‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 129 sur 254 · PoCme par lequel Scarron avait débuté · texte numérisé non relu

PoCme par lequel Scarron avait débuté

4. La Hruycre , au 1"' chapitre de ses Caractcrps, n'a pas parlé avec moins d'estime de Marot, dont la lecture Tnisait, dit-on, les délices de Turenne.

5. Pascal a bien dit : t Je hais é;,'a!enieni le boulTon cl renfle, i

6. Voltaire en faisant la même rccommaiidalioii , que l'on a trop oubliée de nos jours , y ajoute un trés-sago conseil :

Observez l'héinisticho, et rciloulcz l'ennui Qu'un repos uuiformo atlacl'c aufirtïs de lui.

7. Cf. Oiulor, c. 4i. — C'est que, pour le plus grand nombre, il faut le reconnaître, i'orf j7/e «"S/ le irsiibiilf du cœur. Vaiipeiiis a même élé jr.squ'à dire dans la préface de ses Remarques, dune maiiiere il est vrai trop absolue , que > l'harmonie était la véritable luartiuc de la perfection de;» langues. •

188 bOlLEAU.

Mon esprit aussiu^l commoncc à se détendre,

VA, d(3 vos vains discours prompt à se diila"ln-r,

Ne suit point un auteur qu'il faut toujours cijerclicr'.

Il est certains esprits dont les sombres pensées Sont d'un nua^e é])ais toujours embarrassées : Le jour de la raison ne le saurait percer. Avant donc que d'écrire, apprenez à pens<;r*. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément*.

Surtout qu'en vos écrits la langue révérée, Dans vos plus grands excès, vous soit toujours sacrée. En vain vous me frappez d'un son mélodieux, Si le terme est impropre ou le tour vicieux : Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme : Sans la langue en un mot, l'auteur le plus divin* Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse, Et ne vous piquez point d'une folle vitesse : Un style si rapide, et qui court en rimant. Marque moins trop d'esprit que peu de jugement. J aime mieux un ruisseau , qui, sur la molle arène. Dans un pré plein de fleurs lentement se promène, Qu'un torrent débordé, qui d'un cours orageux, Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux. !îâtez-vous lentement^; et, sans perdre courage. Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ; PoIissez-lc sans cesse et le repolissez^. Ajoutez quelquefois, et souvent effacez'.

1. Vaugelas disait aussi, exigeant avant tout chez l'écrivain la clarté: « C'est aux paroles de faire entendre le sens, et non pas au sens de faire entendre les paroles. »

2. « 11 existe en cflct , suivant La Harpe , un rapport naturel et presque infaillible entre lo manière de penser, de sentir, ci celle de s'exprimer. « Pour le développement du sage précepte de Boiieau , voyez le discours de Buffon sur le style, dans les Morceaux choisis des classes supérieures (prose).

3. De même Sénèque le père, parlant du rhéteur Albutius, Controv., préf. du liv. ni : « Quum rem animas occupavit, verba ambiunl. > »

A. Sens ironique.

5. ir.i\)$t ppaSécoi;, disaient les Grecs; et les Latins : /èsfino lenie. » Qui enim nimium properat. serius absolvit , » remarque Tite-Live, XXll, 39; et Sénèque, Epit. XLIV : . Ipsa se velocitas implicat. »

G. De là ce mot de Voltaire : t Tout homme qui veut bien écrire doit corriger ses ouvrages toute sa vie. »

7. Par-dessus tout, en effet, il faut se garder d'être trop long, et l'on doit partager l'avis de La Fontaine , qui a dit, Fab., X, 15 :

Je tiens qu'il faut laisser

Daus les plus beaux sujets quelque chose à penser.

boilI':au. ISO

C'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent. Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu; Que le début, la lin, répondent au milieu'; Que d'un art délicat les pièces assorties N'y forment qu'un seul tout de diverses parties; Que jamais dn sujet le discours s'écartant N'aille chercher trop loin quelque mot éclalanl^.

Chant m {fragmci:l).

