Medio de fonte leporum
Surgit amari aliquid , quod in ipsis fauc ibus angat ;
a dit Lucrèce, liv. IV, v. 1130. Ainsi M. de Lamartine dans la X* de ses Nouvelles Médilalions poétiques :
Mais jusque dans le sein des heures fortunées Je ne sais quelle voix que j'entends retentir
Me poursuit, et vient m'avertir Que le bonheur s'enfuit sur l'aile des années....
3. Ici L. Racine parle d'après Descartes, ou bien encore d'après Platon et Cicéron ; on peut voir notamment les Tusculanea, liv. 1.
Qui, malgré son fardeau, s'élùve, prend l'essor*, A son premier siijour quelquefois vole encor, Et revient tout chargt^ de richesses immenses? Platon , combien dt* fois jusqu'au ciel tu t'élances! Descartes, qui souvent m'y ravis avec toi; Pascal , que sur la terre à peine j'aperçoi ; Vous qui nous remplissez de vos douces manies', Poi'tes enchanteurs, adorables génies; Viriiile, qui d Homère appris à nous charmer; Boileau, Corneille, et toi que je n'ose nommer', Vos esprits n'étaient-ils qu'étincelles léi,'ères. Que rapides clartés et vapeurs passagères?
Que ne puis-je prétendre ta votre illustre sort, 0 vous dont les grands noms sont exe:npts de la mort? Eh! pourquoi, dévoré par cette folle envie, Vais-je étendre mes vœux au delà de ma vie? Par de brillants travaux je cherche à dissiper Celte nuit dont le temps me doit envelopper. Des siècles avenir je m'occupe sans cesse : Ce qu'ils diront de moi m'agite et m'intéresse. Je veux m'éterniser; et, dans ma vanité, J'ajiprends que je suis fait pour l'immortalité. De tout bien qui périt mon âme est mécontente : Grand Dieu! c'est donc à loi de remplir mon attente*.
i. On Irouvora au chanl III de ce poCme un tableau bien tracé, d'ap^^s Lucrèce , Virgile cl Mauilius, de la naissance el du développement des arts parmi les hotnmes.
3. I»u prec i^avio, fureur ou délire poétique. On peut voir dans Rousseau, ode au lonUc du Luc, celle expression, dont l'emploi est toutefois plus rare au pluriel qu'au sinjîulier.
3. (let hommage rendu par le poêle h la mémoire de son père est exprimé avec une délicate réserve qui en augmente le prix.
4. Le poëmc entier est composé de six clianis: et il faut avouer que, vers la fin, la marche de l'auteur se ralenlit el s'affaiblit un peu. Dans les morceaux mêmes que nous avons cilés, on ne s;iurail dire que l'inspiralioa soit toujours soutenue. Il s'y rencoiilre que|i;u s tours pénibles, queUiues hémisliches sans élégance cl prosaïques. Louis Racine n'en conservera pas moins l'honneur d'avoir exprimé U- premier u\ec. grandeur, ci souveni avec poésie, beaucoup d'idées qui scmbluienl jusque-là, parmi nous, exclues du domaine des rers.
Déjà nous avons insciil le nom de Voltaire parmi ceux de no» plus grands prosateurs : un rang ne lui est pas moins dû entre nos premiers poêles. SMl n'eut pas, comme quelques autres, celle patience scrupuleuse qui poursuit dans un genre et atteint la perfecliou , il fui dans presque tous également supérieur; il réunit en lui une prodigieuse variété de talents qui, disséminés, auraient suffi à Tillusiralion de plusieurs hommes. Parfois digne émule de Corneille et de Racine dans la tragédie, il a tenté seul avec un certain succès de donner une épopée à la France. Excellent aussi dans le poëme didactique , Tun do ses principaux mérites fut de revêtir des couleurs d'une imagination inspirée les plus hautes idées de la science, et, pendant que Fontenellc en propageait rintelligence par la clarté de sa prose facile, de la populariser également par le prestige des beaux vers. En même temps, par un singulier contraste, c'est lui qui a le mieux réussi dans la poésie légère, heureux si Tenjouement el la malice, qu'il prodigue en badinant, n'eussent pas offensé trop souvent la religion, la morale et la vertu.
Doué de tous les genres d'esprit, de celui des affaires presque autant que de celui des lettres, Voltaire acquit par des spéculations heureuses non moins que par ses travaux une fortune considérable qui augmenta sa puissance. Cette puissance, la plus grande de celles qui ont jamais eu leur fondement dans l'opinion, l'accompagna jusqu'à ses derniers moments, où il se vit salué par l'enthousiasme d'une foule enivrée, qui applaudissait en lui au triomphe des idées nouvelles. Quelques années après , ses cendres devaient être transportées au Panthéon, avec celles de J. J. Rousseau. Sans doute il aima Ihumanité; mais il aima encore davantage la gloire, ou plutôt la vogue, c'est-à-dire ce qu'il y a dans la gloire de moins estimable et de moins solide. On avait dit longtemps qu'il était né dans le petit village de Ghâtenay, peu distant de Paris : il est établi maintenant qu'il naquit â Paris même, le 20 février 1694, dont il demeura éloigné plus de vingt années de suite, et où il revint cependant pour mourir le 20 mai 1778'.
1. M. Villemaîn , en traçant le tableau du dix-huitième siècle , s'est naturellement beaucoup occupé de Voltaire, car aucun homme n'a exercé, en bien comme en mal, plus d'influence sur l'esprit français; on peut voir surtout ses 4% 7% 8% 9% 10« et25* leçons. Outre cet auteur et quelques autres
VOLTAIUE. Z6b
La Heuriade^
(Kxlrait.)
