Expression de Montaigne
XVI INTIIOUUCTION.
p.'is encore fait entendre noire poésie , mais sa lyre semble faite pluUjt pour (les chants plus doux et plus légers. 11 avait un vif scntiin^^nt des beautés de la nature , et la canipa^jne l'a souvent inspiré heureusement. Écoutons le poète pleurant les arbies séculaires de sou domaine que la hache du bûcheron n'a pas respectés :
Adiuu, vieille forêt, le jouet (1(; Zéphyre, Ou prefiiier j'ancordai les corder de ma lyre... Foi'èt, haute inpison des oiseaux bocaj^ers ! IMus le cerf solitaire et les chevreuils légers i\e paUroiit sous ton ombre, et ta verte crinière Plus du soleil d'été ne rompra la lumière; Plus Tamoureux pasteur, sur un tronc adossé, Euflant son flageolet à quatre trous percé, Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette, Ne dira plus l'ardeur de sa belle Jeannette. Tout deviendra muet : Echo sera sans voix; Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois, Dont l'ombrage incertain lentement se remue. Tu sentiras le soc, le contre et la charrue....
Voici encore quelques vers toucb^tnts adressés par le poète vieilli auï grues qui prennent leur volée pour aller revoir leur patrie :
Les regardant voler, je disais en moi même :
« Je voudrais bien, oiseaux, pouvoir faire de môme,
Et voir de ma maison la flamme voltiger
Dessus ma cheminée, et jamais n'en bouger*.
Maintenant que je porte, injurié par Tàge,
Mes cheveux aussi gris comme est votre plumagr....
Allez en vos maisons , je voudrais faire ainsi :
i . Joacbim du Bellay a rendu bien gracieusement la même idée :
Heureux qui , comme Ulysse, a fait un beau voyage Ou comme celui-là qui conquit la toison , Et puis est retourné plein d'usage et raison Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas 1 de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province et beaucoup davantage!
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux Que des palais romains le front audacieux ; Pks que le marbre dur me plait l'ardoise fine,
' Plus mon Loire gaulois que le Tibre lalin, Plus mon petit Lire que le mont Palatin! Et plus que l'air marin la douceur angevine.
INTRODUCTION. svii
Un liomme sans foyer vit toujours en souci. » Mais en vain je parlais à Tescadron qui vole, Car le vent emportait comme lui ma parole....
Un même mélange de douce sensibilité et de grûce naïve a sauvé de l'oubli celte gracieuse pièce de Ronsard :
Mignonne, allons voir si la rose Qui, le matin, avait desclose* Sa robe de pourpre au soleil , A point perdu cette vesprée* Les plis de sa robe pourprée Et son teint au vôtre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace.
Mignonne, elle a dessus la place , Las! las! ses beautés laissé choir!
0 vraiment marâtre Nature!
Puisqu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir!
Donc, si vous me croyez. Mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez , cueillez votre jeunesse : Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.
IV. Autour de Ronsard se forma une pléiade composée des meilleurs poètes du temps : c'étaient Belleau. Baïf, Jodelle, Jean Dorât, du Bellay. Ponthus. « Vous eussiez dit, écrit un écrivain contemporain \ a voir jette magnitique flotte de poètes, que ce temps-la était du tout^ consacré aux Muses. » Quel empressement en effet pour s'élancer aux cimes du l'arnasse! Que de rivalité et d'ardeur! Quelle audace aventureuse! I>ans cette préoccupation de progrès, on alla, par fanatisme pour l'antiquité, jusqu'il imaginer de faire en français des vers métriques, rêverie qui devait encore, au dix -huitième siècle, séduire quelques bons tspi'its\ Quoique cette innovation n'ait eu que peu de vogue, presque tous les auteurs du temps lui payèrent un tribut : Baif en fut l'auteur. Outré du froid accueil qu'avaient reçu ses sonnets, il jura, au rapport de Pasquier', de ne plus donner au public que des vers mesurés, ce qui