‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 163 sur 254 · Acte I, Scène I · texte numérisé non relu

Acte I, Scène I

Joad (grand prêtre), il &ner (un des principaux officiers des rois

de Juda).

ABNER

Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel;

Je viens, selon Tusage antique et solennel,

Célébrer avec vous !a fameuse journée

Où sur le mont Sina^ la loi nous fut donnée.

Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour

La trompette sacrée annonçait le retour.

Du temple, orné partout de' festons magnifiques.

Le peuple saint en foule inondait les portiques^;

Et tous, devant l'autel avec ordre introduits.

De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux

Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices : [ fruits.

Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices.

L'audace d'une femme, arrêtant ce concours,

1. 4691. « Qu'il sufQse , a dit M. Sainte-Beuve , de rappeler à l'honneur de Saint-Cyr qu'il fut en naissant l'occasion à'Eslher et à'Athalie. De tels accidents sont faits pour immortaliser un berceau. » Dans Aihalie, l'auteur ry Andromaque et de Phèdre écartant le sentiment de l'amour, dont il avait tiré de si admirables effets, fit sortir l'intérêt le plus vif et le plus ilraraalique du sujet le plus simple et en apparence le plus stérile. .^u>-si la parfaite beauté de celle pièce, qui à sa naissance ne fut pas représentée (quelques personnes de la famille royale et quelques pensionnaires de Saint-Cyr la jouèrent une ou deux fois seulement , sans l'illusion du théâtre et des'costumes,1691), fut-elle méconnue des contemporains. Vainement Bolieau aperçut tout aussitôt et proclama dans celte tragédie le chef-d'œuvre de son ami ; celle opinion de l'arbitre du goût et de quelques autres hommes éminents ( voy. Vllistoirc de Bossuet par de Bausset, t. Il, p. 352) ne devint celle du public que vers 1716. La France, dès lors, comme l'a dit Voltaire, n'a cessé de se glorifier de cet ouvrage, le plus accompli de notre théâtre et même de notre poésie. Les suffrages des étrangers ont confirmé ce jugement. Le célèbre critique allemand G.Schlegel, sévère jusqu'à l'injustice pour les

filus belles productions de nos tragiques , a rendu hommage à celle-là , qui ui semble s'approcher plus qu'aucune autre de la grande manière des Grecs. — Lemercier, au l"^' tome de son Cours analytique de la litléiature générale, s'est appliqué à montrer dans Aihalie la réunion de toutes les règles, au nombre de vingt-cinq suivant lui , qui constituent la perfection dramatique, celle qui réside dans la supériorité de la conduite , des caractères, du style et de la versification d'une pièce.

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