‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 52 sur 156 · La vergue est la pièce de bois qui porte la voile · texte numérisé non relu

La vergue est la pièce de bois qui porte la voile

recueillirent dans leur barque; il survécut, et c'est de lui qu'on apprit les détails de l'événement1.

Augustin Thierry.

Né à Blois en -1793, Augustin Thierry a rappelé lui-même comment, encore enfant, à la lecture des Martyrs de Chateaubriand, il avait pressenti et reconnu sa vocation historique. S'il mêla à ses premiers essais des préoccupations et même des passions politiques, il s'en affranchit bientôt, et deux grandes œuvres ont placé Augustin Thierry au premier rang de nos historiens contemporains : l'Histoire de la Conquête d'Angleterre par les Normands et les Récits des Temps Mérovingiens. Son mérite est de réunir à la vérité du détail toujours pris à sa première source la sévère exactitude de la science moderne. Devenu aveugle, il continua ses travaux, « faisant amitié avec les ténèbres » . Il acheva ainsi son Essai sur l'Histoire de la Formation et des Progrès du Tiers État. Augustin Thierry mourut en 4856. « Aveugle, a-t-il écrit, et souffrant sans espoir et presque sans relâche, je puis rendre ce témoignage, qui de ma part ne sera pas suspect : il y a au monde quelque chose qui vaut mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que la santé elle-même : c'est le dévouement à la science. »

La mère et la fille.

C'était une nuit d'hiver. Le vent soufflait au dehors, et la neige blanchissait les toits.

Sous un de ces toits, dans une chambre étroite, étaient assises, travaillant de leurs mains, une femme à cheveux blancs et une jeune fille.

Et de temps' en temps la vieille femme réchauffait

1. Ce désastre eut pour la France de graves conséquences. Henri Ier n'avait plus qu'une fille, Mathilde, veuve de l'empereur Henri V. Il la déclara son héritière, et, en 1127, i! la maria à Geoffroi, comte d'Anjou, surnommé Plantagenêt. Le mariage de Mathilde porta jusqu'à la Loire la domination anglo-normande.

à un petit brasier ses mains pâles. Une lampe d'argile éclairait cette pauvre demeure , et un rayon de la lampe venait expirer sur une image de la Vierge suspendue au mur.

Et la jeune fille, levant les yeux, regarda en silence, pendant quelques moments, la femme à cheveux blancs ; puis elle lui dit : « Ma mère, vous n'avez pas toujours été dans ce dénûment. »

Et il y avait dans sa voix une douceur et une tendresse inexprimables.

Et la femme à cheveux blancs répondit : « Ma fille, Dieu est le maître : ce qu'il fait est bien fait. »

Ayant dit ces mots, elle se tut un peu de temps; ensuite elle reprit :

« Quand je perdis votre père, ce fut une douleur que je crus sans consolation ; cependant vous me restiez ; mais je ne sentais qu'une chose alors.

'( Depuis, j'ai pensé que s'il vivait, et qu'il nous vît en cette détresse, son âme se briserait ; et j'ai reconnu que Dieu avait été bon envers lui. »

La jeune fille ne répondit rien, mais elle baissa la tète, et quelques larmes, qu'elle s'efforçait de cacher, tombèrent sur la toile qu'elle tenait entre ses mains. La mère ajouta : « Dieu, qui a été bon envers lui, a été bon aussi envers nous. De quoi avons-nous manqué, tandis que tant d'autres manquent de tout ? « Il est vrai qu'il a fallu nous habituer à peu, et, ce peu, le gagner par notre travail; mais ce peu ne suffit-il pas? Et tous n'ont-ils pas été dès le commencement condamnés à vivre de leur travail ?

« Dieu, dans sa bonté, nous a donné le pain de chaque jour, et combien ne l'ont pas ! un abri, et combien ne savent où se retirer !

< Il vous a, ma fille, donnée à moi : de quoi me plai nd rai s-je ? »

A ces dernières paroles, la jeune fille, tout émue, tomba aux genoux de sa mère, prit ses mains, les baisa, et se pencha sur son sein en pleurant.

