A. CHENIER
Hymne à la France ^
France ! ô belle contrée, ô terre généreuse ,
Que lesdieuxcomplais.'intsforniaient pour être heureuse,
Tu ne sons point du nord l(3s ghiçantcs horreurs ;
Le midi de ses leu\ l'épar.L;ne les fureurs ;
Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles;
Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles
Ne trompent une main crédule^; ni tes bois
Des tigres frémissants ne redoutent la voix;
Ni les vastes serpenta ne traînent sur tes plantes
b^n longs cercles hideux leurs écailles sonnantes.
Les chônes, les sapins et les ormes épais
En utiles rameaux ombragent tes sommets;
Kt de lîeaune et d'Aï les rives fortuin-es,
VA la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées*.
Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux
Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux.
lia Provence odorante et de Zéphyre aimée
Respire sur les mers une haleine embaumée,
Au bord des Ilots couvrant, délicieux trésor,
L orange et le citron de leur tunique d'or.
Et plus loin, au penchant des collines pierreuses.
Forme la grasse olive aux liqueurs savonneuses*,
Et ces réseaux légers, diaphanes habits.
Où la fraîche grenade enferme ses rubis.
Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse*,
Tes prés enflent de lait la féconde génisse,
1. On pourra rapprocher de ce morceau quelques chefs-d'œuvre de l'anli(iuilé qui oui sugjjiri' plus d'iuie imilalion ;i Chi'nier: en premier lieu, rOlo^c de l'Alliiiuo, (pii forme le 11* cIm ur de VŒdipe à Colone, cl l'éloge de l'Italie, que renferme le 11° livre des Géorgiqurs. On comparera aussi avec iulérôi à ces vers l'éloge de l'Auglelerre par Thompson dans le 11' chanl des Saison<; l'éloge du Languedoc par Rossel, dans le chanl III du pocme de VAgricullurc, eic.
2. Si la suspension de l'hémisliche n'est pas observée ici, c'est pour produire un elVel: mais il convient d'user sobrcmenl de celle licence. — Ou se rappellera d'ailleurs que, pour les procédés de la versification comme pour la pensée, A. Cliénier a élé un chef d'école parmi nous.