Le Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, de
remplir dans toute leur étendue ses différentes obligations et de faire, par la plume comme par la parole, triompher la vérité. Ainsi il mérita, en ne poursuivant que l'accomplissement de son devoir, d'être proclamé le plus éloquent de tous les hommes. On lui décerna encore, de son vivant, un autre litre, celui de Père de l'Église. La postérité le lui a justement confirmé; elle a reconnu que la théologie n'avait pas trouvé, chez les modernes, de plus imposante voix que Bossuet. Pour lui, jusqu'à la fin de sa laborieuse carrière, tout entier à l'instruction des fidèles de son diocèse, son unique ambition fut d'édifier par ses vertus ceux qu'il éclairait de ses conseils. Il mourut dans un voyage à Paris en 1704, âgé de soixante-dixsept ans. L'Académie française l'avait admis dans son sein depuis 1671 .
Caractère du peuple romain; son amour de la liberté.
De tous les peuples du monde, le plus fier et le plus hardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé' , le plus laborieux, et enfin le plus patient, a été le peuple romain.
De tout cela s'est formée la meilleure milice et la politique la plus prévoyante, la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais.
Le fond d'un Romain, pour ainsi parler, était l'amour de sa liberté et de sa patrie. Une de ces choses lui faisait aimer l'autre : car, parce qu'il aimait sa liberté, il aimait aussi sa patrie comme une mère qui le nourrissait dans des sentiments également généreux et libres.
signé aussi par le nom d'Introduction à la Philosophie, fut notamment retrouvé dans les papiers de Fénelon : l'archevêque de Cambrai avait emprunté à Bossuet, pour l'éducation du duc de Bourgogne, l'ouvrage que celui-ci avait composé pour celle du grand Dauphin, et qu'il n'avait pas pensé à réclamer.
1. Il sera intéressant de comparer avec cette page de Bossuet le morceau de Balzac cité page 2.
Feugère. Quatrième. Extraits. 3
3i DIX-SEPTIEME SIÈCLE.
Sous ce nom de liberté, les Romains se figuraient, avec les Grecs, un État où personne ne fût sujet que de la loi, et où la loi fût plus puissante que les hommes1.
Au reste, quoique Rome fût née sous un gouvernement royal, elle avait, même sous ses rois, une liberté qui ne convient guère à une monarchie réglée : car, outre que les rois étaient électifs, et que l'élection s'en2 faisait par tout le peuple, c'était encore au peuple assemblé à confirmer les lois et à résoudre la paix ou la guerre. Il y avait même des cas particuliers où les rois déféraient au peuple le jugement souverain : témoin Tullus Hostilius, qui, n'osant ni condamner ni absoudre Horace, comblé tout ensemble et d'honneur pour avoir vaincu les Curiaces, et de honte pour avoir tué sa sœur, lefit juger par le peuple3. Ainsi les rois n'avaient proprement que le commandement des armées, et l'autorité de convoquer les assemblées légitimes*, d'y proposer les affaires, de maintenir les lois et d'exécuter les décrets publics.
Quand Servius Tullius conçut le dessein que vous avez vu de réduire p Rome en république, il augmenta dans un peuple déjà si libre l'amour de la liberté; et de là vous pouvez juger combien les Romains en furent jaloux quand ils l'eurent goûtée tout entière sous leurs consuls.
On frémit encore en voyant dans les histoires la triste fermeté du consul Brutus, lorsqu'il fit mourir
1. Montesquieu a également défini la liberté : « le droit de faire tout ce que les lois permettent ».
2. Il faudrait mieux dire et que leur élection..., le pronom en devant plutôt rappeler des choses inanimées.
3. La cause, portée d'abord devant les duumvirs, fut déférée au peuple, qui prononça l'absolution du coupable, mais obligea le père à payer une amende, pour que le crime ne parût pas rester sans expiation. Voir Tite-Live, livre I, ch. xxvi.