Épîlre à Marot
2. Dépense el il lus tralion de la langue française {\î)!k9).
INTHODUCÏION. xv
serrice de ce prince après avoir quelque temps suivi Jacques Stuarl en Ecosse. La cour des Valois le traita avec honneur. On sait les beaux vers qui lui furent adressés par Charles IX et qui méritent de protéger contre un jugement trop absolu la mémoire de ce roi plus infortuné encore que coupable :
L'art de faire des vers , dùl-ou s'en indigner,
Doit Cire à plus haut prix que celui de n'-guer.
Tous deux également nojs portons la couronne: ,
Mais, roi, je la reçus; poijle, tu la donne.
Ton esprit entlamnic d'une céleste ardeur
Eclate F^r soi-m-lme . et moi , p.ix ma grandeur ;
Si du côté des dieux je cherche l'avantage ,
Ronsard est leur ami , si je suis leur image.
Ta lyre , qui ravit par de si doux accords ,
Te soumet les esprits dont je n'ai que le corps.
Elle t'en rend le mailrc, et te sait introduire
Où le plus fier tyran n'a jamais eu d'empire.
Elle amollit les cœurs et soumet la beauté.
Je puis donner la mort; toi, l'immortalité !
Ronsard ne rencontra pas chez Henri III une admiration aussi sympathique, et sa vieillesse prématurée s'écoula dans la tristesse et la solitude. Ce fut en 1585 que mourut, presque oublié déjii de la généralion nouvelle, un poète que l'enthousiasme public avait salué du ?'om d'Homère français, et que des juges plus réservés ' n'hésitaient pas à pbicer au-dessus d'Arioste et ii t"*»té de Virgile. Sans tomber dans la même exagération , il faut reconnaître du moins que Ronsard ajouta par l'élude au fonds naturel de notre poésie, assouplit noti-e langue en la limant ^ l\ relies qu'il imitait jusquit lindiscrétion , et s'assimila souvent avec bonheur ce qu'il admirait avec passion. 11 cultiva tous les genres, et lui-même se compare, non sans grâce, au miioir qui réfléchit tous les objets. Mais son ardeur de réformes l'entraîna hors des limites que le goût lui devait tracer. Au lieu de s'inspirer librement de l'antiquité, il voulut faire pénétrer dans notre langue poétique les mots, la construction et le mécanisme même des langues antiques. C'était la une entreprise malheureuse. S'il est vrai qu'un peuple crée toujours par un instinct supérieur la langue qui convient le mieux a ses besoins, vouloir lui ijiiposer les procédés d'une grammaire étrangère a sou génie, c'est se prépa?'er une défaite certaine. L'école de Ronsard se montra dédaigneuse du vulgaire jusqu'à se promettre d'ériger en lois les innovations de leur fantaisie érudite. Ronsard se trompa encore dans le choix qu'il ht d'un sujet d'épopée. Il ne parvint pas à intéresser aux aventures de ce fils de Priam, Francus, fondateur supposé de l'empire français; il ne prit pas garde que ces traditions fabuleuses n'avaient aucune racine dans le peuple , ne réveillaient iiucun souvenir national , et n'étaient bonnes tout au plus qu'à amuser les loisirs de quelques savants. Malgré tout, Ronsard a parfois rencontré des accents vraiment épiques que n'avait