166 DIX-XEL'VIEME SIECLE.

Et la mère, faisant un effort pour élever la voix : « Ma fille, dit-elle, le bonheur n'est pas de posséder beaucoup, mais d'espérer et d'aimer beaucoup.

« Notre espérance n'est pas ici-bas, ni notre amour non plus, ou, s'il y est, ce n'est qu'en passant.

« Après Dieu, vous m'êtes tout en ce monde; mais ce monde s'évanouit comme un songe , et c'est pourquoi mon amour s'élève avec vous vers un autre monde »

A quelque temps de là une âme sainte vit deux

formes lumineuses monter vers le ciel, et une troupe

d'anges les accompagnait, et l'air retentissait de leurs

chants d'allégresse.

Lamennais.

Lamennais naquit à Saint-Malo en 1782. Ame ardente, inquiète, dominée par son imagination, extrême en tout, il n'entra définitivement clans les ordres qu'en 1816, à l'âge de trentequatre ans. L'année suivante, il fit paraître le premier volume de YEssai sur V Indifférence en matière de religion. Le succès fut éclatant ; mais le second volume souleva de vives controverses. Condamné en 1832 pour des erreurs de doctrine par le pape Grégoire XVI, Lamennais ne se soumit pas à cette censure. Sa révolte éclata dans le livre intitulé les Paroles d'un Croyant (1834), écrit en versets avec des réminiscences bibliques, où se rencontrent quelques tableaux d'une grande douceur. D'année en année Lamennais s'assombrit davantage, et il mourut séparé de l'Église en 1854.

L'enlèvement de la redoute.

Un militaire de mes amis, qui est mort de la fièvre en Grèce il y a quelques années, me conta un jour la première affaire à laquelle il avait assisté. Son récit me frappa tellement que je l'écrivis de mémoire aussitôt que j'en eus le loisir.

« Je rejoignis le régiment le 4 septembre au soir.

Je trouvai le colonel au bivac. Il me reçut d'abord assez brusquement; mais, après avoir lu la lettre de recommandation du général B***, il changea de manières, et m'adressa quelques paroles obligeantes.

Je fus présenté par lui à mon capitaine, qui revenait à l'instant même d'une reconnaissance. Ce capitaine, que je n'eus guère le temps de connaître, était un grand homme brun, d'une physionomie dure et repoussante. Il avait été simple soldat, et avait gagné ses épaulettes et sa croix sur les champs de bataille. Sa voix, qui était enrouée et faible, contrastait singulièrement avec les proportions presque gigantesques de sa personne. On me dit qu'il devait cette voix étrange à une balle qui l'avait percé de part en part à la bataille d'Iéna*.

En apprenant que je sortais de l'école de Fontainebleau, il fit la grimace, et dit : « Mon lieutenant est mort hier... » Je compris qu'il voulait dire : « C'est vous qui devez le remplacer, et vous n'en êtes pas capable. » Un mot piquant me vint sur les lèvres, mais je me contins.

La lune se leva derrière la redoute de Cheverino, située à deux portées de canon de notre bivac. Elle était large et rouge comme cela est ordinaire à son lever. Mais ce soir elle me parut d'une grandeur extraordinaire. Pendant un instant, la redoute se détacha en noir sur le disque éclatant de la lune. Elle ressemblait au cône d'un volcan au moment de l'éruption.

Un vieux soldat, auprès de qui je me trouvais, remarqua la couleur de la lune. « Elle est bien rouge », dit-il, « c'est signe qu'il en coûtera bon pour l'avoir, cette fameuse redoute! » J'ai toujours été superstitieux, et cet augure, dans ce moment surtout, m'affecta. Je me couchai, mais je ne pus dormir. Je me

1. Ville du grand-duché de Saxe-"\Veimar. Napoléon y battit les Prussiens le 14 octobre 1806.

levai, et je marchai quelque temps, regardant l'immense ligne de feux qui couvrait les hauteurs au delà du village de Cheverino.

