‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 120 sur 254 · Cf. Horace, ode xviii du livre III , v · texte numérisé non relu

Cf. Horace, ode xviii du livre III , v

Virtulem incolumem orlimus, Sublalam ex oculis qu:crimus invidi.

La in^me pensée rsi développée par Lcfrancde Pompignan dans son Ode sur la inurl de J. D. Rousseau :

Oui, la mort seule nousdiMivre lies cnnnniis de nos vérins; El noire gloire ne poiil vivre Que lorsque nous ne vivons plus...,

2. Molu'Te, morl excommunié comme comédien . ne fut inhumé en Irrrc sainlr que priice h la vt)lonlé cxpicssc de Louis XIV.

3. Les ciels di''si;riM'ni le loinmaudcur Souvré cl io comte du Broussain , célcliri'S alors coniuu* pastroiionws. Sinpiihcr lilre pfxir ji;g r .Mnlirrr!

4. On sait »|iif dans l'anliqnilé le bnidtMiuin {soccus] rlail la rliaiis>ure propie aux aiU'urs comiques, el le cothurne la chaussure des acuurs Irajjitiui's Cisi ainsi ipie .Marlial ( VIII , 3 ) emploie la mùme image pour désigner la comédie ci la IragOdie:

An juvat ad tragicos soccum déferre cothurnos '

172 JJOILKAU.

ï)o Corncillo vieilli sais consoler Paris,

Cesse de t'étonner si Tenvie animée,

Attachant à ton nom sa rouille envenimée,

La calomnie en main quelquefois te poursuit.

En cela, comme en tout, le oie! qui nous conduit,

Racine, fait briller sa profonde sagesse.

Le mérite en repos s'endort dans la paresse;

Mais par les envieux un génie excité

Au comble de son art est mille fois monté.

Plus on veut Talfaiblir, plus il croît et s'élance;

Au Cid persécuté Cinna doit sa naissance*,

Et peut-être ta plume aux censeurs de Pyrrhus

Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus.

Moi-môme, dont la gloire ici moins répandue Des pâles envieux ne blesse point la vue, Mais qu'une humeur trop libre, un esprit peu soumis, De bonne heure a pourvu d'utiles ennemis, Je dois plus à leur haine, il faut que je l'avoue. Qu'au faible et vain talent dont la France me loue. Leur venin, qui sur moi brijie de s'épancher, Tous les jours en marchant m'empêche de bronchera Je songe, à chaque trait que ma plume hasarde. Que d'un œil dangereux leur troupe me regarde. Je sais sur leurs avis corriger mes erreurs, Et je mets à proflt leurs malignes fureurs. Sitôt que sur un vice ils pensent me confondre, C'est en me guérissant que je sais leur répondre : Et plus en criminel ils pensent m'ériger, Plus, croissant en vertu, je songe à me venger. Imite mon exemple; et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale. Profite de leur haine et de leur mauvais sens, Ris du bruit passager de leurs cris impuissants. Que peut contre tes vers une ignorance vaine? Le Parnasse français, ennobli par ta veine, Contre tous ces complots saura te maintenir Et soulever pour tci l'équitable avenir'.

1, Allusion à la Critique du Cid , entreprise par l'Académie , à l'insti^S' lion de Richelieu, et rédigée par Scudéry.

2, Ces deux vers sont peu dignes de Boileau, parce qu'ils ne présentent à l'esprit qu'une image sans agrément, et dont les termes d'ailleurs n'ont ensemble aucune analogie.

3, J. B. Rousseau, dans l'ode au prince Eugène :

Mais la déesse de mémoire , Favorable aux noms éclatants, Soulève l'équitable histoire Gonlre l'iolquité du temps.

UOILEAU. 173

Et qui , voyant un jour la douleur vertueuse

De Phèdre malî^ré soi perlide, incestueuse,

D'un si noble travail justement étonné,

Ne bénira d'abord le siècle fortuné

Qui, rendu plus fameux par les illustres veilles.