Chant VIII (fragQienl).
Dalaillc d'Ivi-y.
Pn^s (les bords do riloii et des rives de TEurc* Est un cliaiiip lortiiné, r.'imour do la nature : La guerre avait longtemps respeclc les trésors
«^uo nous avons indiqués dans nos extraits de prose comme di'vanl ^Ire consultés sur lui, nous signalerons La Harpe dans dilTéronles parties de sou CouiR du lillcrattiiT : Ducis , discours de réce|ilioii à l'Acadcuiic française ( il y fut le successeur de Voltaire ) ; Foulanes. (Iiscc»urs préliminaire. Cv-lui qui précède sa traduction de VEssai sur l'Iiommc de Pope , etc. Sa vie a été écrite plusieurs fois, el notamment par Coiidorcet: néanmoins ce travail esl encore ii faire. Le Brun lui a consacré une de ses [)remières odes, où la noblesse des sentiments se joint souvent à l'éclat des vers.
1, La lU'Hviitdc. , a dit M. Villemain. qui a élabli entre clic el la Phnnnle de Lucain un curieux parallèle, est une suite de beaux passages plutôt qu'un beau poëme: mais le style y est en plus d'une renconlie admirable de l'acilité el de richesse, cl la versilication de celte œuvre, au jugement de La liarpe, qui l'a analysée awr '. lucoup de soin et généralement bien appréciée, la place parmi les momuuenls les plus remarquables de la poésie Irançni' •. C.rs éloges rénondcnt assez à des censures étroites ou [)assionnées, telles que celles de Le Ualtcux el de La beaumelle. On sait que le titre primitif de celles épopée fut la Lii/uc ou llrnri le lircind. L'auleur la commença après avoir fait la tragédie d'Œ'(/i><?, qu'il fiinl en 17l:< (il avait alors dixneuf ans), mais qui ne fui jouée qu'en I71S. Il (tait prisonnier à la Haslille (1710) quand il composa le 11° chant. La première cdilion, d'ailleurs fort imparfaite ,date de 17'2o. Louis XV s'était rendu justice eu refusant la dédi cace d'un ouvrage où un roi père de ses sujets et un grand homme était célébré. Près de cenl ans après, lorsque la statue de Henri IV, abattue par la Révolution, fut relevée sur le pont Neuf, on crut honorcT ce monarque en y renfermant un exemplaire de la llcnria ' •. Une seule édition de ce poème, dédiée à la reine d'Anglelorre, femme di i.eorges 11, en 17'27 (ce fut la première complète ), cl i)ubliét' dans ce p:.}s qni lui Irès-hospilalier |)Our Voltaire, ne lui rapporta i)as moins de lO.lKhJ livres. Knlredes réiuq)rcssiotis Irès-mullipliées, on désignera elle qui a paru accompagnée d'une préface de Marmontel , souvent reproduite. Il y a ans-si un avant-propos de la llenriadf rédigé par le roi de l'russe Frédéric. M. Naiidcl l'a éditée (ISI'î), eu recueillant les passages des écrivains anciens et motlernis qui présentent avec elle des points de comparaison. Au nombre des annotateurs de celle (l'uvre, on peut encore citer M. Daunou. On peut voir enlin, à son sujet. Delille, au chant V de son po^me de ï'Imaginalion , et ChAlcaubriand, Génie du Christianisme, 11* pari., livre l", ch. 5.
2. Eh se prononce encore u dans quelques provinces; mais anlrefois il en était ainsi partout, à Paris comme ailleurs. Tallcmanl des l\éaux nous apprend que « .Malherbe no voulait pas qu'on rimàl sur honhenr ni sur hi/(/- /ifHr, parce (pie les Parisiens n'en prononçaient (jue Vu, comme s'il y avail l'unhur elmalhur. • De là venait que Ve entrait dans beaucoup de mots où nous n'avons laissé que l'» ; j'ai bcu , teu , chrule . fU-.
La Funlaine a fait rimer, conformément i ce principe (juc la coutume a
Dont Flore et les Zéphyrs embellissaient ces bords*.
Au milieu des horreurs des discordes civiles,
Los bergers de CCS lieux coulaient di s jours tranquilles :
Protégés i)ar le ciel et par leur pauvreté,
Ils semblaient des soldais braver Tavidité,
Et sous leurs toits de chaume, à Tabri des alarmes,
N'entendaient point le bruit des tambours etdes armes*.
Les deux camps ennemis arrivent en ces lieux;
La désolation partout marche avant eux....
Habitants malheureux de ces bords pleins de charmes,
Du moins à votre roi n'imputez point vos larmes;
S'il cherche les combats, c'est pour donner la paix:
Peuples, sa main sur vous répandra ses bienfaits;
Il veut linir vos maux, il vous plaint, il vous aime,
Et dans ce jour affreux il combat pour vous-même.
Les moments lui sont chers, il court dans tous les rangs
Sur un coursier fougueux, plus léger que les vents,
Qui , fier de son fardeau , du pied frappant la terre,
Appelle les dangers et respire la guerre'.
On voyait près de lui briller tous ces guerriers, Compagnons de sa gloire et ceints de ses lauriers .
maintenu jusqu'au commencement du dix -huitième siècle, émeute avec dispule(,Fab., VII, 8):
Mars autrefois mit tout l'air en émeute; Certain sujet fit naître la dispute....
Cf. id., X, 4. — Aujourd'hui même, par un souvenir du vieil usage, nous écrivons j'eus et nous disons j'us ; nous écrivons gageure et nous disons gajure.