‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 153 sur 156 · Des jeunes gens qui étudient pour entrer dans les Ordres · texte numérisé non relu

Des jeunes gens qui étudient pour entrer dans les Ordres

Pour rappeler à ceux qui dorment dans leurs lits Ceux qu'en la terre froide ils ont ensevelis, Mais qui viennent ce soir, dégagés de leurs langes, Aux vivants se mêler, innombrables phalanges, Tourbillons plus serrés que ne sont à la fois Les sables de la mer et les feuilles des bois. Tous ces bruissements qui passent dans les ronces, A vos chants désolés, chanteurs, sont leurs réponses '.

A. Brizeux.

Né à Lorient, en 1806, Brizeux a consacré son talent poétique à chanter les souvenirs et les traditions de la Bretagne, son pays natal. Le poème de Marie, qu'il publia en 1831, est un recueil d'idylles et d'élégies pleines de fraîcheur, de sensibilité et de grâce. Mais l'épopée rustique des Bretons est l'œuvre la plus considérable de Brizeux. Deux autres livres, Primel et Nola et les Histoires poétiques, sont nés de la même inspiration. Brizeux avait écrit en breton des récits familiers et des chansons de fête pour les Pardons du pays de Vannes; mais ses compositions importantes ont toutes été écrites en français. Le poète a eu raison. Ses vers ont ainsi dépassé les

1. Au sixième siècle de l'ère chrétienne, la nuit du 1er novembre, selon le témoignage de l'historien Procope, avait déjà sa légende funèbre. «. La nuit du 1er novembre voit le juge des morts Samhan, s'asseoir sur son tribunal pour juger les âmes trépassées dans l'année. Les âmes doivent aller le trouver au fond de l'occident. Alourdies apparemment par quelques restes de leur enveloppe terrestre, elles ne peuvent franchir les mers sans secours. A l'extrémité du continent, en face de l'île sainte ou résident les neuf Sènes, au pied du gigantesque promontoire de Plogofï, s'étend une baie semée d ecueils, où la mer se brise avec une plainte éternelle. C'est là qu'affluent, dans la nuit du jugement, les âmes qui doivent quitter la Grande Gaule. «* Le peuple de ces côtes, dit le poète Claudien, entend les gémissements des ombres volant avec un léger bruit... Il voit passer les pâles fantômes des morts. » A minuit, les pêcheurs, les nautoniers de ces rivages entendent heurter à leur porte; ils se lèvent, ils trouvent sur la plage des barques inconnues, qu'ils sentent s'appesantir sous la charge d'hôtes invisibles. Ils font voile au couchant, emportés sur les flots avec une rapidité étourdissante. Lorsqu'ils touchent à la côte de l'île de Bretagne, les barques s'allègent : les âmes sont parties. » Henri Martin, au tome Ier, liv. III, de Y Histoire de France.

limites trop étroites de la petite patrie et charmé, dans la France entière, ceux qui regardent le passé de la Bretagne comme une partie inséparable de notre histoire nationale. Brizeux est mort en 4 858.

L'arbre de Bossekop * .

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