la Grèce qui parut en 1828, et surtout dans diverses pièces d'un sentiment plus personnel et plus intime, Pierre Lebrun se montre souvent plein de grâce, de naturel et d'émotion. Il mourut en 1873.

La feuille.

De ta tige détachée, Pauvre feuille desséchée, Où vas-tu ? — Je n'en sais rien.

L'orage a brisé le chêne Qui seul était mon soutien; De son inconstante haleine Le zéphyr ou l'aquilon Depuis ce jour me promène De la forêt à la plaine, De la montagne au vallon.

Je vais où le vent me mène.

Sans me plaindre ou m'effrayer; Je vais où va toute chose.

Où va la feuille de rose Et la feuille de laurier.

Arnault.

Né à Paris en 1766, élevé au collège de Juilly chez les oratoriens, Arnault fut d'abord attaché à la maison du comte de Provence (plus tard Louis XVIII). Après la crise révolutionnaire, pendant laquelle il ne voulut pas quitter la France, et déjà célèbre par ses succès dramatiques, il fut présenté à Bonaparte, qui l'accueillit avec faveur et le chargea de plusieurs missions de confiance. Dévoué à l'empereur, il lui resta fidèle

après sa chute. Les tragédies d'Arnault ont laissé peu de souvenirs. C'est par ses Fables que son nom a survécu. Les fables d'Arnault ne rappellent en aucune manière celles de La Fontaine : elles sont pour la plupart, comme on a bien dit, des épigrammes mises en action et traduites en emblème. Si elles ont peu d'action, et si presque aucun caractère ne s'y dessine, le trait qui les termine est souvent piquant et ingénieux. Arnault mourut en 1834.

Adieuv de Marie Sluarl1.

Adieu, charmant pays de France,

Que je dois tant chérir!

Berceau de mon heureuse enfance- Adieu! te quitter, c'est mourir.

Toi, que j'adoptai pour patrie, Et d'où je crois me voir bannir, Entends les adieux de Marie, France, et garde son souvenir.

Le vent souffle, on quitte la plage.

Et, peu touché de mes sanglots.

Dieu, pour me rendre à ton rivage.

Dieu n'a pas soulevé les flots !

Adieu, charmant pays de France,

Que je dois tant chérir !

Berceau de mon heureuse enfance, Adieu! te quitter, c'est mourir.

1. Née en 1542, mariée en 1559 au roi François II, Marie Stuart était veuve un an après. Elle partit alors pour l'Ecosse, son royaume, où elle allait trouver les plus cruelles épreuves, de sanglantes intrigues, des révoltes ouvertes, partout la haine implacable de la reine d'Angleterre, Elisabeth, et, après dix-neuf ans de captivité, la mort sur l'échafaud (1587).

2. Marie Stuart, fiancée au dauphin dés l'âge de cinq ans, avait été conduite en France.

Lorsqu'aux vœux du peuple que j'aime,

Je ceignis les lis éclatants,

Il applaudit au rang suprême,

Moins qu'aux charmes de mon printemps.

En vain la grandeur souveraine

M'attend chez le sombre Écossais,

Je n'ai désiré d'être reine,

Que pour régner sur des Français.

Adieu, charmant pays de France,

Que je dois tant chérir !

Berceau de mon heureuse enfance, Adieu ! te quitter, c'est mourir.

L'amour, la gloire, le génie.

Ont trop enivré mes beaux jours ;

Dans l'inculte Calédonie,

De mon sort va changer le cours.

Hélas! un présage terrible

Doit livrer mon cœur à l'effroi :

J'ai cru voir, dans un songe horrible,

Un échafaud dressé pour moi.

Adieu ! charmant pays de France,

Que je dois tant chérir !

Berceau de mon heureuse enfance, Adieu ! te quitter, c'est mourir.

France! du milieu des alarmes, La noble fille des Stuarts, Comme en ce jour qui voit ses larmes, Vers toi tournera ses regards.

Mais, Dieu ! le vaisseau trop rapide Déjà vogue sous d'autres cieux, Et la nuit, dans son vol humide, Dérobe tes bords à mes yeux !

Adieu! charmant pays de France, Que je dois tant chérir!

Berceau de mon heureuse enfance, Adieu! le quitter, c'est mourir.

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