TIMAGÈNE
Avant d'en soupçonner la princesse ou la reine. Je mourrais miiîe fois; mais enfin mon récit Contient, sans rien de plus, ce que le prince a dit.
ANTIOCHUS
D'un et d'autre côté l'action est si noire. Que, n'en pouvant douter, je n'ose encor la croire. 0 quiconque des deux avez versé son sang,
1. « Il n'y a point, observe La Harpe, de situation plus forte: il n'y en a point où l'on ait porté plus loin la terreur, et celte incertitude effruyanle qui serre l'âme dans ralleinte d'un événement qui ne peut élre que tragi.jue. Ces mots font frémir ; cl ce qui mérite encore plus d'éloges , c'est que la situation est aussi bien dénouée qu'elle est fortement conçue. »
2. « Cette situation est des plus théâtrales . remarque également Voltaire à ce passage : cile ne permet pas aux spectateurs de respirer. »
Ne vous proparez plus à me percer le flanc. Nous avons mal servi vos haines iiiuluelles, Aux jours Tune de l'autre é^^alemL'iil cruelles; Mais si j'ai refusé ce dt'teslable emploi, Je veux bien vous servir toutes deux contre moi : Qui que vous soyez donc, recevez une vie Que déjà vos fureurs m'ont à demi ravie.
HODOGUNE.
Ah ! seigneur, arrêtez.
TiMAGiiNE. Seigneur, que faites-vous?
ANTIOCHUS
Je sers ou l'une ou l'autre, et je préviens ses coups.
CLÉOPATRE
Vivez, régnez heureux.
ANTIOCHUS. Otez-moi donc de doute Et montrez-moi la main qu'il faut que je redoute, Qui pour m'assassiner ose me secourir, VA me sauve de moi pour me faire périr. Puis-je vivre et traîner celte gène éternelle*, Confondre l'innocente avec la criminelle, Vivre, et ne pouvoir plus vous voir sans m'alarmer. Vous craindre toutes deux, toutes deux vous aimer? Vivre avec ce tourment, c'est mourir à toute heure. Tirez-moi de ce trouble, ou soullrez que je meure, Et que mon déplaisir*, par un coup généreux. Epargne un parricide à l'une de vous deux.
CLÉOPATRE
Puisque le même jour que ma main vous couronne Je perds un de mes fils et l'autre me soupçonne. Qu'au milieu de mes pleurs, qu'il devrait essuyer, Son peu d'amour me force à me juslilier. Si vous n'en pouvez mieux consoler une mère Qu'en la traitant d'égal' avec une étrangère. Je vous dirai, seigneur (car c(i n'est plus «à moi A nommer autrement et mon juge et mon roi), Que vous voyez l'ell'et de cette vieille haine Qu'en dépit de la paix me garde l'inhumaine,
1. t On ne traîne point une gône ; mais le discours d'Antiochus est si beau , que celte légère faute n'est pas sensible. » Volt. — Il faut, au reste, remaniucrque gêne sipniliait autrefois t'niure et par suite tounneni; et c'est ce que Voltaire ne sa\aii pas nu avait oublié, lors(pi'il disait à propos du vorlie (/('fier employé par Corneille ( Hoiio().,\, i) : • Ce mol ne siguilie parmi nous quV»/i/iiu;((s.s(T, tiuiuicirv. • Ain.si.iioi) souvent , Voltaire n'a pas pris garde, en reprocliaiil de prétendues fautes de langage à ce grand homme, qu'il ne pouvait parler que connue on parlait de son temps.