Lorsque je crus que l'air frais et piquant de la nuit avait assez rafraîchi mon sang, je revins auprès du feu ; je m'enveloppai soigneusement de mon manteau, et je fermai les yeux, espérant ne pas les ouvrir avant le jour. Mais le sommeil me tint rigueur. Insensiblement mes pensées prenaient une teinte lugubre. Je me disais que je n'avais pas un ami parmi les cent mille hommes qui couvraient la plaine. Si j'étais blessé, je serais dans un hôpital, traité sans égards par des chirurgiens ignorants. Ce que j'avais entendu dire des opérations chirurgicales me revint à la mémoire. Mon cœur battait avec violence, et machinalement je disposais comme une espèce de cuirasse le mouchoir et le portefeuille que j'avais sur la poitrine. La fatigue m'accablait, je m'assoupissais à chaque instant, et à chaque instant quelque pensée sinistre se reproduisait avec plus de force, et me réveillait en sursaut.

Cependant la fatigue l'avait emporté, et quand on battit ladiane, j'étais tout à fait endormi. Nous nous mîmes en bataille, on fit l'appel, puis on remit les armes en faisceaux, et tout annonçait que nous allions passer une journée tranquille.

Vers les trois heures un aide de camp arriva, apportant un ordre. On nous fit reprendre les armes; nos tirailleurs se répandirent dans la plaine; nous les suivîmes lentement, et au bout de vingt minutes nous vîmes tous les avant-postes des Russes se replier et rentrer dans la redoute.

Un corps d'artillerie vint s'établir à notre droite, un autre à notre gauche, mais tous les deux bien en avant de nous. Ils commencèrent un feu très vif sur l'ennemi, qui riposta énergiquement, et bientôt la redoute de Cheverino disparut sous des nuages épais de fumée.

Notre régiment était presque à couvert du feu des Russes par un pli de terrain. Leurs boulets, rares d'ailleurs pour nous, car ils tiraient de préférence sur nos canonniers, passaient au-dessus de nos tètes, ou tout au plus nous envoyaient de la terre et de petites pierres.

Aussitôt que l'ordre de marcher en avant eut été donné, mon capitaine me regarda avec une attention qui m'obligea à passer deux ou trois fois la main sur ma jeune moustache d'un air aussi dégagé qu'il me fat possible. Au reste, je n'avais pas peur, et la seule crainte que j'éprouvasse, c'était que l'on ne s'imaginât que j'avais peur. Les boulets inoffensifs contribuèrent encore à me maintenir dans mon calme héroïque. Mon amour-propre me disait que je courais un grand danger, puisque enfin j'étais sous le feu d'une batterie.

Le colonel passa devant notre compagnie ; il m'adressa la parole : « Eh bien! vous allez en voir de grises, pour votre début. » Je souris d'un air tout à fait martial, en brossant la manche de mon habit, sur laquelle un boulet, tombé à trente pas de moi, avait envoyé un peu de poussière.

Il paraît que les Russes s'aperçurent du peu d'effet de leurs boulets : car ils les remplacèrent par des obus, qui pouvaient plus facilement nous atteindre dans le creux où nous étions postés. Un assez gros éclat m'enleva mon shako, et tua un homme auprès de moi.

« Je vous fais mon compliment, me dit le capitaine, comme je venais de ramasser mon shako : vous en voilà quitte pour la journée. » Je connaissais cette superstition militaire qui croit que ce mot non bis in idem est un axiome aussi bien sur un champ de bataille que dans une cour de justice. Je remis fièrement mon shako. « C'est faire saluer les gens sans cérémonie », dis-je aussi gaiement que je pus. Cette mauvaise plaisanterie, vu la circonstance, parut excellente. « Je vous félicite, reprit le capitaine :

vous n'aurez rien de plus, et vous commanderez une compagnie ce soir : car je sens bien que le four chauffe pour moi. Toutes les fois que j'ai été blessé, l'officier auprès de moi a reçu quelque balle morte ; et, ajouta-t-il d'un ton plus bas et plus honteux, leurs noms commençaient toujours par un P. »

Je fis l'esprit fort ; bien des gens auraient fait comme moi ; bien des gens auraient été, aussi bien que moi, frappés de ces paroles prophétiques. Conscrit comme je l'étais, je sentais que je ne pouvais confier mes sentiments à personne, et que je devais toujours paraître froidement intrépide.

