AMAN
De votre gloire! Moi? Ciel ! le pourriez-vous croire? Moi, qui n'ai d'autre objet ni d'autre dieu,...
ASsuÉnus. Tais-toi.
Oses-tu donc pa'rler sans Tordre de ton roi ?
ESTHER
Notre ennemi cruel devant vous se déclare : C'est lui, c'est ce ministre infidèle et baihare Qui, d'un zèle trompeur à vos yeux revêtu. Contre notre innocence arma votre vertu. Et quel autre, grand Dieu! qu'un Scythe impitoyable Aurait de tant d'horreurs dicté l'ordre effroyable !
1. C'est ce que rappelle Rossiiel, d'après Isaïe, en faisant ainsi parler Dieu dans son oraison funèbre de Coiidi' : « Tu n*es ])as encore, disail-il k Cyrus, mais je le vois et je l'ai nommé par Ion nom... .le marcherai devant toi dans les rombals;à ton approche, je molirai les rois en fuite, je briserai les portes d'airain. »
2. Cambyse, qui se perdit en effet par sa folie : voy. VHistoirc d'Hérodote, liv. III, oh. . 0 el suiv.
3. Comme ce ilt'iail l'annonce. Racine a jujïé qu'Assui'rus était le même que Oarius, lii> d'ilyslasi c. donl ravéïienieut au irône dos Perses eut lieu fan ô1\ avant J. C."(Voy. Ilirodole, i6jr/.,ch.8'i el suiv.). • Les savants, dit le poêle duns sa prtfàce, en rapportent quanlilé de preuves, dont quelques-unes me parai-ïcnl des déuionsIr^Uicns. »
940 j. HACLVIO,
Partout raiïreux signal en mnmo temps donnd De meurtres remplira l'univers étonné :
On verra, sous le nom flu plus juste des princes, Un perfide étranger désoler vos provinces; Et dans ce palais même, en proie à son courroux, Le sang de vos sujets regorger jusqu'à vous. Et qu^reproche aux Juifs sa haine envenimée ? Quelle guerre intestine avons-nous allumée? Les a-t-on vus marcher parmi vos ennemis'? Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis ? Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie. Pendant que votre main sur eux appesantie A leurs persécuteurs les livrait sans secours, Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours, De rompre des méchants les trames criminelles, De mettre votre trône à Tombre de ses ailes ^. • N'en doutez point, seigneur, il fut votre soutien : Lui seul mit à vos pieds le Parthe et l'Indien, Dissipa devant vous les innombrables Scythes Et renferma les mers dans vos vastes limites ; Lui seul aux yeux d'un Juif découvrit le dessein De deux traîtres tout prêts à vous percer le sein. Hélas! ce Juif jadis m'adopta pour sa fille.
ASSUÉRUS
Mardochée ?
ESTHER. H restait seul de notre famille.
Mon père était son frère. Il descend comme moi
Du sang infortuné de notre premier roi'.
Plein d'une juste horreur pour un Amalécite*,
1. L'auteur de Polyeucte, parlant des chrétiens, avait dit, IV, 6 :
Les a-t-on vus mutins? les a-l-on vus rebelles? Nos princes ont-ils eu des soldats plus fidèles?
2. Ici encore se trouve rappelé le même passage de Corneille: mais celui-ci a résumé dans un vers ce que Racine développe en six :
Ils font des vœux pour nous qui les persécutons.
Voltaire accompagne ce rapprochement de la remarque suivante : « Sévère, qui s'exprime en homme d'Etat, ne dit qu'un mot, et ce mot est plein d'énergie; Eslher, qui veut toucher Assuérus, étend davantage cette idée. Sévère ne fait qu'une réflexion . Eslher fait une prière : l'un doit être concis, et l'autre déployer une éloquence aliendrissanle. Ce sont donc deux beautés différentes, et toutes deux à leur place. »