‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 46 sur 156 · C'est-à-dire lame · texte numérisé non relu

C'est-à-dire lame

2. Revoir à ce propos le morceau de M. A. Daudet intitulé : Une ■pluie de sauterelles en Algérie. On le trouvera dans les Morceaux choisis à l'usage de la Classe de Cinquième, page 158.

du Nord des rats en multitude innombrable, qui, comme un déluge, ou plutôt un débordement de substance vivante, viennent inonder les plaines, se répandent jusque dans les provinces du Midi, et, après avoir détruit sur leur passage tout ce qui vit ou végète1, finissent par infecter la terre et l'air de leurs cadavres'2. L'on voit dans les pays méridionaux sortir tout à cou]) du désert des myriades de fourmis, lesquelles, comme un torrent dont la source serait intarissable, arrivent en colonnes pressées, se succèdent, se renouvellent sans cesse, s'emparent de tous les lieux habités, en chassent les animaux et les hommes, et ne se retirent qu'après une dévastation générale. Et dans les temps où l'homme, encore à demi sauvage, était, comme les animaux, sujet à toutes les lois et même aux excès de la nature, n'a-t-on pas vu de ces débordements de L'espèce humaine, des Normands, des Alains, des Huns, des Goths, des peuples, ou plutôt des peuplades d'animaux à face humaine, sans domicile et sans nom , sortir tout à coup de leurs antres, marcher par troupeaux effrénés, tout opprimer sans autre force que le nombre, ravager les cités, renverser les empires, et après avoir détruit les nations et dévasté la terre, finir par la repeupler d'hommes aussi nouveaux et plus barbares qu'eux3 ? Ces grands événements, ces époques si marquées

1. Ce qui vit s'applique à tout ce qui est arrivé à son plein développement; ce que végète, à tout ce qui est en train de croître et de se fortifier.

2. Les rats, en effet, se détruisent eux-mêmes. « Quand il y a disette, raconte Buffon, à cause du trop grand nombre, les plus forts se jettent sur les plus faibles, leur ouvrent la tête et mangent la cervelle, et ensuite le reste du cadavre; le lendemain la guerre recommence, et dure ainsi jusqu'à la destruction du plus grand nombre. »

'■',. On peut contester la vérité historique de ce dernier trait. Le moyen âge, très imparfaitement étudie au dix-huitième siècle, paraissait un temps de ténèbres et de barbarie. Notre siècle a réformé sur ce point les jugements trop superficiels de Buffon comme de Voltaire.

dans l'histoire du genre humain, ne sont cependant que de légères vicissitudes dans le cours ordinaire de la nature vivante : il est, en général, toujours constant, toujours le même ; son mouvement, toujours réglé, roule sur deux pivots inébranlables : l'un, la fécondité sans bornes donnée à toutes les espèces ; l'autre, les obstacles sans nombre qui réduisent le produit de cette fécondité à une mesure déterminée, et ne laissent en tout temps qu'à peu près la même quantité d'individus dans chaque espèce.

Ibid., Le lièvre.

L'éléphant domestique.

L'éléphant une fois dompté devient le plus doux, le plus obéissant de tous les animaux : il s'attache à celui qui le soigne, il le caresse, le prévient, et semble deviner tout ce qui peut lui plaire ; en peu de temps il vient à comprendre les signes, même à entendre l'expression des sons ; il distingue le ton impératif, celui de la colère ou de la satisfaction, et il agit en conséquence. Il ne se trompe point à la parole de son maître; il reçoit ses ordres avec attention, les exécute avec prudence, avec empressement, sans précipitation: car ses mouvements sont toujours mesurés, et son caractère paraît tenir de la gravité de sa masse.

On lui apprend aisément à fléchir les genoux pour donner plus de facilité à ceux qui veulent le monter; il caresse ses amis avec sa trompe, en salue les gens qu'on lui fait remarquer ; il s'en sert pour enlever des fardeaux, et aide lui-même à se charger. Il se laisse vêtir, et semble prendre plaisir à se voir couvert de harnais dorés et de housses brillantes. On l'attelle, on l'attache par des traits à des chariots, des charrues,

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des navires, des cabestans; il tire également1, continuellement et sans se rebuter, pourvu qu'on ne l'insulte pas par des coups donnés mal à propos, et qu'on ait l'air de lui savoir gré de la bonne volonté avec laquelle il emploie ses forces. Celui qui le conduit ordinairement est monté sur son cou, et se sert d'une verge de fer, dont l'extrémité fait le crochet, ou qui est armée d'un poinçon, avec lequel on le pique à la tête, à côté des oreilles, pour l'avertir, le détourner ou le presser; mais souvent la parole suffit, surtout s'il a eu le temps de faire connaissance complète avec son conducteur, et de prendre en lui une entière confiance: son attachement devient quelquefois si fort, si durable, et son affection si profonde, qu'il refuse ordinairement de servir sous tout autre, et qu'on l'a quelquefois vu mourir de regret d'avoir, dans un accès de colère, tué son gouverneur.

Ibid., Animaux sauvages.

La marmotte.

La marmotte, qui se plaît dans la région de la neige et des glaces, est cependant sujette plus qu'un autre à s'engourdir par le froid. C'est ordinairement à la fin de septembre ou au commencent d'octobre qu'elle se recèle2 dans sa retraite, pour n'en sortir qu'au commencement d'avril. Cette retraite est faite avec précaution et meublée avec art : elle est d'abord d'une grande capacité, moins large que longue, et très profonde; au moyen de quoi elle peut contenir une ou plusieurs marmottes sans que l'air s'y corrompe. Leurs pieds et leurs ongles paraissent être

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