Sa vie est achevée (revoluta
Feugère. Quatrième. Extraits. 23
Que Dieu peut bien permet Ire à des eaux insensées De perdre des vaisseaux, mais non pas des pensées, Et qu'avec un flacon il a vaincu la mort.
Tout est dit1. A présent, que Dieu lui soit en aide ! Sur le brick englouti l'onde a pris son niveau, • Au large flot de l'est le flot de l'ouest succède. Et la bouteille y roule en son vaste berceau. Seule dans l'Océan, la frêle passagère N'a pas, pour se guider, une brise légère ; Mais elle vient de l'arche et porte le rameau.
Les courants l'emportaient, les glaçons la retiennent, Et la couvrent des plis d'un épais manteau blanc. Les noirs chevaux de mer la heurtent, puis reviennent La flairer avec crainte, et passent en soufflant. Elle attend que l'été, changeant ses destinées, Vienne ouvrir le rempart des glaces obstinées, Et vers la ligne ardente2 elle monte en roulant
Seule dans l'Océan, seule toujours! — Perdue Comme un point invisible en un mouvant désert, L'aventurière passe errant dans l'étendue, Et voit tel cap secret qui n'est pas découvert. Tremblante voyageuse à flotter condamnée, Elle sent sur son col que depuis une année L'algue et les goémons3 lui font un manteau vert.
Un soir enfin, les vents qui soufflent des Florides4 L'entraînent vers la France et ses bords pluvieux. Un pêcheur accroupi sous des rochers arides Tire dans ses filets le flacon précieux.
1. Le poète ne décrit pas le naufrage, et cela avec raison. Il ne faut pas que l'attention du lecteur soit distraite de l'idée qui fait l'unité de la pièce, et cette idée est la victoire de l'homme sur la mort.