‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 219 sur 254 · Pareillement Rousseau, dans sa canlalc VU · texte numérisé non relu

Pareillement Rousseau, dans sa canlalc VU

Les fleuves étounés remoatent vers leurs sources.

2. C'est le conseil qu'Énée, dans Virgile, adresse à ses compagnons, 1, 21 1;

Dorale , et vosmct rébus scrvalc sccuudis.

340 VOLTAIRK.

Le suitcrun air affreux, le flatte en rugissant, Kl paraît menacer, inC'ine en ob<;is'^ant*....

Des cieux en ce moment les voûtes s'entr'oiivrirent : Les mânes des Bourbons dans les airs descendirent. Louis au milieu d'eux, du haut du lirmament, Vint contempler Henri dans ce fameux moment. Vint voir comme il saurait user de la victoire, Et s'il achèverait de mériter sa gloire.

Ses soldats près de lui, d'un œil plein de courroux, Regardaient ces vaincus échappés à leurs coups. Les captifs, en tremblant, conduits en sa présence, Attendaient leur arrêt dans un profond silence ; Le mortel désespoir, la honte, la terreur, Dans leurs yeux égarés avaient peint leur malheur. Bourbon tourna sur eux des regards pleins de grâce, Où régnaient à la fois la douceur et Taudace :

« Soyez libres, dit-il; vous pouvez désormais Rester mes ennemis ou vivre mes sujets... Choisissez. » A ces mots d'un roi couvert de gloire, Sur un champ de bataille, au sein de la victoire, On voit en un moment ces captifs éperdus^ Contents de leur défaite, heureux d'être vaincus : Leurs yeux sont éclairés, leurs cœurs n'ont plus de haine; Sa valeur les vainquit, sa vertu les enchaîne, Et, s'honorant déjà du nom de ses soldats. Pour expier leur crime, ils marchent sur ses pas. Le généreux vainqueur a cessé le carnage; Maître de ses guerriers, il fléchit leur courage. Ce n'est plus ce lion qui, tout couvert de sang. Portait avec eiîroi la mort de rang en rang : C'est un Dieu bienfaisant, qui, laissant son tonnerre, Enchaîne la tempête et console la terre.

t. € CeUe comparaison , dit La Harpe , est au nombre des plus belles qui existent dans aucune autre langue, et l'auteur ne la doit qu'à lui seul. » — Malgré cette assertion, on en reconnaîtra du moins le germe dans ces vers deSlace, AchiiL, II, 183 et suiv. :

Ut leo , matemo quum raptus ab ubere mores Accepit, pectique jubas , hominemque vereri Edidicit, nuUasque ruit nisi jussus in iras; Si semel adverso radiavit lumine ferrum , Ejurata fides , domilorque iaimicus : in illam Prima famés , timidoque pudet servisse magistro.

2. Cet adjectif a déjà fini l'un des vers de la page précédente: on a remarqué qu'il revenait fréquemment sous la plume de Voltaire. En général on lui a reproché , non sans raison , de rimer trop facilement avec des épitbètes et de les prodiguer un peu, au préjudice de la force et de la concision du langage.

VOLTAIUE. 341

Sur son front menaçant , terrible, ensanglanté,

La paix a mis les traits do la sérénité.

Ceux à qui la lumière était presque ravie

Par ses ordres humains sont rendus à la vie;

Et sur tous leurs daniiers, et sur tous leurs besoins,

Tel qu'un père attentif, il étendait ses soiub'....

Zaïre*.

, (Extrait.)

Lusignan, prince du sang des rois do Jérusalem , a âiâ fait prisonnier par les musulmans pendant les croisades. Après avoir dlo enfermé lon^'temps dans les cachots de cette ville, rendu à la liberté par le Soudan qui y commande, Orosmane, il va reconnaître son fils dans NtTtstan, chevalier chrétien qui était venu pour racheter les captifs de sa religion ; il retrouvera en môme temps sa lille dans Zaïre, qui, tombée au pouvoir de Tennemi comme son pcre et toute sa famille, avait été dès sa plus tendre enfance nourrie dans les erreurs du mahométisme, et semblait èU-e alors sur le point d'épouser Orosmane.

Acte II, Scène III. Zaïre, Lusignan , Châtillon , Nérestan, plusietirs esclaves chrétiens. LUSIGNAN.

Du séjour du trépas quelle voix me rappelle?

Suis-je avec des chiéliens?... Guidez mes pas tremblants.

Mes maux m'ont a'Jaibli plus encor que mes ans*.

{En s'assetjant.) Suis-je libre en eiïet?

1. Il existe de cette bataille, qui fut livrée IcU mars 1500, un récit trèscirconslancié dans les l.rtiies d Kl. r*;isquicr, XIV, 10, ainsi que dans les Mémoires de Sully ( liv. III), qui lui-nièmc y reçut sept blessures.

2. Zaïre, * la plus louchante de toutes les tragédies qui existent, » suivant La Harpe, fui représentée en 1732. nellc imitation de rO//it'//o de Shakspcarc, elle appartient au genre de ces pièces, dites romanesques, où le poëte puise dans son imagination, non dans l'histoire, les principaux événeiuenis quil offre aux yeux des spectateurs.