Les règles du poëme dramatlquo

Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages Où tout Paris en foule apporte ses su tirages Et (|ui, toujours plus beaux, plus ils sont re^anlé:>, Soient au bout de vingt ans encor redemandes? Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cœur, réchaulfe et le remue. Si d'un beau mouvement l'agréable fureur Souvent ne nous remplit d'une douce terreur. Ou n'excite en notre aine une pitié charmante', En vain vous étalez une scène savante : Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir Dn sjiectateur toujours paresseux d'applaudir, Et qui , des vains ell'orts de votre rhétorique Justement fatigué, s'endort ou vous critique. Le secret est d'abord de plaire et de toucher : Inventez des ressorts qui puissent m'attacher. Que dès les premiers vers l'action préparée

1. • 11 faiil , observe Joubcil, que la (In d'un ouvrage fasse toujours souvenir du couiinonccmcnl. » i'cnsccs, l, il. p. 115,

2. On dtul ri'gardiT li* prcmii-r (liant de VArt jtoétique, à l'exception du début, dont la vcrsiliciiiion csl un peu pénible, comme l'une des plus heureuses inspiraluins de U(iilo;:ii. Il est admirable surtout pour les préceptes (|u'il renfcruie et la manière dont ils soni rendus. Dans le II' et le 111' cbaut, on parcourt sans elTori, et au moyen de transitions insensibles, les dilTércnls genres de poésie, que l'auteur a su caractériser par de justes dérini» lions , où le stvle, le Ion et le coloris SvHit parfaiUment appr(>i)riés à leur objet. Pourquoi Taul-il que Boilcau, (pii nous parle beaucoup du sonnet, ail on)is l'apologue ei La Fontaine, lois'^ue celui-ci avait déjà publié si.x. livres de ses tables? ( Uelille s'est appliqué, non sans bonheur, à réparer cet oubli dans son poèWiie de riinajinntion , chaj). V.) Le 1V« chant de l'.irt jïociiiiiip n'est pas tout à fait à la hauteur des précédents; néanmoins on y remarque, principalement à la lin , de nobk-s accents el de beaux vers.

S. Los Irois épilhèles agrciiblr, douce .charmanie , ne sont pas ici rasseno* bices sans dessiin relies indiquent clairemenl que la terreur el la piiié doivent avoir leur douceur et leur charme: autrement, entre la réalité el l'illusion il n'y aurait point de différence. Vovez , à ce sujet , la Poétique d'Arislole.c. XIV.

190 nOILEAU.

Sans peine du sujol m'aplanisse rentrée. Je me ris d'an anU'ur qui, lent a s'exprimer. De ce qu'il veut d'ahord ne sait pas iiTii, former, l'^t qui , (Icbroiiillant mal une p('iiil)le intrigue, D'un divcrlisseiiieiil iik; lait une fali^^ue. .rainierais mieux encor qu'il déclinaison nom, Et dît : Je suis Oreste, ou bien Agauiemiion*, Que d'aller, par un las de confuses merveilles. Sans rien dire à Tesprit, étourdir les oreilles : Le sujet n'est jamais a-sez tôt expliqué.

Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué. Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées, Sur la scène en un jour renferme des années. La souvent le héros d'un spectacle grossier. Enfant au [)remier acte, est barbon au dernier. Mais nous, que la raison à ses règles engage. Nous voulons qu'avec art l'action se ménag'; Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le Ihéàtre rempli^.

Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable : Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblabl'.v Une merveille absurde est pour moi sans appas : L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas. Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose. Les yeux en le voyant saisiraient mieux la chose; Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux.

Que le trouble, toujours croissant de scène en scène, A son comble anivé, se d(;brouille sans peine. L'esprit ne se sent point plus vivement frappé, Que lorsqu'on un sujet d'intrigue eiiveloppé. D'un secret tout à coup la vérité connue Change tout, donne à tout une face imprévue'. .... L'amour*, fertile en tendres sentiments,

i. C'est ce qui arrive assez souvent dans la tragédie grecque, comme oa peul lo voir par l'exceiloiil travail que M. Patin lui a consacré : Ehnics iur les iinQi'iiirs ly/vcs, ou Examen critu^ue d'Eschyle, de :>C}/liucle et d'Euripide , 3 vol. il) 8% 1841.

2. Au sMJit de ces régîtes, exprimées avec une si habile précision , il faut lire le dis-cours de Corneille sur les unités, dans le voiuuie des ilorceaux cbiiisis pour les classt s supérieures (prose).

3. Délinilion piiriaile de ce qu'Arislole appelle «:pi«iTei«. « I.a péripétie, iil-on dans le dernier iraduc eur de la Poctuiue, M. Ej,'ïrer, est une révuiulion des événements , et une révi^iiuion vraisemblabio ou nécessaire : par exem[>le, dans VŒ'lipe roi, celui qui vîonl, croyant lui faire plaisir et le rassuier à légurd de sa mère, produit l'effet contraire en lui apprenant qui il est. . C. XI.

