‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 190 sur 254 · La clarté donl il jouit · texte numérisé non relu

La clarté donl il jouit

2. Ces poétiques images empruntées au psaimiste , et prolongées avec art pour peindre la fragilité éphémère de la vie, font ressortir plus vivement la bonté de Dieu, qui ne dédaigne pas de s'abaisser jusqu'à une créature si faible.

3. « Inclina cœlos tuos et descende. » (Psaume cité.) La belle image qui termine la strophe n'a pas toutefois la sublime rapidité du texte sacré •' c Tange montes et fumigabunt. »

J. H. KOUSSKAU. 287

Et s'enivrenl do leur bonheur.

Leur postérité tlorissante, Ainsi qu'une tige naissante, Croît et s'élève sous leurs yeux; Leurs filles couronnent leurs tètes De tout ce qu'en nos jours de fêtes Nous portons de plus précieux.

De leurs grains les granges sont pleines;

Leurs celliers regorgent de fruits ;

Leurs troupeaux, tout chargés de laines,

Sont incessamment reproduits ;

Pour eux la fertile rosée,

Tombant sur la terre embrasée,

Rafraîchit son sein altéré;

El pour eux le flambeau du monde

Nourrit d'une chaleur féconde

Le germe en ses flancs resserré.

Le calme règne dans leurs villes, Nul bruit nMnlerrompt leur sommeil :

On ne voit point leurs toits fr.igiles Ouverts aux niyons du soleil * !

C'est ainsi qu'ils passent leur âge.

Heureux, disent-ils, le rivage Où Ton jouit d'un tel bonheur!.

Qu'ils restent dans [eur rêverie!

Heureuse la seub; patrie Où Ton adore le Seigneur^!

Liv, I, ode 13.

1. Ce qui revient à dire que leurs maisons ne menacent pas ruine, et

3ue des murs épais les dérendenl conirc les ardeurs de l'été ; ce Irait, en rient surtout, garde loulesa valeur.

'2. La chule de celle ode esl admirable : après la peinture couiplaisnnlo du bonheur des méclianls , le sage termine par un vœu d'une allendrissanlc pitié :

Qa'ils restent dans leur rêverie 1

mais il sait bien que la justice de Dieu , paUentc parce qu'elle a pour elle i'élerniié, troublera bienlùt celle condanle prospérilé du mcclianl, etlnni !e tableau de ce bonheur passe devant ses yeux sans séduire son cœur. Cf. !a strophe admirable de Malherbe :

La gloire des môcliants est pareille à cette herbe Qui , sans porter jamais ni javelle ni gerbe, Croit sur le toit pourri d'une vieille maison : On la voit sùche et morlo aussitôt qu'elle est née.

Et vivre une journée ^st n^puii' pour elle nne longue saison.

238 3. U. l'.OLSSKAU.

A la Fortune.

Fortune, dont la main couronne Les forlails les plus inouïs, Du faux écl.'it qui t'environne Serons-nous toujours chlouis*?

Jusques à quand, trorn|jouse idole.

D'un cuite honteux et frivole Honorerons-nous tes autels?

Verra-t-on toujours tes caprices Consacres par les sacrifices Et par rhommage des mortels?

Le peuple, dans ton moindre ouvrage

Adorant la prospérité,

Te nomme grandeur de courage,

Valeur, prudence, fermeté.

Du titre de vertu suprême

Il dépouille la vertu même.

Pour le vice que tu chéris :

Et toujours ses fausses maximes

Erigent en héros sublimes

Tes plus coupables favoris.

Apprends que la seule sagesse Peut faire les héros parfaits; Qu'elle volt toute la bassesse De ceux que ta faveur a faits; Qu'elle n'adopte point la gloire Qui naît d'une injuste victoire Que le sort remporte pour eux; Et que, devant ses yeux stoïques.

Leurs vertus les plus héroïques Ne sont que des crimes heureux.

Quoi! Rome et l'Italie en cendre Me feront honorer Sylla!

J'admirerai dans Alexandre^ Ce que j'abhorre en Attila?

J'appellerai vertu guerrière

i. Le poêle français a voulu se montrer, dans ce sujet, plus régulier, plus méthodique et aussi plus moral que ses principaux devanciers, Horace ( l, 35) et Pindare (XII' Olymp.) : c'est ce qu'annonce tout aussitôt ce début plein de gravite.

2. Le mouvement de cette strophe est fort beau ; mais il faut remarquer que Rousseau a clé souverainement injuste en comparant Alexandre à Attila,

J. I!. HOUSSEAU 289

Une vaillance meurtrière

Qui dans mon sang trenipo ses mains?

Et je pourrai forcer ma bouche

A louer un hcros farouche

Né pour le malheur des humains?

Quels traits me présentent vos fastes, Impitoyables conque'rants?

Des vœux outrés, des projets vastes; Des rois vaincus par des tyrans; Des murs que la flamme ravage; Des vainqueurs fumant de carnage; Un peuple au fer abandonné ; Des mères pâles et sanglantes, Arrachant leurs filles tremblantes Des bras d'un soldat effréné*.

Juges insensés que nous sommes , Nous admirons de tels exploits!

Kst-ce donc le malheur des hommes Qui fait la vertu des grands rois?

Leur gloire, féconde en ruines.

Sans le meurtre et sans les rapines Ne saurait-elle subsister?

Images des dieux sur la terre, Est-ce par des coups de tonnerre Que leur grandeur doit éclater*?

Quel est donc le héros solide Dont la gloire ne soit qu'à lui?

C'est un roi que l'équité guide, Et dont les vertus sont Tappui ; Qui , prenant Titus pour modèle, Du bonheur d'un peuple fidèle Fait le plus cher de ses souhaits; Qui fuit la basse flatterie; Et qui , père de sa patrie.

Compte ses jours par ses bienfaits.

Héros cruels et sanguinaires.

Cessez de vous enorgueillir

i. Le Brun a loué la verve soutenue de celle slrophe, qui, selon lui, • est peul-èlre la plus énergique de l'ode. »

2. • Voilà du feu, » dit 1-a Harpe, un peu trop rigoureux, d'ailleurs, pour le commencemenl de celle pièce; • voilà du tuouveinenl , dis images; nous avons relrouvé l'ode. • lil Le Hrua : • La chute de celle slruplie est admirable. >

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