‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 154 sur 156 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

Au bord de l'Océan, pauvre arbre solitaire, Sans force et sans appui, j'ai pitié de ton sort, Comment es-tu venu tout seul sur cetle terre? Comment as-tu vécu sous ce ciel froid du Nord?

l'arbre.

Un soir, le vent du sud apporta sur son aile Un germe fugitif à ce roc décharné.

Le printemps souriait, et la mer était belle, Et le ciel rayonnant à l'heure où je suis né. Puis, lorsque j'ai grandi, sur ce sol que j'ombrage, J'ai penché mes rameaux et mon front agité : Je cherchais un soutien pour les heures d'orage, Un rameau caressant pour les beaux jours d'été. Mais au milieu du calme, au sein de la tempête, Nulle [liante fidèle à mon sort ne s'unit, Nul autre arbre isolé n'élève ici la tête, Nul oiseau sur ce roc ne vient faire son nid. Je n'entends que la voix de l'orage qui gronde, Ou le cri du corbeau qui m'annonce l'hiver; Je ne vois que le sol qui se penche sur l'onde, Et le bateau pêcheur qui s'enfuit sur la mer.

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