‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 95 sur 156 · Cf. Virgile (Èglogue i, vers · texte numérisé non relu

Cf. Virgile (Èglogue i, vers

Majoresque cadunt altis de montibus umbrae.

« Et du haut des monts les ombres descendent plus grandes dans la plaine. »

Il dit : et les autans troublent déjà la plaine. Nos deux époux suivaient, ne marchant qu'avec peine; Un appui de roseau soulageait leurs vieux ans : Moitié secours des dieux, moitié peur, se hâtants1, Sur un mont assez proche enfin ils arrivèrent. A leurs pieds aussitôt cent nuages crevèrent. Des ministres du dieu les escadrons flottants2 Entraînèrent, sans choix, animaux, habitants, Arbres, maisons, vergers, toute cette demeure3 : Sans vestiges du bourg, tout disparut sur l'heure. Les vieillards déploraient ces sévères destins. Les animaux périr! car encor les humains, Tous avaient dû tomber sous les célestes armes : Baucis en répandit en secret quelques larmes.

Cependant l'humble toit devient temple, et ses murs

Changent leur frêle enduit aux marbres les plus durs4.

De pilastres massifs les cloisons revêtues

En moins de deux instants s'élèvent jusqu'aux nues;

Le chaume devient or, tout brille en ce pourpris3 :

Tous ces événements sont peints sur le lambris.

Loin, bien loin les tableaux de Zeuxis et d'Apelle!

Ceux-ci furent tracés d'une main immortelle.

Nos deux époux, surpris, étonnés, confondus,

Se crurent, par miracle, en l'Olympe rendus :

« Vous comblez, dirent-ils, vos moindres créatures :

Aurions-nous bien le cœur et les mains assez pures

Pour présider ici sur les honneurs divins6.

Et prêtres vous offrir les vœux des pèlerins? »

1. On voit par cet exemple qu'au dix-septième siècle le participe présent n'était pas regardé comme invariable par les poètes. Cf. un exemple de Molière à la page 215 des Morceaux choisis pour la Classe de Cinquième.

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