4. Parmi nous, faut-il sous-enlcndrc , uprcs les pieux essais dramatiques de nos jwrcs....

DOILEAU. i91

S'empara du théâtre ainsi que des romans. De cetttî passion la sensible peinture Kst pour aller au cœur la route la plus sûre, l'eignez donc, j'y consens, les liéios amoureux ; Mais ne m'en toi niez pas des berj^ers douceieux. «Ju'Acliille aime autrement que Tbyisis et Pliilêne : N'allez pas d'un Cyrus nous faite un Artamène*; Et que l'amour, souv<Mitde remords combattu, Paraisse une faiblesse et non une \erlu.

Des héros de roman fuyez les pelitiisses : Toutefois au\ grands cœurs donnez quelques faiblesses. Achille déplairait, moins bouillant et moins prompt : J'aime à lui voir verser des pleurs pour un aiVront. A ces petits défauts manjués dans sa peinture^ l.\'sprit avec plaisir recijnnail la nature. Qu'il soit sur ce modèle en vos écrits tracé : Qu'Agamemnon soit lier, superbe, intéressé; Que pour ses dieux Enée ait un respect austère; Conservez à chacun son projire caractère. Des siècles, des pays , étudiez les mœurs : Les climats font souvent les diverses humeurs. Gardez donc de donner, ainsi que dans Clelie', L'air ni l'esprit français à l'antique Italie, El, sous des noms romains faisant notre portrait, Peindre Caton galant et Brutus dameret.

Dans un roman frivole aisément tout s'excuse; C'est assez qu'en courant la fiction amuse; Trop de rigueur alors serait hors de saison : Mais la scène demande une exacte raison. L'étroite bienséance y veut être gardée.

D'un nouveau personnage inventez-vous l'idée. Qu'en tout avec soi-même* il se montre d'accord. Et (ju'il soit jusqu'au bout tel qu'on l'a vu d'abord.

Souvent, sans y penser, un écrivain qui s'aime

1. Comme l'avail fait, cii diTigurril le ml do IVrse. madcmoisolle de Sciid' ry, dont le roman jonil C('|)i'n{lanl do Innldo vogue, (jii'on l'envoyait au prince de C.nndc^, h Vjneennes . pour Icd slrairc dans sa cai»Uvilé : il avaii pour litre Arltinicuf ou le (jiand Ci/' »(.<:( l'!r)0).

1. Ce sont là ces lachfS ou pluiAl ces signes dont parle nornoe. Sni., \ , VI, 07, qui ajouU'nt à TaUrail de la beauté, en la rendant plus piquante:

Egrcgio iuspersos reprehenclas corpore nœvos.

3. (^n a remarqué que les d trop mulliplics dans ce vers le Taisaient paraître dur.

4. I,a rf'çle voulait au dix-seplitme siècle cl avec assez de rai.'On , que l'on mil f'tii , et non /m, partout où les Latins eussent employé le pronom réfléchi de la lioisième personne.

192 DOILEAU.

l'orme tous ses héros semblables à soi-môme. Tout a rfiumeur gasconne en un auteur gascon : C.ilprenède et Juba* pailciil du même Ion.

La nature est en nous plus diverse et plus sage. Chaque passion parle un d i fièrent langaf,fe. La colère est superbe et veut des mots altiers'; L'abattement s'explique en des termes moins fiers.

Que devant Troie en (lamme llécube désolée Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée, Ni sans raison décrire en quel aHreux pays Par sept bouches TEuxin reçoit le Tanais*. Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles Sont d'un déclamateur amoureux de paroles. Il faut dans la douleur que vous vous abaissiez : Pour me tirer des pleurs, il faut que vous itloiiriez. Ces grands mois dont alors Taclcur emplit sa bouche Ne partent point d'un cœur que sa misère touche.

Le Lntriu *.

Chants II et III (fragments).

Le perruquier TAmour, chargé avec le sacristain Boirude et un autre de ses compagnons, Brontin, de relever dans la Sainte -Chapelle vin pupitre qui était jadis placé devant le banc du chantre, s'apprête à exécuter cet ordre.

Aussitôt de longs clous il prend une poignée : Sur son épaule il charge une lourde cognée; Et derrière son dos, qui trembie sous le poids, Il attache une scie en l'orme de carquois : 11 sort au même instant, il se met à leur tête.

!. Juba est l'un des héros de la Cléopâlre citée plus haut, ce roman de ea!i)rt'iicde dont madame de Sévigné, « quoique hlesste au plus haut point des uicchanis styles , ne laissait pas d'aimer les redoutables coups deptc : » voy. sa lettre du 1-2 juillet 1071.

Û. Au dix-seiUième siècle, on donnait à la finale de ce mot le nom de l'o ouvert, en sorte qu'ailiers (prononcé (iliiéies) rimait parfaitement avec fur s.

