‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 6 sur 254 · M. Villemain , Moyen âge, t. II, p · texte numérisé non relu

M. Villemain , Moyen âge, t. II, p

INTRODUCTION. xi

nos auteurs la grâce des mouvements, ruisanec de la dc^marche, ne peut, dans Charles d'Orléans', comprimer l'essor d'une imagination tendre et sympathique. On connaît les malheurs de ce prince et sa captivité, qui le lit peut-être poète: privé de son pcre par rassassinat , bientôt doublement orphelin, il semble, ainsi qu'un l'a dit^ que sur ce tils de Valentine de Milan ait passé comme un reflet de la civilisation italienne.

IV. A Villon^ il ne manqua, nous dit Marot, « que de demeurer en la cour des rois et des princes, » ce qu'il faut a plusieurs égards regretter et pour lui et pour l'art même. 11 avait certes l'iline d'un poète : après un sourire, après un sarcasme vulgaire, il devient rêveur, il s'attendi'it: comme cette nature grossière s'ennoblit alors et s'épure, comme elle semble tendre et délicate! 11 se moquait de tout, il y a un instant, et de lui-même, et de ses vices et de sa mort; et soudain il s'émeut a la pensée de la beauté qui n'est plus, déjà gloire qui passe aussi vite. Dans cet honnne iiu parler populaire, oii ne saurait en disconvenir, il y a un tond caché de sensibilité instinctive et toucliante. La fortune, en le plaçant si bas, la déliguré et non perverti. Ses fautes sont plutôt ses malheurs, les torts de son triste destin, de sa misère :

Pauvre je suis dès ma jeunesse De itauvre et de petit exliace'....

Ne faut-il pas quelque indulgence pour celui qui est né et qui toujours est demeuré pauvre? Voyez comme il s'accuse avec un naif abandon de son jeune âge perdu, de sa frivole imprévoyance :

Hé Dieu! si j'eusse ('tudii5

Au temps de ma jeunesse folle....

Mais hélas ! je fuyais l'école

Comme fait le mauvais enfant :

En écrivant celle parole ,

A peu que le cœur ne me fend....

C'est qu'alors, ajoute-t-il, si , mieux inspiré, il avait rais le temps h.

profit,

J'aurais maison et couche molle....

Et quelle fut la cause de ses égarements?

Nécessité fait gens m-'prendre Et faim saillir le loup du bois.

On sait comme il se méprit.... I.a misère le poussa au larcin et presque au gibet. Le parlement et le « bon roi • Louis M l'empêchèrent deux Ibis d'être pendu, et ce fut en Poitou, a Saint -Maxent, auprès « d'un homme de bien, abbé dudit lieu •, qu'il alla terminer ses Jours.

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