C'est-à-dire les assemblées établies par les lois
5. Ce verbe se prend généralement dans une acception défavorable, qu'il n'a pas ici.
à ses yeux ses deux enfants, qui s'étaient laissé entraîner aux sourdes pratiques que les Tarquins faisaient dans Rome pour y rétablir leur domination. Combien fut affermi dans l'amour de la liberté un peuple qui voyait ce consul sévère immoler à la liberté sa propre famille d ! Il ne faut plus s'étonner si on méprisa dans Rome les efforts des peuples voisins qui entreprirent de rétablir les Tarquins bannis. Ce fut en vain que le roi Porsenna les prit en sa protection. Les Romains, presque affamés, lui firent connaître, par leur fermeté, qu'ils voulaient du moins mourir libres. Le peuple fut encore plus ferme que le sénat; et Rome entière fit dire à ce roi puissant, qui venait de la réduire à l'extrémité, qu'il cessât d'intercéder pour les Tarquins, puisque, résolue de tout hasarder pour sa liberté, elle recevrait plutôt ses ennemis que ses tyrans. Porsenna, étonné de la fierté de ce peuple et de la hardiesse plus qu'humaine de quelques particuliers2, résolut de laisser les Romains jouir en paix d'une liberté qu'ils savaient si bien défendre.
La liberté leur était donc un trésor qu'ils préféraient à toutes les richesses de l'univers. Aussi avezvous vu que, dans leurs commencements, et même bien avant dans leurs progrès, la pauvreté n'était pas un mal pour eux ; au contraire, ils la regardaient comme un moyen de garder leur liberté plus entière, n'y ayant rien3 de plus libre ni de plus indépendant qu'un homme qui sait vivre de peu, et qui, sans rien attendre de la protection ou de la libéralité d'autrui,
1. On peut lire cette scène si dramatique dans Piutarque {Vie de Valérius Publicola. 4-8). Plutarque, sans condamner ni approuver expressément l'acte de Brutus, fait entendre que cet exemple de sévérité barbare était peut-être nécessaire à l'affermissement de la liberté : « Car, ajoute-t-il, les Romains sont persuadés que Romulus eut moins à faire pour fonder Rome, que Brutus pour établir la république. »