‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 7 sur 254 · Race · texte numérisé non relu

Race

xii INTRODUCTION.

La Renaissance. — Marol. — Uonsard. — La Pléiade.

I. Né U Cahors en 1405 et mort en 1544, Clément Marot appartient h la première moitié du siècle de la Renaissance, Il remporta dans ce temps le prix de la poésie française, a dit Ùienne Pasquier. Continuateur de Villon, et l'un des types les plus tidèles de ce vieil esprit uaulois, ingénu et gai, simple et malicieux, tendre et piquant, Marot n a jias cessé de plaire. Effacez chez lui quelques terra .s, modiiiez quelques formes surannées, et vous aurez encore des productions faciles et charmantes. Dans ceux qui l'avaient précédé, la naïveté n'dait qu'un caractère pour ainsi dire négatif, l'absence de qualités que n'avait pas trouvées la langue : ici elle appartient a l'esprit de l'auteur; elle a conscience d'elle-même; une délicatesse enjouée, un charme plein de finesse, l'accompagnent et la relèvent; dès ce moment la langue a delà souplesse, de l'abondance; elle est aisée, savante, flexible a tous les caprices de la pensée, a toutes les nuances de l'imagination. L'instrument est trouvé: viennent les ouvriers habiles qui sauront s'en servir et la perfectionner encore. En considérant la cour où vécut Marot , on s'explique ce mouvement des esprits, ce perfectionnement du langage. Princes et princesses rivalisent d'ardeur à encourager de leurs regards, à favoriser, à embrasser eux-mêmes la culture de la poésie. Le chef de cette maison royale, François \", le restaurateur des bonnes lettres, donne luimême l'exemple'. Il chante et il combat comme son favori Clément Marot, qui était blessé a ses côtés dans les champs de Pavie.

On jugera, par la fable du Lion et du Rat, de la tournure agréable et piquante des vers de notre gentil Marot :

...Je te veux dire une belle Fable :

C'est assavoir du Lyon et du Rai.

Cestuy Lyon, plus fort qu'un vieil verrat, Veil une' fois que le Rat ne sçavoit Sortir d'un lieu, pour autant qu'il avoit Mengé le lard, et la chair toute criie : Mais ce Lyon (qui jamais ne fut grue) Trouva moyen, et manière, et matière D'ongles et dens, de rompre la ratière : Dont maistre Rat eschappo vistement ;

1. Ou a conservé aussi des vers de Henri U; ou sait également qne Charles IX

a.iiliiliounait la couronne df })octe : « Quand il iikuvai'. ^ dit Drantôuie, il envoyait ilii'iclicr mes^iclus les |)oëies eu son cabinet cl i"dssail sou temps avec eux. * Ea!iu ileiiii \\l comiiùsait lui-même ses liaj"ausucs el ses dépêches; on célJbrait soo éloqiiL'iice.

INTRODirCTlON. xiii

Puis mot à terre un genouil genlemeiit, Et en estant son bonnet de la teste , A rnercié mille fois la grand'beste :

Jurant le dieu des Souris et des Rats, Qu'il lui rendroit. Maintenant tu verras Le bon du compte. Il advint d'aventure Que le Lyon , pour chercher sa pasture , Saillit dehors sa caverne et son siège : Dont, par malheur, se trouva pris au piège, Et fut lié contre un ferme posteau.

Adonc le Rat, sans serpe ne Cousteau.

Y arriva joyeux, etesbaudyS Et du Lyon , pour vrai, ne s'est gaudy*.... Auquel a dit, « Tais-toi , Lyon lié; Par moy seras maintenant deslié :

Tu le vaux bien, car le cœur joly as : Rien y parut, quand tu me deslias.

Secouru m'a fort Lyonneusement, Or secouru seras Rateusement. »

Lors le Lyon ses deux grands yeux vertit \ Et vers le Rat les tourna un petit , Eu lui disant : « 0 povre verminière, Tu n'as sur toi instrument ne manière, Tu n'as cousteau, serpe ne serpillon, Qui sceust couper corde ne cordillon, Pour me jeiter de cette estroite voye : Va te cacher, que le chat ne te voye.

— Sire Lyon, dit le fils de souris, De ton propos, certes, je me souris :

J'ai des cousteaux assez, ne te soucie, De bel os blanc plus tranchans qu'une syc : Leur gaine, c'est ma gencive et ma bouche : Rien coupperont la corde qui te touche De si très-près : car j'y mettrai bon ordre. » Lors sire Rat va commencer à mordre Ce gros lien : vrai est qii'M y sonj^ea Assez longtemps, mais il vous le rongea Souvent et tant, qu'à la parlin tout rompt; Et le Lyon de s'en aller fut prompt, Disant en soy : Nul plaisir, en elfet, Ne se perd point, quelque part qu'il soit faiclV

i. Content,

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