Vit naître sous ta main ces pompeuses merveillesï

Cependant laisse ici gronder quelques censeurs Qu'aigrissent de tes vers les charmantes douceurs Et qu'importe à nos vers que Perrin les admire*; Que Tauieur du Jonas s'empresse pour les lire ; Qu'ils charment de Senlis le poëte idiot Ou le sec traducteur du français d'Amyol : Pourvu qu'avec éclat leurs rimes débitées Soient du peuple, des grands, des provinces, goûtées ; Pourvu qu'ils saciient plaire au plus puissant des rois, Qu'à Chantilly Gondé les soulïre quelquefois ; Qu'Enghien en soit touché; que Colbert et Vivonne, Que La Hochefoucanld, Marsillac et Pomponne, Et mille autres qu'ici je ne puis faire entrer, A leurs traits délicats se laissent pénétrer? Et pliitau ciel encor, pour couronner l'ouvrage, Que Montausier voulût leur donner son sufïrage !

C'est ta de tels lecteurs que j'oiTre mes ('crits ; Mais pour un tas grossier de frivoles esprits, Admirateurs zt'lés de toute œuvre insipide. Que, non loin de la place où Brioché préside, Sans chercher dans les vers ni cadence ni son , Il s'en aille admirer le savoir de Pradon*!

1. Nous renvoyons pour les noms cit(''S dans ce passage aux éditions spé claies de Boileau. Le mouvement est imité d'Uoraco ( liv. l, sal. X, v. 78);

Men', moveat ciraex Panlilius? aut cruciet quod Vellicet absenlem Denielrius; aut quoil ineptus Fannius Hermogccis Isedat conviva Tigelli?

2. Pradon avait romposé une trapédif de Vhèiirc : eUe fut applaudie par les ennemis de Racine. Quand on relit aujourd'hui cette triste production, on ne sait ce qui doit le plus étonner, ou de raveuglcment de ceux qui l'exaltèrent, ou de la témérité naïve d'un poëie ignorant qui se croyait le rival de Racine.

iO.

174 DOIF.F.AU.

Épître IX (fragment).

Au marquis de Seignelay '. — Kloge du vrai,

liion n'est beau que le vrai : le vrai seul est aimable;

Il doit rogner partout, et môme dans la fable :

De toute liction Tadroite fausseté

Ne tend qu'à faire aux yeux briller la viîrité.

Vois-tu cet importun que tout le monde évite , Cet homitie à toujours fuir, qui jamais ne vous quitta- ? Il n'est pas sans esprit; mais, ne triste et pesant, Il veut être folâtre, évapore, plaisant ; Il s'est lait de sa joie une loi nécessaire, Et ne déplaît eniin que pour vouloir trop plaire. La simplicité plaît sans étude et sans art. Tout charme en un enfant dont la langue sans fard, A peine du filet encor débarrassée.

Sait d'un air innocent bégayer sa pensée. Le faux est toujours fade, ennuyeux, languissant; Mais la nature est vraie, et d'abord on la sent : C'est elle seule en tout qu'on admire et qu'on aime. Un esprit né chagrin plaît par son chagrin même. Chacun pris dans" son air est agréable en soi : Ce n'est que l'air d'autrui qui peut déplaire en moi.

Ce marquis était né doux, commode, agréable ; On vantait en tous lieux son ignorance aimable ; Mais, depuis quelques mois devenu grand docteur. Il a pris un faux air, une sotte hauteur: Il ne veut plus parler que de rime et de prose; Des auteurs décriés il prend en main la cause ; Il rit du mauvais goût de tant d'hommes divers, Et va voir l'opéra seulement pour les vers. Voulant se redresser, soi-même on s'estropie, Et d'un original on fait une copie.

L'ignorance vaut mieux qu'un savoir affecté. Rien n'est beau, je reviens , que par la vérité* : C'est par elle qu'on plaît, et qu'on peut lon.utemps plaire. L'esprit lasse aisément, si le cœur n'est sincère '.

i. Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay, fils aîné de Colbert, né en 1651 , mourut en 10SO : il fut ministre de la marine.

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