‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 62 sur 156 · Livre des Fragments · texte numérisé non relu

Livre des Fragments

A Louis XIII marchant contre les Rochelois révoltés (1627).

Donc un nouveau labeur à tes armes s'apprête : Prends la foudre, Louis, et va, comme un lion 2, Donner le dernier coup à la dernière tête De la rébellion.

Certes, ou je me trompe, ou déjà la Victoire, Qui son plus grand honneur de tes palmes attend, Est aux bords de Charente 3, en son habit de gloire, Pour te rendre content.

1. Les murailles de Troie avaient été bâties par des dieux, suivant la Fable. — « Cette dernière strophe, remarque André Chénier, est très belle, fort bien écrite et termine l'ode à merveille. »

2. Cette métaphore manque de justesse, parce que le poète a réuni deux images qui n'ont ensemble aucune analogie : ce n'est pas avec la foudre que Louis va comme un lion donner le dernier coup à la révolte.

3. Rivière de France, qui donne son nom au département dont la Rochelle est aujourd'hui le chef-lieu : la Charente-Inférieure. — Balzac a fait allusion à cette strophe dans un morceau adressé à IL de Montausier : « Il semble, dit-il. que la fortune vous appelle sur le bord de la Seine, comme la victoire appelait le roi sur les rives de la Charente, et qu'elle vous dise : // est temps de marcher. »

Je la vois qui t'appelle, et qui semble te dire : Roi, le plus grand des rois, et qui m'es le plus cher, Si lu veux que je t'aide à sauver ton empire, Il est temps de marcher ' .

Oh! que pour avoir part en si belle aventure Je me souhaiterais la fortune d'Éson, Qui, vieux comme je suis, revint contre nature En sa jeune saison 2.

Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages3 : Mon esprit seulement, exempt de sa rigueur, A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages Sa première vigueur.

Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore Non loin de mon berceau commencèrent leur cours : Je les possédai jeune, et les possède encore A la fin de mes jours* !

Soit que de tes lauriers ma lyre s'entretienne, Soit que de tes bontés je la fasse parler, Quel rival assez vain prétendra que la sienne Ait de quoi m'égaler?

1. Cette rime ne serait plus satisfaisante pour l'oreille ; mais on prononçait alors d'une façon plus forte et plus éclatante les infinitifs en er.

2. C'est ce qu'Ovide raconte dans ses Métamorphoses, liv. VII, chap. m.

3. Vers admirablement frappé, et qui est resté dans toutes les mémoires.

4. Malherbe a souvent parlé de lui avec cette fierté. Par exemple, il dit à Louis XIII, dans une ode inachevée :

Quelle sera la hauteur De l'hymne de ta victoire, Quand elle aura cette gloire Que Malherbe en soit l'auteur!

Et ailleurs :

Ce que Malherbe écrit dure éternellement.

Corneille, lui aussi, harcelé par les attaques d'adversaires sans justice et sans talent, leur a répondu en des vers énergiques et pleins d'une légitime fierté :

Je sais ce que je vaux, et crois ce qu'on m'en dit

Le fameux Amphion *, dont la voix nonpareille, Bâtissant une ville étonna l'univers, Quelque bruit 2 qu'il ait eu, n'a point fait de merveille Que ne fassent mes vers.

Par moi de tes beaux faits la terre sera pleine; Et les peuples du Nil qui les auront ouïs Donneront de l'encens, comme ceux de la Seine, Aux autels de Louis.

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