Ainsi Corneille, dans la Mort de Pûtniiée
Auteur des maux de tous , il est à tous en butte.
Au reste, la même pensée se retrouve souvent exprimt^e chez les anciens. Labérius , cité par Sént'que le philosophe, de Ira, 11 , 11 , avait dit;
Neccsse est mullos timeat quem mulli liment ;
cl Sénéque le tragique , avec plus d'énergie, Œdipns ;
Qui sceplra dure sjcvus imprrio régit, Timet timentes : metus in auclorem rediu
Cf. Cicéron , de Officiis , II.
Toujours punir, toujours liwnljler dans vos projets, J<]t jtour vos cniicmis compter tous vos sujets. Ah ! de vos premiers ans i'Iieurcuse expérience Vous fait-elle, seij^^neur, liaïr voire innocence? Songez-vous au bonljour qui les a signalés? Dans quel lepos, ô ciel , les avez-vous coulés ! Quel plaisir de penser et de dire en vous-môme : « Partout, en ce mon^.ent, on me biinit, on mairae; On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer; Leciel dans tous leurs pieurs ne m'entend pointnommer; Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ; Je vois voler partout les cœurs à mon passage. » Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux! Le sang le plus abject vous était précieux : Un jour, il m'en souvient, le sénat équitable Vous pressait de souscrire à la mort d'un coupable; Vous résistiez, seigneur, à leur sévérité; Votre cœur s'accusait de trop de cruauté ; Et plaignant les malheurs attachés à Tempire, « Je voudrais, disiez-vous, ne savoir pas écrire*. » Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur Ma mort m'épargnera la vue et la douleur : On ne me verra point survivre à votre gloire, Si vous allez commettre une action si noire.
( Se jetant aux pieds de Néron.) Me voilà prêt, seigneur : avant que de partir, Faites percer ce cœur qui n'y peut consentir; Appelez les cruels qui vous Font inspirée : Qu'ils viennent essayer leur main mal assurée... Mais je vois que mes' pleurs touchent mon empereur; .Te vois que sa vertu frémit de leur fureur : Ne perdez point de temps, nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides; Appelez votre frère, oubliez dans ses bras....
NÉRON
Ah ! que demandez-vous?
BURRHus. Non , il ne vous hait pas.
Seigneur; on le trahit : je sais son innocence; Je vous réponds pour lui de son obéissance ; J'y cours. Je vais presser un entretien si doux^
NÉRON
Dans mon appartement qu'il m'attende avec vous.
\. Dans toul ce discour?, Racine a imité de Ircs-prèsSénèque, de Clementia , 1, 3, 8, 13; 11, 1. On peut voir aussi Suétone, in Ncrone , c. 10.
2. Le plus grand éloge de ces paroles de Rurrhus , remarque La Harpe, c'est qu'elles parviennent à toucher Néron lui-ûiérae, et qu'où n en soil pas surpris.