‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 37 sur 156 · Par la force de ses principes politiques · texte numérisé non relu

Par la force de ses principes politiques

2. Caïus Térentius Varron s'était rendu populaire en déclamant contre le système de temporisation de Fabius Maximus.

3. C'est-à-dire de la malheureuse occasion qui était offerte à la noblesse de triompher du peuple.

4. La perte dont l'imagination exagère l'importance, là grandeur.

Montesquieu. 85

presque toujours en courage, comme de celle d'une vile populace, qui ne sent que sa faiblesse. Une preuve qu'Annibal n'aurait pas réussi, c'est que les Romains se trouvèrent encore en état d'envoyer partout du secours.

On dit encore qu'Annibal fit une grande faute de mener son armée à Capoue, où elle s'amollit ; mais l'on ne considère point que l'on ne remonte pas à la vraie cause. Les soldats de cette armée, devenus riches après tant de victoires, n'auraient-ils pas trouvé partout Capoue1? Alexandre, qui commandait à ses propres sujets, prit, dans une occasion pareille, un expédient qu'Annibal, qui n'avait que des troupes mercenaires, ne pouvait pas prendre : il fit mettre le feu aux bagages de ses soldats, et brûla toutes leurs richesses et les siennes. On nous dit que Kouli-Khan2, après la conquête des Indes, ne laissa à chaque soldat que cent roupies d'argent.

Ce furent les conquêtes mêmes d'Annibal qui commencèrent à changer la fortune de cette guerre. Il n'avait pas été envoyé en Italie par les magistrats de Carthage; il recevait très peu de secours, soit par la jalousie d'un parti, soit par la trop grande confiance de l'autre. Pendant qu'il resta avec son armée en-

1. On voit que Montesquieu accepte ici, en l'expliquant, ce que les historiens ont dit des délices de Capoue. Cette conséquence des victoires d'Annibal, selon Montesquieu, ne pouvait être évitée. Thiers, dans le morceau rappelé plus haut, dit au contraire : « Anuibal fait de Capoue le centre de son empire, et ne s'endort pas, comme on Ta dit, dans les délices, qu'il ne sait pas goûter, mais repose, refait son armée amaigrie, amasse pour elle seule les richesses du pays, et, abandonné de sa lâche nation, appelant le monde entier à son aide, étendant la guerre à la Grèce, à l'Asie, il détruit sans cesse les forces envoyées contre lui, se maintient douze ans dans sa conquête, au point de faire considérer aux Romains sa présence en Italie comme un mal sans remède. »

2. Nadir-Chah ou Kouli-Khan, né en 1688, de conducteur de chameaux devint roi de Perse, attaqua l'empire du Grand-Mogol, ('empara de Delhi, revint avec d'immenses richesses et fut tué en 1747 par ses généraux révoltés.

semble1, il battit les Romains; mais lorsqu'il fallut qu'il mît des garnisons dans les villes, qu'il défendit ses alliés, qu'il assiégeât les places ou qu'il les empêchât d'être assiégées, ses forces se trouvèrent trop petites; et il perdit en détail une grande partie de son armée. Les conquêtes sont aisées à faire, parce qu'on les fait avec toutes ses forces ; elles sont difficiles à conserver, parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces.

Grandeur et Décadence des Romains, chap. iv.

Tibère.

Comme on voit un fleuve miner lentement et sans bruit les digues qu'on lui oppose, et enfin les renverser dans un moment, et couvrir les campagnes qu'elles conservaient, ainsi la puissance souveraine, sous Auguste, agit insensiblement, et renversa, sous Tibère, avec violence.

Il y avait une loi de majesté contre ceux qui commettaient quelque attentat contre le peuple romain*. Tibère se saisit de cette loi, et l'appliqua, non pas aux cas pour lesquels elle avait été faite, mais à tout ce qui put servir sa haine ou ses défiances. Ce n'étaient pas seulement les actions qui tombaient dans

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