Belle tournure. » A. C
(î. C'est-à-dire oa/t;r le prix. — « Comparaison nette et précise, d'autant plus heureuse dans un poëte lyrique, qu'elle rappelle le premier des lyriques, Pindare. • A. C
MALHERBE. i3
Avofira que Fontainebleau, Le Louvre ni les Tuileries, En leurs superbes pieries, N'ont point un si riche tableau.
Apollon à portes ouvertes Laisse indiiïéremment cueillir Les belles feuilles toujours vertes Oui gardent les noms de vieillir :
Mais Part d'en faire des couronnes N'est pas su de toutes personnes, lEt trois ou quatre seulement, Au nombre desquels on me range, Peuvent donner une louange Qui demeure éternellement*.
1 . Avec ce noble orgueil qui naît de rinspiratlon et qu'elle excuse, le poëte a dit encore ailleurs (sonnel à Louis Xlll, 1G24) ;
Ce que Malherbe écrit dure éternellement.
Il est beau d'avoir pu ainsi parler de soi el de ne sVlre point trompé. En eiïet , il y a des morceaux de Malherbe qui dureront jusqu'iuix derniers dci)ris de la langue. C'est ce que reconnaissent réuelon , dans sa LetUe à VAciitiéinw , et La liruyère , c I des Caraclùrcs. Voy . aussi l'odo de Jean-I5aptiste Rousseau à Malherbe, 111,5.
Quoiqu'il fût le disciple, et même le disciple chéri de Malherbe, Hacan fut tns-loin de lui ressembler. Il n'est pas rare que des humeurs fort diverses se rapprochent et que l?urs dissemblances soient comme des liens qui les unissent'. Hacan, né en lu89 à la Hoclie- Racan, en Touraine, page dès sa plus tendre jeunesse et qui porta les armes beaucoup d'années^, se raltachail à Marol par la facilité et le charme naïf. .Mais la discipline de Malherbe lui fut fort utile : en le contraignant à s'observer un peu, elle nous valut quelques belles pièces qui ont fait vivre son nom. 11 a surtout réussi en chanlanl, comme le û'ilV Art poétique, a Philis, les bergers et les bois. » Devancier de La Fontaine, il a trouvé d'heureux accents pour exprimer le charme de la solitude^ Son style, élégant et nombreux, malgré ses né,rligences et ses incorrections trop fréquentes, a celte mollesse gracieuse et celle mélancolie douce qui conviennent au genre de la pastorale, dont Racan est demeuré l'un des modèles. 11 a rencontré aussi parfois des inspirations élevées et généreuses ; ses odes et même ses psaumes, rarement soutenus dans leur ensemble, offrent du moins des strophes très-remarquables ^
1. On se convient souvent, a dit Fontenelle (éloge de Malezieu), par ne
)ias trop se ressembler.
2. Fils d'un maréchal de camp, le marquis Honorât de Bueil, ii se relira lui-même avec ce grade. Malgré le séjour des camps, il conserva touiours une extrême douceur de mœurs et une grande facilité de caractère. Racan était le nom d'une seigneurie placée à rexlrémilé de la Touraine, sur les confins du Maine et de l'Anjou. — On a dit que Racan n'avait pas même appris le latin. Toutefois il a fréquemment imité Virgile; témoin ce vers de Vtnéide qu'il a traduit :
Una salus victis nnllam sperare salatem.
Le salut des vaincus est de n'en plus attendre.
Remarquons, à cette occasion, que Corneille et Racine n'ont pas dédaigné d'emprunter plusieurs tours et plusieurs expressions à Racan.
3. On trouvera ces stances célèbres sur l'Amour de la retraite dans nos Morceaux choisis des Clabsiqties français à lusage de la classe de Quatrième.
4. Les œuvres de Racan, publiées en 17'2i, auraient bien besoin d'un nouvel éditeur. Sur ce poëtc, qui a son importance littéraire, * parce qu'il est comme un anneau qui lie , dans notre histoire de la poésie , deux hommes de laee? très-diverses, Malherbe et La Fonlaine, » on peut voir un article plein d'intérêt de M, Ant, de Latour, Revue des deux Mondes, f mars 1835.
Les Bergeries*.
(Fragment.)