J. ]]. ROUSSEAU
Nô à Paris en 1071, J. B. Rousseau, qui élenrlit cl agrandit parmi nous le genre que Malherbe avait créé, fui l'un de ceux qui payèrent le plus chèrement par le malheur le privilège de la renommée. Joints à ses talents, les lorts de son caractère lui firent beaucoup d'ennemis, et il finit par être leur victime 2. Frappé d'un arrêt de Ijannissemont, il passa tout le reste de su vie loin de la France dont il est demeuré Tune des gloires. L'élévation de la pensée , la magnificence des images, l'harmonie et la vigueur du style, lui assurent, malgré ses défauts, une place à côté de nos classiques. Bien moins châtié et soutenu que les modèles du dix-septième siècle (sa langue et son goût parurent, surtout au déclin de sa carrière, souffiirdo son séjour à l'étranger), il a cependant conservé dans ses odes et dans ses cantates leur haute et saine inspiration. 11 est Fintermédiairc qui unit la plus glorieuse époque des lettres françaises aune autre époque où leur éclat, moins pur, ne s'est pas encore obscurci. Rousseau excelle aussi à manier l'épigramme; il s'est pareillement essayé dans Fallégorie, à présent délaissée, ainsi que dans la comédie et Tépitre, mais avec assez peu de succès. Au préjudice de la réputation de Rousseau, qu'on a parfois trop déprimée de nos jours, la poésie lyrique devait trouver, vers la fin du dernier siècle et au commencement du nôtre, une source nouvelle d'inspirations touchantes et sublimes 3.
1. Plusieurs biographes ont fait naître J. B. Rousseau en 1669, d'autres en 1670. La date de 1671 est la véritable; elle esi fixée par une lettre même de Rousseau, du 2 juillet 1737. En outre, son acte de naissance a été retrouvé.
2. Quels soupçons pouvaient paraître injustes à l'égard de celui qui , rougissant de son père, honnête artisan, ne sut pas, comme Horace son maître, être un bon fils? En cela, J, B. Rousseau porta la peine des fautes où l'avait fait tomber son orgueil , bien plus qu'il ne fut victime de son inflexible vertu, comme il l'a dit dans son ode à la Postérité ( IV, 10). Mais il parait assez prouvé maintenant qu'il était innocent des imputations dirigées contre lui au sujet des couplets scandaleux qui molivèrenl sa condamnation ; elle eut lieu en 1712, l'année même où naissait à Genève un autre Rousseau, destiné à captiver avec tant de puissance l'imagination de ses contemporains, l'our défendre, au reste, la mémoire de Jean-Baptiste, on doit rappeler qu'il eut et conserva pour amis des hommes dignes de la plus haute estime, tels que Louis Racine, RoUin et Lefranc de Pompignan.
3. Outre le Cours de liliéralure de La Harpe , fort étendu au sujet de Rousseau (11' part., liv. P', ch. 9), il faut voir le Tableau de la littérature au dit' septième siècle par M. Villemain (2° leç.). Didot, en 1790, a donné de Rous-
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Les eicoi proclament leur auteur.
Do sa puissance immortelle*
Tout parle, tout nous instruit;
Le jour au jour la révèle ,
La nuit raimonee à la nuit^.
Ce grand et superbe ouvrage
N'est point pour IMiouiine un langage
Obscur et inyslérii^ux :
Son admirable structure
Est la voix de la nature,
Qui se l'ait entendre aux yeux*.
Dans une éclatante voûte Il a placé de ses mains Ce soleil qui, dans sa route, Eclaire tous les humains.
Environné de lumière, Il entre dans sa carrière Comme un époux glorieux, Qui , dès l'aube matinale, i)e sa couclie nuptiale Sort brillant et radieux*.
L'univers , à sa présence, Semble sortir du néant.
seau une édition niagnifiijue. Peu de nos Ocrivains ont (railleurs ék\ on parlie du moins, rôinipiiincs plus souvent. Kooiirliard-Lchrun , Koiilanis. Ainar, de Wailly, licnizcz, MM. Pcssonneaux et Manuel l'ont apprécié et commenté. L'académicien An},ycr a rédigé sur lui un Essai biogruphiiiue ri critUiue: déjà Vauvenargues lui avait consacré un article dans ses Iié(k'xions sur quelques poêles.
i. Nous avons cru devoir supprimer !-•> première strophe, peu digne de celles qui la suivent.