‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 127 sur 254 · De se railler,.... mcUrail-on aujourd'hui · texte numérisé non relu

De se railler,.... mcUrail-on aujourd'hui

3. Ce mouvcinenl est iniiu'- do Juvi-nal , début de la I" satire.

'i. Plusieurs Uvres des Lettres de lîalzac lui sont adressés, et Ton ne peut nier que C.liapeiain n'eiU pour son leuips beaucoup de litléralure el de mérite; mais il fui un de ces poêles allarjcs qui avaii-nl le niallieur de parler une tout autre langue que IJoileau et>cs amis. .\joule/ (jue la [uorusiou des faveurs dont il ne cessa d'éire comblé par la cour formait un coulraslo assez choquant avec le discrédit où il tomba auprès du public vers la fin de sa vie.

5. ('/est h peu prC's ce que Martial recommande aux satiriques tlans ce vers où il trace leur devoir, et qu'ils ne sauraient trop médiler ^K^uo., X, 33 ) :

Parcere pcrsonis, ilicere de viliis.

G. PoéàiC. Siipér. 11

{H2 l;i»ILi.All.

OiTuij j»i i.s«! sa cantluar et sa civilité ; i^Ki'il soit doux, coiuplaisarit, offlcifux, sinei^re : On le veut, j'y souscris, et suis prêt à me taire*. Mais(iu(; pour un niodi'l»; on montre ses écrits, Qu'il soit le mieux rente de tous les beaux esprits, Comme roi des auluurs qu'on rélève à l'empire, Ma bile alors s'échaulle, et je brûle d'écrire; Et, s'il ne m'est permis de le dire au papier, J'irai creuser la t(;rie, et, comme c<; barbier. Faire dire aux roseaux, par un nouvel organe : « Midas, le roi Midas, a des oreilles d'âne^ » Quel tort lui fais-je enfin! Ai-je par un écrit Pétrillé sa veine et glacé son esprit?

Quand un livTe au Palais se vend et se débite, Que chacun par ses yeux juge de son mérite, Que Bi laine l'étalé au deuxième pilier, Le dégoijt d'un censeur peut-ii le décrier? En vain contre le Ciel un ministre se ligue : Tout Paris pour Chimène a les yeux de Uodrigue. L'Académie en corps a beau le censurer : Le public révolté s'obstine à l'admirer*.

La satire, dit-on , est un métier funeste. Qui piaît à quelques gens et choque tout le reste. La suite en est à craindre : en ce hardi métier La peur plus d'une fois fit repentir Régnier. Quittez ces vains plaisirs dont l'appât vous abuse : A de plus doux emplois occupez votre muse, Et laissez à Feuillet* réformer l'univers.

Et sur quoi donc faut-il que s'exercent mes vers! Irai-je, dans une ode en phrases de Malheibe, Troubler dans ses roseaux le Danube superbe.

1. Voyez l'exemple d'une concession semblable dans Molière, se. i de l'acte iV du Misanthrope.

2. Trait emprunté à Perse, qui dans sa I" satire .ivait usé, dit-on , designer par là ^'éron â la moquerie des Romains. Cf. Ovide, Met.. XI, 182 et suiv.

3. Piron , qui s'est montré vraiment poêle dans la Métromanie, a rendu la môme pensée en beaux vers, 111, ix :

L'Olympe voit en paix funior le mont Etna: Zoile contre Homère en vain se d.'chaîna : El la palme du Cid, malgré la même audace, Croit et s'élève encore au sommet du Parnasse.

4. Prédicateur célèbre, d'un zcie fouartieux et d'une sévérité impitoyable. Son caractère, rigoureux jusqu'à la dureté, se munira surtout lorsqu'il assista au lit de mort Henriette, duchesse d'Orléans, dont il a composé une

oi'.iiscn r:::";'l;ro.

HOILKAU. 183

Délivrer de Sion lo pc'ijilc gémissnnl, Faire trembler Mcmphis ou pâlir le croissaiil, fA, passant du Jourdain les ondf^s alarmées. Cueillir mal à propos les palmes idumi'cs? Vieudrai-je, en une é^^logue, entouré de troupeaux, Au milieu de Paris eiiller mes chalumeaux, Et dans mon cabinet assis au pied des liétres, Faire dire aux échos des sottises champêtres?

î.a satire en leçons, en nouveautés fertile, Sait seule assaisiinner le plaisant et l'utile*. Et, d'un V(Ts qu'elle épure aux rayons du bon sens^, I). 'tromper les esprits des erreurs de leur temps. Elle seule, bravant Torgneil t*t Tinjustice, Va jusque sous le dais faire pâlir le vice, Et souvent sans i ien craindre, à Taide d'un bon mot, Va venger la raison des attentats d'un sot. C'est ainsi que Lucile, appuyé de Lélie, Fit juslici' en son temjts des Cotins d^Italie, Et qu'lloiace, jetant le S(;l à pleines mains. Se jouait aux dépens des Pelletiers romains*. C'est elle qui, m'ouvrant le chemin qu'il faut suivre, M'inspira, dès quinze ans, la haine d'un sot livre, Et, sur ce mont fameux où j'osai la chercher, Fortilia nn^s pas et m'apprit à marcher. C'est pour elle, en un mot , que j'ai fait vœu d'écrire. Toutefois, s'il le faut, je veux bien m'en dédire, Et, pour calmer enliii tous ces flots d'ennemis, Uéparer en mes vers" les mnux qu'ils ont commis*, Puisque vous le voulez, je vais changer de style. Je le déclare donc : CJuinault est un Virgile*;

i. C'esl cet heureux mélanjre, recommandé par Horace ( Art poct., v. 343), (jui fait goùlcr cl vivre les ouvrages :

Omne tuVit punctum qui miscuit utile dulci.