3. Critique dirigée contre le début des Troyennes de-Sénèque le tragique.

4. lG74.0n saiL qu'un pupitre placé et déplacé, qui avait jelé la discorde dans un cliapllre de l'aris, celui de la Sainte-Chapelle si habilement restaurée aujourd'hui, fui le sujet du Linrm de Uoileau, sujet que le président r. de Lamoignon l'avait, dil-on, délié de traiter. De là ce poème héroT-coniique, modèle dans son genre, demeuré ?ans égal parmi nous et presque SUIS rival chez les étrangers ; on ne saurait lui comparer, par e.^eajpie, celui de l'ope, la Uouclc de cheveux enlevée, si vanté par les Anglais. En ré-

IiOIL':AU. 193

A suivre co grand chef l'un et Tautre s'apprôte; Lonr cœur semble allniné (riin zèle tout nouveau : Isrontin tient un maillet, et Hoiruile un marteau. l.a lune, qui du ciel voit leur diimarclie allière, lietire en leur faveur sa paisible lumière. La Discorde en sourit*, et, les suivant des yeux, De joie, en les voyant, i)ousse un cri dans les cieux. Jj'air, qui gémit du cri de riiorrible déesse, Va jus(|ue dans Cîteaux réveiller la Mollesse'-'. C'est là qu'eu un dortoir elle fait son séjour; Les Plaisirs nonchalants folâtrent à l'en tour.

Là toujours le Sommeil lui verse des pavots. Ce soir, plus que jamais, en vain il les redouble. La Mollesse à ce bruit se réveille , se trouble : Quand la Nuit, qui déjà va tout envelopper, D'un funeste récit vient encor la frapper; Lui conte du pn'îlat* l'entreprise nouvelle ; Au pied des murs sacrés d'une sainte chapelle, Elle a vu trois guerriers , ennemis de la paix, Marcher à la faveur de ses voiles épais : La Discorde en ces lieux menace de s'accroître*; Demain avant l'aurore un lutrin va paraître, Oui doit y soulever un peuple de mutins : Ainsi le ciel l'écrit au livre des destins.

A ce triste discours, qu'un long soupir achève, La Mollesse, en pleurant, sur un bras se relève. Ouvre un œil languissant, el, d'une faible voix. Laisse tomber ces mots* qu'elle interrompt vingt fois : « 0 Nuit! que m'as-tu dit? quel démon sur la terre Souille dans tous les cœurs la fatigue et la guerre ^?

flrcliissanl sur ce que le fond a de frivole, on ne peut que s'élonner davanlatie de la varitHô. du niouveuR-nl el de la giicc que l'auleur a u rcpandre sur sa malière. Trôs-rarenient loules les ressources de la langue poétique onl élé di'ijloyt'es avec aulanl {\c faciiilé eld'éclal.

1. C'est à la pensée du déplaisir que va éprouver le chantre.

1. t II laiil, observe D.Hinou, que cil éjiisode de la Mollesse soit d'une beauté suprême, pour se faire tant ad;iiircr dans ce grand nombre de morceaux achevés et de vers immortels. • — Quel(jiies uns des traits que ce passage renferme ont élé imités par Voltaire, clianl IX de la llenrùidc; cl ce n'est certes pas le seul endroit où il a rendu hommage à L'oilcau en Tiraitant.

3. Celui môme qui avait ordonné le rélablisscment du pupitre.

4. On |)roni)n(;;iit alors cruthr, quoi(.;ue l'on écrivît crnistre comme paroiairi'. en sorte que les deux rimes que nous ofl're ici Uoileau étaient bonnes pour l'oreille et les yeux.

5. On reconnaît le Vox exciilii are de Virgile, En., VI , (i8i3.

6. Hardiesse heureuse, analogue à celle d'Horace, lorsqu'il montre, dans la quinzièn^e ode du i" livre, l'allas préparant contre les Troycns son char cl sa fureur :

Gurrusquc ut rabicm parai.

Ildias! qu'est devenu ce toinps, cet heureux temps,

Où les rois s'honoraient du nom de fainéants,

S"endormai(;nt sui- h' trône, fît, me servant sans honte.

Laissaient leur sccpli (; auv rnainsoii d'un maire ou d an

Aucun soin n'approcii.iit de leur pai>iijle cour : [comte?

On re[)Osait la nuit, on dormait tout le jour.

Seulement au printemps, quand Flore dans les plaines

Faisait taire des vents les bruyantes haleines,

Ouatre bœufs atteins, d'un pas tranquille et lent,

Promenaient dans Paris le monarque i^ldolent^

Ce doux siècle n'est plus. Le ciel impitoyable

A placé sur le trône un prince infatigable.

