Acte II, Scène Xi
Le comte, Pasquin (son valet). (Le comte repasse ce qu'il a écrit, et Pasquiu lit, par Tordre de sonmuiUe, une autre lettre que celui-ci vient de recevoir.)
LE COMTE, s*ndressant à sa lettre.
la ne partiras point, et c'est une bassesse,
1. 1732. — Onconnaîlle gracieux lionimageque Voltaire a rendu à l'œuvre de Ueslouches dans ces vers qu'il hii adressait :
Auteur solide, ingénieux , Qui du théâtre éles le maître , Vous qui rtes le (lio'irux.
Il ne tiendrait qu'à vous de l'être.
Ailleurs il rappelle encore le sonvenir cl le succès de ce remarquable ouvrage; c'est dans le III* de ses Discuurs sur l'hvmme, où il parle à un envieux qu'offusque le niérile d'aulrui :
Le public applaudit au.x vers du Glorieux :
Est-ce un atlront pour toi? couraije, écris, fai: mieux.
Kl dans une de ses lellrcs (de n'i7, au comte d'Argenlal), il va jusqu'à égaler celte eonu'dic aux vu il!eur<s de Mulicre. ^'«Hait trop. V.n revancbe , (leolTroy l'a dénigrée avee ainerluine et injuslice. Une morale élevée, qui manque tro]) souvenl h noire lliéàlre eoruicpie, est, comme on le verra , renfermée dans {)lusii'urs sil.ialions el dans l'cnsembie de celle pi(^cc, sans exclure en aneiuie façon ragrémeni. .M. Sainl-Marc Girardin lui a consacré une élude pleine d'inlérèl dans le cli. 21 de son Cours de liUcraiurc draitiO' tiii tie.
Dans les gens do mon rang , d'outnr la politesse.
Un homnifî loi quo moi se ferait déshonneur,
Si sapluiiio à (juelqu'un donnait du monseigneur.
Non, mon petit seigneur, vous n'aurez pas la gloire
De gagner sur la mienne une telle victoire.
Vous pourriez m'assurerun bonheur très-complet;
Mais si c'est à ce prix , je suis votre valet.
(// déchire la lettre.) Ote-moi celte table. — Eh bien! que dit Tëpître?
PASQUIN
Elle roule, monsieur, sur un certain chapitre Qui ne vous plaira point.
LE COMTE. Pourquoi donc? Lis toujours.
PASQUIN
Vous me l'ordonnez; mais....
LE COMTE. Ohl trêve de discours!
PASQUIN lit.
« Celui qui vous écrit....
LE COMTE. Qui vous écrït.... Le style Est familier.
PASQUIN. Il va vous échauffer la bile. {Il lit.) « Celui qui vous écrit, s'intéressant à vous, Monsieur, vous avertit, sans crainte et sans scrupule, Que par vos procédés, dont il est en courroux, Vous vous rendez très-ridicule. »
LE COMTE, se levant brusquement.
Si je tenais le fat qui m'ose écrire ainsi....
PASQUIN
Poursuivrai-je?
LE COMTE. Oui, voyons la fin de tout ceci.
PASQUIN lit.
« Vous ne manquez pas de mérite; Mais.... »
LE COMTE. Vous ne manquez pas ! Ah ! vraiment ! je le Bel éloge, en parlant d'un homme tel que moi ! [croil
PASQUIN lit.
« Vous ne manquez pas de mérite ; Mais, bien loin de vous croire un prodige étonnant,
Apprenez que chacun s'irrite
De votre orgueil impertinent. »
LE COMTE, donnant un soufflet à Pasquin. Comment, maraud !....
PASQUIN. Fort bien ; le trait est impayable ! De ce qu'on vous écrit suis-je donc responsable ? Au diable l'écrivain avec ses vérités ! {Il jette la lettre sur la table.)
DKSTOUCUKS. 3i:{
LE COMTE
Ah! je vous apprendrai...
rASQL'iN. Quoi! vous mo maltrailez Pour les fautes d'anirui? Si jamais je m'avise D'être votre lenteur. ..
LE COMTK, lui donnant sa bourse.
Faut-il (jue je vous dise Une seconde fois de serrer cet arî^cnl? Tenez, voilà ma clef, et soyez diligent.
PASQUiN va et revient.
Savez-vous à combien celle somme se monte?
LE COMTE
Non pas exactement.
PASQUIN. Je vous en rendrai compte.
{A part.) Je m'en vais du soufflet me payer par mes mains....