3. • Ce vieillard, dit La Harpe, sorianl des rachols où il a langui vingt ans, ce dernier rejeton ti'uno raee de héros français, rappi-huit ses anlicpies exploits et ses longues inlorlunes, reconnaiss.mi la voix d'un de ses anciens compagnons d'armes, forme un tableau plein d'un intérêt de religion et de chevalerie absolument neuf sur la scène française lorsque Voltaire l'y produisit. »

3iî VOLTAIflR.

ZAïHE. Oui, Seigneur, nul, vous l'ôtes.

CflATILLON.

Vous vivez, vous calmez nos douleurs inquiètes. Tous nos tristes chrétiens....

LîJsiGNAN. 0 jour! ô douce voix !

Cliâtillon , c'est donc vous ? c'est vous que je revois ! Rïartyr, ainsi que moi, de la foi de nos pères, Le Dieu que nous servons finit-il nos misères? En quels lieux sommes-nous? Aidez mes faibles yeux.

CHATILLON

Ci'osl ici le palais qu'ont bâti vos aïeux : Du fils de Noradin c'est le séjour profane*.

ZAÏRE

Le maître de ces lieux, le puissant Orosmane, Sait connaître, seigneur, et chérir la vertu.

{En montrant Nérestan.) Ce généreux Français, qui vous est inconnu, Par la gloire amené des rives de la France, Venait de dix chrétiens payer la délivrance : Le Soudan, comme lui gouverné par l'honneur, Croit, en vous délivrant, égaler son grand cœur.

LUSIGNAN

Des chevaliers français tel est le caractère : Leur nobb sse en tout temps me fut utile et chère. Tro}D digne chevalier, quoi! vous passez les mers Pour soulager nos maux et pour briser nos fers? Ah! parlez, à qui dois-je un service si rare?

NÉRESTAN

Mon nom est Nérestan ; le sort longtemps barbare, Qui dans les fers ici me mit presqu'en naissant, Me fit bientôt quitter Tempiro du Croissant. A la cour de Louis , guidé par son courage. De la guerre sous lui j'ai fait l'apprentissage: Ma fortune et mon rang sont un don de ce roi. Si grand par sa valeur et plus grand par sa foi. Je le suivis, seigneur, aux bords de la Charente', Lorsque du fier Anglais la valeur menaçante, Cédant à nos efforts, trop longtemps captivés. Satisfit en tombant aux lis qu'ils ont bravés. Venez, prince, et montrez au plus grand des monarques De vos fers glorieux les vénérables marques :

\. tn d'autres termes, c'est ia demeure du Soudan de Jérusalem, d'Orosniane. Noradin ou Nour-I: ddyn , dont celui-ci descendait , était monté sur le Irône d'Alep en 1145 : il avait été tiès-funcsle aux guerriers de la seconde croisade, et s'était distingué par plusieurs conquêtes.

2. Allusion aux victoires de Taillebourg et de Saintes , remnorlées par le roi de France Louis IX, en 1242, sur Henri Ili, roi d'Angleterre.

Paris va révérer le martyr do la croix, Et la cour de Louis est l'asile des rois.

LUSIGNAN

Ilélas! de celte conr j'ai vu jadis la gloire. Quand Philippe à Hovine enchaînait la victoire', Je combattais, seigneur, avec Montmorency, Molun, d'Estaing, de Ncsle, et ce fameux Coucy. Mais à revoir Paris je ne dois plus prétiMidre : Vous voyez (ju'au tombeau je suis prêt à descendre; Je vais au Roi des rois demander aujourd'hui \j) prix de tous les ma\ix que j'ai soullerts pour lui. Vous, généreux témoins de mon heure dernière, Tandis qu'il en est temps, écoutez ma prière : Néreslan, Cliâlillon, et vous... do qui les pleurs Dans ces moments si chers honorent mes malheurs, Madame, ayez pitié du plus malheureux père Qui jamais ait du ciel éprouvé la colère, Qui répand devant vous des larmes que le temps Ne peut encor tarii- dans mes yeux expirants. Due fille, trois fils, ma superbe espérance 2, Me furent arrachés dès leur plus tendre enfance : 0 mon cher Cliâtillon, tu dois l'en souvenir!

CHATILLON

De vos malheurs encor vous me voyez frémir.

LUSIGNAN

Prisonnier avec moi dans Césarée en flamme, Tes yeux virent périr mes deux fils et ma femme.

CHATILLON

Mon bras, chargé de fers, ne les put secourir.

LUSIGNAN

Hélas! et j'étais père, et je ne pus mourir! " Veillez dikhaut dos cioux, chers enfants que j'implore, Sur mes autres enfants, s'ils sont vivants encore: Mon dernier fils, ma fille, aux chnines réservés, Par de barbares mains pour servir conservés, Loin d'un père accablé, furent portés ensemble Dans ce même sérail où le ciel nous rassemble.

i. Philippe Aufusle vainquit à Vuuvines, le 27 juillol l'21-4, Jean Sans-Terre et l'empereur OUion IV.

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