Au bout d'une demi-heure, le feu des Russes diminua sensiblement ; alors nous sortîmes de notre couvert pour marcher sur la redoute.

Notre régiment était composé de trois bataillons. Le deuxième fut chargé de tourner la redoute du côté de la gorge ; les deux autres devaient donner l'assaut. J'élais dans le troisième bataillon.

En sortant de derrière l'espèce d'épaulement qui nous avait protégés, nous fûmes reçus par plusieurs décharges de mousqueterie, qui ne firent que peu de mal dans nos rangs. Le sifflement des balles me surprit : souvent je tournais la tête, et je m'attirai ainsi quelques plaisanteries de la part de mes camarades plus familiarisés avec ce bruit. A tout prendre, me dis-je, une bataille n'est pas une chose si terrible.

Nous avancions au pas de course, précédés de tirailleurs; tout à coup les Russes poussèrent trois bourras, trois hourras distincts, et restèrent silencieux et sans tirer. « Je n'aime pas ce silence, dit mon capitaine, cela ne présage rien de bon. » Je trouvai que nos gens étaient un peu trop bruyants, et je ne pus m'empêcher de faire intérieurement la comparaison de leurs clameurs tumultueuses avec le silence imposant de l'ennemi.

Nous parvînmes rapidement au pied de la redoute; les palissades avaient été brisées, et la terre boule-

versée par nos boulets. Les soldats s'élancèrent sur ces ruines nouvelles, avec des cris de Vive l'Empereur! plus forts qu'on ne l'aurait attendu de gens qui avaient déjà tant crié.

Je levai les yeux, et jamais je n'oublierai le spectacle que je vis. La plus grande partie de la fumée s'était élevée et restait suspendue comme un dais à vingt pieds au-dessus de la redoute. Au travers d'une vapeur bleuâtre, on apercevait derrière leur parapet à demi détrait les grenadiers russes, l'arme haute, immobiles comme des statues. Je crois voir encore chaque soldat, l'œil gauche attaché sur nous, le droit caché par le fusil élevé. Dans une embrasure à quelques pieds de nous, un homme tenant un boutefeu1 était auprès d'un canon.

Je frissonnai, et je crus que ma dernière heure était venue. « Voilà la danse qui va commencer! s'écria mon capitaine. Bonsoir. » Ce furent les dernières paroles que je lui entendis prononcer.

Un roulement de tambours retentit dans la redoute. Je vis se baisser tous les fusils. Je fermai les yeux, et j'entendis un fracas épouvantable, suivi de cris et de gémissements. J'ouvris les yeux, surpris de me trouver encore au monde. La redoute était de nouveau enveloppée de fumée. J'étais entouré de blessés et de morts. Mon capitaine était étendu à mes pieds : sa tête avait été broyée par un boulet, et j'étais couvert de sa cervelle et de son sang. De toute ma compagnie il ne restait debout que six hommes et moi.

A ce carnage succéda un moment de stupeur. Le colonel, mettant son chapeau au bout de son épée, gravit le premier le parapet, en criant Vive l'Empereur! il fut suivi aussitôt de tous les survivants. Je n'ai presque plus de souvenir net de ce qui suivit. Nous entrâmes dans la redoute, je ne sais comment.

