Poésie. Super
2 MALHKHHE.
homme, mais la vériiable poésie française. Par lui notre domain»litlénirt', si agifé et si cliangcarit, fut pacifié ; et il y régna en maître absolu. (>hosc nécessair.! aux rf^formatciirs, il joifrnail à la v:gu<'Ur du talent celle du caractère. I.a fierlé du genlilliommc, la vivarité liiip.iliL'nte de l'homme d'épée et jusqu'à l'humour incisivf: et quelqu • peu querelleuse du Normand (il était né à Caen vers l.^o""), tout concourait en lui merveillrusemcnl au succès du rôle dont il se chargea. Or l'appelait de son temps le tyr n des nv.ts et des xyllabes. En réal«lé il fut le champion du hon sens; il soumit à la règle, par son exemple non moins que p ir ses préceptes^ des imaginations indociles; il atteignit dans quelques parties de ses ouvrages une hauteur d'inspiration et une perM-ciion de style qui n'ont pas depuis été surpassées. Mais son principal service fut d'achever l'éducation de notre langue et de la façonner pour l'usage des génies qui illusi.rèrent notre grand siècle. Par là il prépara l'avénemenl de Corneille, comme Henri IV celui de f.ouisXlV.
Les Saints Innocents^.
Que je porte d'envie à la troupe innocente De ceux qui , massacrés d'une main violente, Virent dès le matin leur beau jour at-courci * ! Le fer qui les tua leur donna cette grâce,
1. On peut voir sur Malherbe M. Nisard , dans son Histoire dp la liltêralure française, c. V, §§ 3 à 7; une notice de M. Gcruzez {Essnis d'hisloire Hué' retire): un travail de M. Antoine de Lstour, public dariS la JUrnc lics detix Mondes en 18^4 : et un article de .M. Sainte-Beuve [Mouiicur du 18 avril IStîi). Outre l'édition de Malhe.be que conlienl la collection des classiqji-s français, Lefevre, 1825, on consultera avec beaucoup de prolil celle que .M.M.de Lalour ont donnée chez Charpentier en 18i2, et qui renf'Tme un coniraentaire inédit d'André Chénier. Des mémoires sur la vie de Malherbe nous ont été laissés par Racan. Voltaire s'est trop peu rappelé, en l'appréciant, l'influence considérable qu'il a exercée sur ''idiome et sur l'esprit français; il n'a pas été assez fri.ppé, ce semble, de la propriété d expression , de \?. pureti' soutenue, de la clarté et de la rigueur rie lanpa.e qui font l'originalité suprême de cet écrivain , et qui devinrent par lui i'^s qualités de nuire littérature. Vainement ses contemporains s'indignaient-ils ne la rude discipline qu'il voulait leur imposer (Régriier, sai. IX): les plus indépendants allaient la subir. A la dilTérence de Ronsard, dont il détruisit iro;) absolument la réputation , il voulut, c'est là sr\ gloire , foniitr l'unilL- de la langue dans un pays qui avait conquis l'imité politique, et il réussit à rétablir.
2. « Fn ce lemps-'.à Fïérode, voyant qu'il avait été trompé par les mages, entra dans une grande colère; et ayant envoyé des gens armés , il fil lurr tous les enfants qui éiaienl dans 1 ct'iléem et en tout le pays d'alentour, âgés de deux ans et au-dessous. » [Evai'.gile de saint Mallliieu,cU.'il}. L'Eglise célèbre le'iS déecrabre la fêle des Saints-Innocents.
3. « Cette image charmante, dli André Chénier, et devenue commune, est exprimée de la manière la plus fraîche et la plus heureuse. »
MALllERBl'!. 3
Que si de faire bien ils n'eurent pas l'espace, Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi.
De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde Allait courre* forlunn aux oragos du monde, Et dë|à pour voguer abandoniiail le bord , Quand Taguct^ d'un pirate arrêta ItMir voyage; Mais leur sort fut si bon que d'un niAme naufrage Us se virent sous Tonde et '■e virent au port.
Ce furent de beaux lis qui , mieux que la nature, Mêlant à leur blanehour rinearnale peinture Que tira do leursein le couteau crimineM, Devant que d'un hiver la tempête et Torage A leur t(Mnt délicat pussent faire doinmafje, S'en allèrent fleurir au printemps éternel.
Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage, El le trop que je vis ne me fait que dommage : Crnelle occasion du souci qui me nuit!
Quand j'avais de ma foi l'innocence première, Si la nuit de la mort m'eût privé de lumière, Je n'aurais pas la peur a'une immortelle nuit*.
0 désirable fin de leurs peines passées!
Leurs pieds, qui n'ont jamais les ordures* pressées,
Un superbe plancher des étoiles se font;
Leur salaire payé 'es services précède;
Premier que d'avoir* mal ils trouvent le remède,
Et devant le combat ont les palmes au front.
1. Ancienne fornrie du verbe courir conservée dans la langue de la vénerie ; Molic^rc, les Fâcheux, acl. Il , se. vu :
A-t-on jamais parlé de pistolets , bon Dien ! Pour courre un cerf.
'2. Ce mol ne s'emploie plus aujourd'hui qu'au pluriel el dans la locution
coiiï^acrée clrr aux agncls.
3. Ces trois vers l^^moii^nent que Maliierbe paya d'abord son tribut au mauvais goùl qu'il coinballit si rudement dnns la suite. Mais que le beau vers qui lennint^ la slance rachète ces taches ir-gi-res I
\. Retour plein d'une sensibilité vraie et louchante.
5. (> mol ne serait pas admis aujourd'hui dans la po(^sie. Remarquez aussi rinvcrsinn du vers, qiii modifie les rè::l('s du pariicifio pas^^é. C.eite liconce s'est conservèi' longtemps; cl l'on pourrait en relever de nombreux exemples chez les grands poètes du dix-septième siècle. Ainsi La Fontaine dans Phiicmon et Baucis :
Il veut parler, l'écorce a sa langue pressée,