C'est-à-dire les voies employées pour s'enrichir
3. Aussi les provinces furent-elles en réalité mieux administrées sous l'Empire : c'est le point sur lequel insistent habilement ceux qui ont prétendu réhabiliter le gouvernement de Tibère.
celle d'élire les magistrats. Tibère, qui craignait les assemblées d'un peuple si nombreux, lui ôta encore ce privilège et le donna au sénat, c'est-à-dire à luimême1. Or, on ne saurait croire combien cette décadence du pouvoir du peuple avilit l'âme des grands. Lorsque le peuple disposait des dignités, les magistrats qui les briguaient faisaient bien des bassesses ; mais elles étaient jointes à une certaine magnificence, qui les cachait, soit qu'ils donnassent des jeux ou de certains repas au peuple, soit qu'ils lui distribuassent de l'argent ou des grains : quoique le motif fût bas, le moyen avait quelque chose de noble, parce qu'il convient toujours à un grand homme d'obtenir par des libéralités la faveur du peuple. Mais lorsque le peuple n'eut plus rien à donner, et que le prince, au nom du sénat, disposa de tous les emplois, on les demanda et on les obtint par des voies indignes: la flatterie, l'infamie, les crimes, furent des arts nécessaires pour y parvenir.
Il ne parait pourtant point que Tibère voulût avilir le sénat; il ne se plaignait de rien tant que du penchant qui entraînait ce corps à la servitude; toute sa vie est pleine de ses dégoûts là-dessus ; mais il était comme la plupart des hommes, il voulait des choses contradictoires: sa politique générale n'était point d'accord avec ses passions particulières. Il aurait désiré un sénat libre et capable de faire respecter son gouvernement; mais il voulait aussi un sénat qui satisfit à tous les moments ses craintes, ses jalousies, ses haines; enfin l'homme d'État cédait continuellement à l'homme*.
Nous avons dit que le peuple avait autrefois obtenu des patriciens qu'il aurait des magistrats de son corps qui le défendraient contre les insultes et les injustices