Corneille a dit, on Imilanl le porte lalin : « L'ulilc a besoin de l'agréable pour s'insinuer dans rainilii^ des hommes. »

2. Kxeelleiile nu'lapliore, s\iivio avec* une justesse parfaite : personne, on le reniar(]iK'ra à eeilc occasion, n'a niieux su que noilrau faire usape du style ligure et mellre d'accord, dans son langage, l'imagination avec la raison.

3. If i encore, et même quelques vers plus loin , Doileau a imité la satire citée de l'er»e.

^. Ce tot:r manque de netteté : car on ne voit pas tout d'abord ce que représente ce pronom i/s. C'est iri qu'il faut se raj^pt'hT ce que dit si jusleinent Uivarol daii'^ son discours sur luniversalité de notre langue: « Tout ce qui n'est pas clair n'c^l pas français. »

5. On a regretté, non sans quelque rai.son, que Boileau ail été le Zoilede

«84 liOlLlOAU.

Praflon comme un soleil on nos ans a paru; Pn;lloti(5r écrit inioux qu'Aljlancuiirl ni I*alru; C.otiii, à ses sermons traînant toute la terre, Fend des (lots d'audili'urs pour aller à sa rhaire; Solal est le phénix des esprits relevés; Perrin.... Hon, mon esprit, couiage! poursuivez. Mais ne voyez- vous pas que leur troupe en furie Va prendre enoor ces vers pour une raillerie? Et Dieu sait aussitôt que d'auteurs en courroux, Que de rimeurs blessés s'en vont fondre sur vous ! Vous les verrez bientôt, féconds en imposlures, Amasser contre vous des volumes d'injures, Traiter, en vos écrits, ciiaque vers d'attentat, Et d'un mot innocent faire un crime d'État. Vous aurez beau vanter le roi dans vos ouvrages Et de ce nom sacré sanctifier vos pages : Qui méprise Cotin n'estime point son roi. Et n'a, selon Cotin , ni Dieu , ni foi , ni loi.

Satire X (fragment).

L'avarice,

Dans la robe on vantait son illustre maison* :

Il était plein d'esprit, de sens et de raison ;

Seulement pour l'argent un peu trop de faiblesse

De ses vertus en lui ravalait la noblesse.

Sa table toutefois, sans superlluité,

N'avait rien que d'honnête en sa frugalité.

Chez lui deux bons clievaux, de pareille encjlure^,

Trouvaient dans l'écurie une pleine pâture,

Et du foin que leur bouche au râtelier laissait.

De surcroît une mu'e encor se nourrissait.

Mais cette soif de l'or, qui le brûlait dans l'âme,

Le fit enfin songer à choisir une femme,

Et l'honneur dans ce choix ne fut point regardé.

.^ , j __- - - génies qi

fail honneur au siècle de Louis XIV. » — Toutefois on ajoutera, pour excuser IJoileau , qu'à l'époque où ceUe satire fui composée, Quinaull iravail pas encore fait paraître les ouvrages auxquels il a dû sa plus grande réputation.

1. L'original de ce portrait était le lieutenant criminel Jacqufs Tardieu.

BOILRAU. 185

Vers son triste penchant son naturel ^uidé

Le Ht dans une avare et sordide famille

Cliercli(!r un monstre affreux sous Thabit d'une filh;;

Et, sans trop s'enquiirir d'où la laide venait,

Il sut, ce fut assez, Targent qu'on lui donnait.

11 l'épouse; et bientôt son hôtesse nouvelle,

Le prêchant, lui lit voir qu'il ('tait, au prix d'elle,

Un vrai dissipatiMir, un iiarlail débauché.

Lui-mAme le sentit, reconnut son péché,

Se copfessa prodigue, et, plein de repentance,

OlVrit s!ir ses avis' de régler sa dépense.

Aussitôt de chez eux tout rôti disparut.

Le pain bis, renfermé, d'une moitié décrut;

Les deux chevaux, la mule, au ma» ché s'envolèrent;

Deux grands laquais, à jeun, sur le soir s'en allèrent.

De ces coquins déjà l'on se trouvait lassé.

Et, pour n'en plus revoir, le reste fut chassé.

Deux servantes déjà, largement soulïletées,

Avaient à coups de pied descendu les montées,

Et, se voyant enlin hors de ce triste lieu.

Dans la rue en avaient rendu grâces à Dieu.

Un vieux valet restait, seul chéri de son maître,

Que toujours il servit, et qu'il avait vu naître ,

Et qui de quelque somme, amassée au bi)n temps,

Vivait encor chez eux, partie à ses dépens.

Sa vue embarrassait; il fallut s'en défaire;

11 fut de la maison chassé comme un corsaire.

Voilà nos deux époux sans vah'ts, sans enfants,

Tout seuls dans leur logis, libres et triomphants.

Alors on ne mit plus de borne à la lésine.

On condamna la cave, on ferma la cuisine;

Pour ne s'en point servir au plus rigoureux mois.

Dans le fond d'un grenier on séquestra le bois.

L'un et l'autre dès lors vticut à l'aventure

Des présents qu'à l'abri de la magi.<trature*

Le mari quelquefois des plaideurs extorquait,

Ou de ce que la femme aux voisins escroquait*...,

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