1. C'est un bâton garni à son extrémité d'une mèche pour mettre le feu au canon.

On se battit corps à corps au milieu d'une fumée si épaisse que l'on ne pouvait se voir. Je crois que je frappai , car mon sabre se trouva tout sanglant. Enfin j'entendis crier victoire ! et, la famée diminuant, j'aperçus du sang et des morts, sous lesquels disparaissait la terre de la redoute. Les canons surtout étaient encombrés sous des tas de cadavres. Environ deux cents hommes debout, en uniforme français, étaient groupés sans ordre, les uns chargeant leurs fusils, les autres essuyant leurs baïonnettes. Onze prisonniers russes étaient avec eux.

Le colonel était renversé tout sanglant, sur un caisson brisé, près de la gorge. Quelques soldats s'empressaient autour de lui : je m'approchai : « Où est le plus ancien capitaine? » demandait-il à un sergent. Le sergent haussa les épaules d'une manière très expressive. — « Et le plus ancien lieutenant? — Voici monsieur, qui est arrivé d'hier, » dit le sergent d'un ton tout à fait calme. Le colonel sourit amèrement. — « Allons, monsieur, me dit-il, vous commandez en chef; faites promptement fortifier la gorge de la redoute avec ces chariots, car l'ennemi est en force; mais le général C*** va nous faire soutenir. — Colonel, lui dis-je, vous êtes grièvement blessé? — Flambé, mon cher, mais la redoute est prise. »

Prosper Mérimée.

Prosper Mérimée, né à Paris en 1803, se fit d'abord connaître, en 1825, par quelques essais dramatiques en prose. Un peu plus tard il peignait avec un vif éclat de couleurs une suite de scènes empruntées à l'histoire de l'insurrection des paysans contre les seigneurs pendant la captivité du roi Jean en Angleterre (1358). Nommé en 1834 inspecteur des monuments historiques, il fit, en cette qualité, plusieurs voyages en France et en Corse, qui lui donnèrent l'occasion d'écrire des relations où l'archéologie est animée par les souvenirs de l'histoire. Mérimée, d'ailleurs, consacra une part importante de sa vie aux études historiques. Il a laissé, dans ce genre, des pages

remarquables. Mais ce qui a illustré surtout le nom de Mérimée, c'est une suite de récits courts et dramatiques, dont Colomba est le plus célèbre. « Mérimée, a dit un juge délicat, abrège tout pour que la lumière ainsi concentrée attire plus les regards; il montre les choses en s' abstenant de les décrire; il produit chez le lecteur les sentiments les plus pathétiques en contenant les siens, et, par cet art savant, il se serait placé au rang d'écrivain parfait, si, en voilant tout, en cachant tout, il avait pu aussi caclierson art1. »

Caractère de l'histoire : qualité principale de l'historien.

De toutes les productions, la plus pure, la plus chaste, la plus sévère, la plus haute et la plus humble à la fois, c'est l'histoire. Cette muse, fîère, clairvoyante et modeste, a besoin surtout d'être vêtue sans apprêt. Il lui faut de l'art sans doute, et, s'il y en a trop, si on le découvre, toute dignité, toute vérité disparaît : car cette simple et noble créature a voulu vous tromper, et dès lors toute confiance en elle est perdue. Qu'on exagère la terreur sur la scène tragique, le rire sur la scène comique; que dans l'épopée, l'ode, l'idylle, on grandisse ou embellisse les personnages, qu'on fasse les héros toujours intrépides, les bergères toujours jolies, qu'en un mot on trompe un peu dans ces arts, qui tous s'appellent l'art de la fiction, personne ne peut se prétendre trompé, car tout le monde est averti; et encore je conseillerais aux auteurs de fictions de rester vrais, quoique dispensés d'être exacts. Mais l'histoire, mentir dans le fond, dans la forme, dans la couleur, c'est chose intolérable î L'histoire ne dit pas : « Je suis la fiction » ; elle dit : « Je suis la vérité ».

Imaginez un père sage, grave, aimé et respecté de

snfants, qui, voulant les instruire, les rassemble

et leur dit : « Je vais vous conter ce que mon aïeul, ce

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