‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 166 sur 254 · Acte II, Scène V · texte numérisé non relu

Acte II, Scène V

Athalie, Abner, Malhan, suite d'Athalie.

L'action marche avec rapidité. Nous savons que Joas, héritier du trône , existe dans le temple : le grand prêtre se prépare à déclarer sa naissance. Cependant Ath die force Tentrée du temple des Juifs. Quelles sont les causes de cette étrange démarche? on va les savoir par elle-inême : dans le vestibule de l'édilice sacré, où elle s'est arrêtée, elle en instruit Abner et Mathan.

MAïHAN. Grande reine, est-ce ici votre place ? Quel trouble vous agite et quel effroi vous glace? Parmi vos ennemis que venez-vous chercher? De ce temple profane osez-vous approcher? Avez-vous dépouillé cette haine si vive...

ATHALIE

Prêtez- moi Tun et l'autre une oreille attentive.

Je ne veux point ici rappeler le passé, Ni vous rendre raison du sang que j'ai versé : Ce que j'ai fait, Abner, j'ai cru le devoir faire. Je ne prends point pour juge un peuple téméraire : Quoi que son insolence ait osé publier,

spectateur : cette parole mystérieuse suffit pour lui inspirer l'attente de quelque chose de grand.

1. Cette troisième heure, d'après la manière de compter des anciens et parliculièremenl des Romains, répond pour nous à neuf heures du matin.

2. Terme expressif , emprunté, comme le fait remarquer M. Geruzez, à Vlphigénie à Aulis d'Euripide :

.... Aeuxaivei

J. UACINK. 251

Lo ciel même a pris soin de me justifier.

Sur d'éclatants succès ma puissance établie

A fait jusqu'aux deux mers' respecter Alhnlic:

Par moi Jérusalem goûte un calme profond;

Le Jourdain ne voit j)lus l'Arabe viigabond

Ni l'altier Philistin, par d'éternels ravages,

(^omme au temps de vos rois, désoler ses rivages;

Le Syrien'* me traite et de reine et de sœur;

Ênlin de ma iuaisoii h; perfide oppresseur,

{)m devait jusqu'à mt,i pousser sa barbarie,

Jéhu, le lier Jéhu, tremble dans Samarie ;

De toutes parts pressé par un puissant voisin,

Qmo j'ai su soulever contre cet assassin,^

Il me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.

Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse;

Mais un trouble imi)ortun vient, depuis quelques jours,

Homes prospi'ri-tés interrompre le cours.

iln songe (me devrais-je inquiiiter d'un songe?)

Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge :

Je l'évite partout, partout il me poursuit.

C'était pondant Thorrcur d'une profonde nuit'; Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée, Comme au jour do sa mort, pompeusement partkî : Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté; Même elle avait encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage Pour réparer des ans l'irréparable outrage : « Tremble, m'a-t-ello dit, (illo digne de moi ; i Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi. « Je te plains de tomber dans ses mains redoutables, « Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables. Son ombre vers mon lit a paru se baisser;

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