Un dirait plutôt aujourd'hui à mitraille
3. On sait que la mort de Charles XII donna lieu à de graves soupçons dirigés contre son aide de camp, Siquier, lequel, dit-on. eût été l'instrument de Frédéric de Hesse, beau-frère du roi et son futur successeur. Ceux qui tiennent pour cette version relèvent cette attitude même, dont parle Voltaire, comme le mouvement d'un homme qui défend sa vie : « Siquier lui-même, dit Voltaire, donna lieu à cette fatale accusation qu'une partie de la Suéde croit encore : il m'avoua qu'à Stockholm, dans une fièvre chaude, il s'était écrié qu'il avait tuè le roi de Suède; que même il avait, dans son accès, ouvert la fenêtre et demandé publiquement pardon de son parricide. Mais lorsque, dans sa guèrison, il eut appris ce qu'il avait dit dans sa maladie, il fut sur le point de mourir de douleur. » L'histoire, en définitive, n'a pu faire la lumière complète sur la mort tragique de Charles XII.
rent ensemble de dérober la connaissance de cette mort aux soldats, jusqu'à ce que le prince de Hesse en pût être informé. On enveloppa le corps d'un manteau gris : Siquier mit sa perruque et son chapeau sur la tète du roi ; en cet état, on transporta Charles, sous le nom du capitaine Carlberg, au travers des troupes, qui voyaient passer leur rui mort sans se douter que ce fût lui.
Le prince ordonna à l'instant que personne ne sortît du camp, et fit garder tous les chemins de la Suède, afin d'avoir le temps de prendre ses mesures pour faire tomber la couronne sur la tête de sa femme, et pour en exclure le duc de Holstein, qui pouvait y prétendre \
Ainsi périt, à l'âge de trente-six ans et demi, Charles XII, roi de Suède, après avoir éprouvé ce que la prospérité a de plus grand et ce que l'adversité a de plus cruel, sans avoir été amolli par l'une, ni ébranlé un moment par l'autre. Presque toutes ses actions, jusqu'à celles de sa vie privée et unie, ont été bien loin au delà du vraisemblable. C'est peut-être le seul de tous les hommes, et jusqu'ici le seul de tous les rois, qui ait vécu sans faiblesse ; il a porté toutes les vertus des héros à un excès où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés. Sa fermeté, devenue opiniâtreté, fit ses malheurs dans l'Ukraine et le retint cinq ans en Turquie; sa libéralité, dégénérant en profusion , a ruiné la Suède ; son courage , poussé jusqu'à la témérité, a causé sa mort; sa justice a été quelquefois jusqu'à la cruauté; et, dans les dernières années, le maintien de son autorité approchait de la tyrannie. Ses grandes qualités, dont une seule eût pu immortaliser un autre prince, ont fait le malheur de son pays. Il n'attaqua jamais personne ; mais il ne fut
1. La couronne fut, en effet, donnée àUIrique-Élèonore, sœur de Charles XII; mais celle-ci, en 1720. abdiqua en faveur de son mari, Frédéric Ier, qui régna jusqu'en 1751.
m DIX-HUITIEME SIECLE.
pas aussi prudent qu'implacable dans ses vengeances. Il a été le premier qui ait eu l'ambition d'être conquérant sans avoir l'envie d'agrandir ses Etats: il voulait gagner des empires pour les donner. Sa passion pour la gloire, pour la guerre et pour la vengeance l'empêcha d'être bon politique, qualité sans laquelle on n'a jamais vu de conquérant. Avant la bataille et après la victoire, il n'avait que de la modestie; après -la défaite, que de la fermeté; dur. pour les autres comme pour lui-môme, comptant pour rien la peine et la vie de ses sujets, aussi bien que la sienne; homme unique plutôt que grand homme, admirable plutôt qu'à imiter. Sa vie doit apprendre aux rois combien un gouvernement pacifique et heureux est au-dessus de tant de gloire '.
Histoire Je Charles XII, liv. VIII.
Eloge de Boileau.