Il brave mes douceurs, il est sourd à ma voix :

Tous les jours il m'éveille au bruit de ses exploits.

Rien ne peut arrêter sa vigilante audace :

L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de gla^-e.

.J'entends à son nom ?eul tous mes sujets frémir.

En vain deux fois la paix a voulu l'endormir ^ :

Loin de moi son courage, entraîné par la gloire,

Ne se plaît qu'à courir de victoire en victoire.

Je me fatiguerais à te tracer le cours

Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours.

Je croyais, loin des lieux d'où ce prince m'exile.

Que l'Eglise du moins m'assurait un asile.

Mais en vain j'espérais y régner sans eiîroi :

Moines, abbés, prieurs, tout s'arme contre moi.

Par mon exil honteux la Trappe est ennoblie;

J'ai vu dans Saint-Denis la réforme établie :

Le Carme, le Feuillant, s'endurcir aux travaux ;

Et la règle déjà se remet dans Clairvaux;

Cîteaux dormait encore, et la Sainte-Chapelle

Conservait du vieux temps l'oisiveté tidèle ;

Et voici qu'un lutrin, prêt à tout renverser,

D'un séjour si chéri vient encor me chasser!

0 toi , de mon repos compagne aimable et sombre'.

1. Jamais l'harmonie imitalive, c'est-à-dire l'art de peindre par les sons, n'a élé poussée plus loii).

•2. Allusion au trailéd'Aix-laCliapelle conclu avPcl'Fspagne parLouisXIV, en i(ili8, cl aux proposiUons de imix <]ue la Flollande vaincue lui adressa quaire annôos après. Andricux fait lemarquer, à l\)Cca«iou de ce passage, combien lioileau savait relever par un tour noble ei délicat le prix de ses éloges.

3. Association de mots qui surprend l'esprit et qui le charme, parce qu'elle est .iu(^te et naturelle. Boileau excelle à pratiquer ce précepte d'Horace, Ar[ poétique, v. 47 :

Dixeris egregie , iioliiin si callida verbum Reddiderit junctura novum.

BOILKAU. 195

A de si noirs forfaits pr^teras-tu ton ombre?... Dii moins ne permets pa-.... « La Mollesse oppressée Dans sa bouche, à ee mol, sent sa ian.i^ne glaeée, El, lasse de parliir, succombant sous l'elVoi-t, Soupire, étend les bras, ferme l'œil et s'endort*.

Mais la Nuit aussitôt de ses ailes aflYeuses*

Couvre des Bourgiii.;nons les campagues vineuses,

Uevole vers Paris, et, liàlaiitson retour.

Déjà de Montlliéry voit la fameuse tour^ :

Ses murs, dont le sommet se dérobe à la vue,

Sur la cime d uu roc s'allougent dans la nue,

Et, présentant dr loin leur ob;et ennuyeux.

Du |)assant qui bi fuit semblent suivie les yuux*.

Mille oiseaux elfraya^its, mille coibcaux funèbres,

De ces murs d.'serit's habitent les ténèbres.

Là, depuis trente hivers, uu hibou retiié

Trouvait contre le jour un refuj^e assuré....

(( Siiis-moi, » lui dit la Nuit L'oiseau plein d'allégresse

Ueconnaît à ce ton la voix de sa maîtresse.

Il la suit : et tous deux, d'un cours précipité,

De Paris à Tiuslanl abordent la cité.

Là, s'élançaiit d'un vol que le vent favorise,

Us montent au sommet de la fatale ('glise.

La Nuit baisse la vue, et, du haut du clocher,

Observe les guerriers, les regarde marcher...

" Us Uiomplient! dit-elle, et leur âme abusée

Se promet dans mon ombre une victoire aisée :

Mais allons : il est temps qu'ils connaissent la Nuit. »

A ces mots , regardant le hibou qui la suit, Elle perce les murs de la voûte sacrée : Jusqu'en la sacristie elle s'ouvre une entrée. Et dans le ventre creux du pupitre fatal

i. l/i'^dilion do Salnl-Marc. Araslerdam . 177-2, porte ici ceUcnolc : * Ucnriclle d Aiiplolcrro, diichcssc d'ork^.uis, apcrccvanlun jour Hoileau à VersaiUps, lui Til si;:ni' d'apimiclicr el lui dil à l'ori'ilic Ci' dernier vers. • On ne saurait iuiajriiH'r de plus ilaUeur cl d" plus gracicus suffrage.

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