‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 236 sur 254 · Ovide a dit de même · texte numérisé non relu

Ovide a dit de même

Crede mihi , bene qui latuit, bene vixit....

GlŒSSET. 389

La Gbartreuso'

(Fragment.)

Hn esprit mâle et vraiment sage, Dans 1(^ plus invincible ennui Dédaignant le triste avantage De se faire plaindre d'aulrui, Dans une égalité hardie Foule aux pieds la terre et le sort Et joint au mépris de la vie l]n ('gai mépris de la mort; Mais sans celte âpreté sloïque, Vainqueur du chagrin léthargique Par un heureux tour de penser, Je sais me faire un jeu comique Des peines que je vais tracer.

Ainsi Taimable poésie, Qui dans le reste de la vie Porte assez peu d'utilité.

De Tobjet le moins agréable Vient adoucir l'austérité, Et nous sauve au moins par la fable Des ennuis du la vérité.

C'est par cette vertu magique Du télescope poétique Que je retrouve encor les ris Dans la lucarne inforlunée Où la bizarre destinée , Vient de nfenterrer à Paris*.

Sur cette montagne empestée Où la foule toujours crottée De prestolets' provinciaux Trotte sans cause et sans repos, Vers ces demeures odieuses

1. 1735. — Rousseau, si l'on en croil La Uarpc, préférail mômo la Charirenae à VerVeil , el ce criliqiie se montre disposé à partager son senlimcnt. « Personne, dit encore celui-ci, n'a mieux que Gressel manié la période dans les vers de huit syllabes; » à la condition néanmoins, ajoulorons-nous, de no pas abuser dosa facilité, comme il lui est arrivé quehiwffois, en prolongeant ses périodes à l'excès. — Onant au mol di^ Charirruse , dont le sens propre désigne un couvent de chartreux, il désigne dans son acception figurée, et Grossel l'entend air.si , une petite habitation isolée.

2. Cinssot, après avoir prol'e.'sé les humanités h Tours et à La Tlèciie, venait d'étn- appelé par ses supérieurs à Taris, au collège Louis-!c-Grand, pour y être régent de cinqiiième.

3. Terme plaisant , pour désigner déjeunes ecclésiastiques, et , en général des étudiants, ceux-ci portant alors, en très-grand nombre, le petit collet.

390 GRCSSKT.

Où régnent les longs arguments Et les harangues ennuyeuses, Loin (lu séjour des agrrinenls; En lin , pour (ixer voire vue, Dans celle ptidantesque rue* Où trente faquins d'imprimeurs, Avec un air de conséquence, Donnent fi'oidcment audience A cent faméliques auteurs, H est un édilice immense Où, dans un loisir studieux, Les doctes arts forment Penfance Des (ils des héros et des dieux ^ :

Là, du toit d'un cinquième étage Qui domine avec avantage Tout le climat grammairien , S'élève un antre aérien, Un astrologique ermitage, Qui paraît mieux, dans le lointain, Le nid de quelque oiseau sauvage Que la retraite d'un humaine

C'est pourtant de cette guérite, C'est de ce céleste tombeau. Que votre ami, nouveau stylite \ A la lueur d'un noir flambeau , Penché sur un lit sans rideau , Dans un déshabillé d'ermite, Vous griffonne aujourd'hui sans fard , Et peut-être sans trop de suite, Ces vers enfilés au hasard ; Et tandis que pour vous je veille Longtemps avant l'aube vermeille, Empaqueté comme un Lapon , Cinquante rats à mon oreille

1. U s'agit de la rue Saint-Jacques; et l'on a dû reconnaître, dans ce qui a été dit plus haut, la montagne Sainte-Geneviève, affectée aux écoles dès les temps les plus anciens.

2. Cest-à-dire des jeunes nobles : les plus grandes elles plus riches familles confiaient de préférence l'éducation de leurs enfants aux jésuites du collège Louis-le-Grand,

3. « Le belvédère de la Chartreuse, dit M. Éracnd dans son intéressante Histoire ihi collège Louis-ie-Grand , p. 362, s'élevait entre le Plessis et Louisle-Grand, du côlé de la cour des cuisines, sur le bâtiment neuf construit en 1060. Il se composait de deux petites chambres, l'une au-dessus de l'autre, surmontées d'une plate-forme qui dominait tout Paris. C'était l'observatoire des jésuites. On l'a détruit récemment, parce qu'il menaçait ruine. »

4. Du grec «tû^oç, colonne. On appelait ainsi des solitaires qui avaienc placé leurs cellules sur des colonnes ou plutôt sur des colonnades en ruines.

GUESSKT. 391

Ronflent encore en faux-bourdon.

Si ma chambre est ronde ou carrée, C'est ce que je ne dirai pas :

Tout ce que j'en sais, sans compas, C'est que, depuis l'obii(j[ue entrée.

Dans celte cage resserrée On peut former jusqu'à six pas.

Une lucarne mal vitrée.

Près d'une gouttière livrée A. d'interminables sabbats, Où l'université des chats, Al minuit, en robe fourrée.

Vient tenir ses bruyants états; Une table mi-démembrée, Près du plus humble des grabats; Six brins de paille délabrée Dressés sur deux vieux échalas :

Voilà les meubles délicats Dont ma chartreuse est décorée, Et que les frères de Dorée Douleversent avec fracas , Lorsque sur ma niche éthérée Us préludent aux tiers combats Qu'ils vont livrer sur vos climats ; Ou quand leur troupe conjurée Y vient préparer ces frimas Qui versent sur chaque contrée Les catarrhes et le trépas.

Je n'outre rien : telle est en somme La demeure où je vis en paix, Concitoyen du peuple gnome*, Des sylphides et des follets :

Telles on nous peint les tanières Où gisent, ainsi qu'au tombeau.

Les pythonisses, les sorcières.

Dans le donjon d'un vieux château; Ou tel est le sublime siège D'où, flanqué des trente-deux vents.

L'auteur de l'Âlmanach de Liège Lorgne l'histoire du beau temps Et fabrique avec privilège Ses astronomiques romans.

1. Gi^nlos on personnages invisibles, enfants, comme ceux qui suivent, de l'iiuaginalion populaire. Toutefois I-a Harpe, en criliquanl la rime de somme el guomi\ blùme le poOte de mettre avec les sylphes , (jui habitent l'air, les gnomes, qui habitent sous terre : il lui semble que rassembler ces itrcs fautasliques , c'est pécher contre toutes les règles de la cabale.

392 filŒSSKT.

Sur ce i)ortrait abominnble On ponsoiait qu'on lieu ij.'ircil Il n'est point' d'instant fJ(';h;ctable Que clans les heures du sommeil.

Pour moi qui , d'un poids équitable, Ai pesé des faibles mortels Et les biens et les maux réels, Qui sais qu'un bonheur véritable Ne dépendit jamais des lieux, Que le palais le plus pompeux Souvent renferme un misérable, Et qu'un désert peut être aimable Pour quiconque sait être heureux; De ce Caucase 2 inhabitable Je me fais l'Olympe des dieux.

Là, dans la liberté suprême, Semant de fleurs tous mes instants, Dans l'empire de l'hiver même Je trouve les jours du printemps^ Calme heureux! loisir solitaire!

Quand on jouit de la douceur, Quel antre n'a pas de quoi plaire*?

1. Point , dans ces sortes de lours , serait aujourd'hui de trop.

Page 1