La Délicatesse dans l'Art par Constant Martha, page
Hi DIX-NEUVIEME SIECLE.
que mon père ont fait,- ce que j'ai fait moi-même, pour conduire où elles en sont la fortune et la dignité de notre famille. Je vais vous conter leurs bonnes actions, leurs fautes, leurs erreurs, tout enfin pour vous éclairer, vous instruire, et vous mettre dans la voie du bien-être et de l'honneur. » Tous les enfants sont réunis; ils écoutent avec un silence religieux. Comprenez-vous ce père enjolivant ses récits, les altérant sciemment, et donnant à ses enfants, qui lui sont si chers, une fausse idée des affaires, des peines, des plaisirs de la vie? L'histoire, c'est ce père instruisant ses enfants. Après une telle définition, la comprenezvous prétentieuse, exagérée, fardée ou déclamatoire ? Je supporte tout, je l'avoue, de tous les arts; mais la moindre prétention de la part de l'histoire me révolte. Dans la composition, dans le drame*, dans les portraits, dans le style, l'histoire doit être vraie, simple et sobre.
Or, quel est, entre tous les genres d'esprit, celui qui lui conservera le plus ses qualités essentielles ? Evidemment l'esprit profondément intelligent, qui voit les choses telles qu'elles sont, les voit juste, et les veut rendre comme il les a vues. L'intelligence complète des choses en fait sentir la beauté naturelle, et les fait aimer au point de ne vouloir rien ajouter, rien retrancher, et de chercher exclusivement la perfection de l'art dans leur exacte reproduction....
C'est cette qualité, appliquée aux grands objets de l'histoire, qui, à mon avis, convient essentiellement au narrateur, et qui, lorsqu'elle existe, amène bientôt à sa suite toutes les autres, pourvu qu'au don de la nature on joigne l'expérience, née de la pratique. En effet, avec ce que je nomme l'intelligence, on démêle bien le vrai du faux ; on ne se laisse pas tromper par les vaines traditions ou les faux bruits de l'histoire ; on a de la critique, on saisit bien le caractère des