Acte I, Scèn.2 III
PauliTie, Slratonice.
Félix, sc^nalnur romain ot gouverneur d»; l'Arménio, a marid depuis |)cu sa filliî Pauline à Folyeuclc, jt.-un- hotii.ne illustn* île c-- p lys, d'un niérile d^ai à sa haute noblesse. Mais r f lui-ci, éclairé par les conseils (lo l'un de ses amis, Néarque, est sur le point d'aiijurer le paganisMic. malgré les écJils cruels portés contre h'S clir'tiens. Pauline pressant les malheurs qui vont l'accabler : un songe redouble son effroi.
Je l'ai vu cette nuit, ce nialheuroux Sévère*, La veiigeance à la main, Toeil ard"nt de oolôre ; li nV'Uiit point rouvert de ces tristes lambeaux Qu'une ombre désolée emporte des tombeaux;
anlrement: et la ronvcrsaiion d'Auguste et de Cinna ne sera jamais autre chose que les vers qu'oi\ a retenus de Corneille. »
t. Emilie : forme qui appartient au langage de la g:alantorie mis en vogue au dix-septième siècle par l'hôtel de Rambouillet et par les romans de mademoiselle de Scudéry. Nos poêles tragiques ont eu longtemps le tort d'a-imettre dans leurs vers ces expressions qui ne convicnncut qu'à la comédie.
2. Il faut ici se rappeler une excellente observation que Saini-Evreraond a faite, en traitant de la TriUjédie ancipnne el moderne : « Ce qu'on doit rechercher dans la tragédie, avant toute chose, c'est une grandeur d'àme bien exprimée, qui excite en nous une tendre admiration. 11 y a dans cette admiration quelque ravissement pour l'esprit: le courage y est élevé, l'àme y est touchée. >
3. ItUO. La tragédie chrétienne de Polyencte martyr, imprimée seulement en lii44 , fut dédiée à la reine régente. C'est dans le nàilieu du troisième siècle après Jrsus-Christ , au temps des persécutions dirigées contre les chrétiens el sous l'empire de Dèce, que s'accoraplii le fait qui est le sujet de ce drame : au dire des meilleurs critiques, dont quelques-uns le jugent supérieur même à Cinua, il marque le plus haut point de la carrière ascendante de Corneille et la pleine maturité de son génie. On a prétendu qu'avant d'être représenté, Polijeiicie fut lu par l'auteur à l'hôiel de Rambouillet, el qu'il n'obtint qu'un très-médiocre succès auprès de celle compagnie, trop amie du bel esprit; le public vengea Corneille. La Harpe a fait remarquer avec raison que la principale beauté de celte pièce résidait dans le caractère de Folyeucie el celui de Pauline , aussi bien conçus que bien traités.
4. {^'élait un chevalier romain , favori de l'empereur Dèce : jadis il avait recherché la main de Pauline, qui répondait à son amour; mais, séparée de lui , elle avait fini par consentir à une autre alliance , dans la pensée que Sévère avait trouvé la mort sur un champ de bataille.
CORNKILLE. 47
1( n'était point perce de ces coups pleins de gloire Qui, retranchant sa vie, assurent sa mi'moire; Il semblait triomphant, et tel que sur son char Victorieux dans Uome entre notre César.
Apiès un peu d'eiïroi que m'a donné sa vue, « Porte à qui tu voudras la faveur qui m'est due, Inj-rate, m'a-t-il dit, et, ce jour expiré. Pleure à loisir Tépoux que; tu m'as i)rëféré. » A ces mots j'ai frémi, mon àme s'est troublée; Ensuite des chrétiens une impie assemblée, Pour avancer l'elTet de ce discours fatal, A jelé Polyeucte aux pieds de son rival. Soudain à son secours j'ai réclamé mon père; Hélas ! c'est de tout point ce qui me désespère, J'ai vu mon père même, un poignard à la main , Entrer le bras levé pour lui percer le sein : Là, ma douleur trop forte a brouillé ces images; Le sang de Polyeucte a satisfait leurs rages*. Je ne sais ni comment ni quand ils l'ont tué. Mais je sais qu'à sa mort tous ont contribué*.