‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 204 sur 254 · Déjà Racine, dans Phèdre, V, G · texte numérisé non relu

Déjà Racine, dans Phèdre, V, G

Jusqu'au fond de nos cœurs notre sajui s'est glacé.

CRÉBILLON. 3'j5

Triste objet d'un amour jaloux, désespënî, Que ma rage a poussé jusqu'à la barbarie , Après tant de fureurs, est-ce vous, Zénobie?

ZÉNOBIK.

Zénobie! ali, grands dieux! Cruel, mais cher époux, Après tant de malheurs, Uliadamisle, est-ce vous?

RHADAMISTE

Se peut-il que vos yeux puissent le méconnaître? Oui, je suis rc cruel, cet inhumain, ce traître, Cet époux meurtrier. Plût au ciel qu'aujourd'hui Vous eussiez oublié ses crimes avec lui! 0 dieux, qui la rendez à ma douleur mortelle. Que ne lui rendez-vous un époux digne d'elle ! Par quel bonheur le ciel , touché de mes regrels, Me permet-il encor de revoir tant d'attraits ?...

ZÉNOBIE

Ah , cruel ! plût aux dieux que ta mnin ennemie N'eût jamais attenté qu'aux jours de Zénobie ! Le cœur, à ton aspect, désarmé de courroux, Je ferais mon bonheur de revoir mon époux; Et l'amour, s'honorant de ta fureur jalouse, Dans tes bras avec joie eût remis ton épouse. Ne crois pas cependant que , pour toi sans pitié, Je puisse te revoir avec inimitié.

RHADAMISTE

Quoi! loin de m'accabler, grands dieux! c'est Zénobie Qui craint de me haïr, et qui s'en justifie ! Ah! punis-moi plutôt : ta funeste bonté. Même en me pardonnant, tient de ma cruauté. N'épargne point mon sang, cher objet que j'adore : Prive-moi du bonheur de te revoir encore :

(// se jette à ses genoux.) Faut-il, pour t'en presser, embrasser tes genoux? Songe au prix de quel sang je devins ton époux. Jusques à mon amour, tout veut que je péiisse : Laisser le crime en paix, c'est s'en rendre complice*. Frappe : mais souviens-toi que , malgré ma fureur, Tu ne sortis jamais un instant de mon cœur; Que, si le repentir tenait lieu d'innocence. Je n'exciterais plus ni haine ni vengeance; Que, malgré le courroux qui te doit animer, Ma plus grande fureur fut celle de t'aimera

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