‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 68 sur 254 · Acte V, Scène U · texte numérisé non relu

Acte V, Scène U

Géronle (c'est le père de Dorante) vient de reconnaître qu'il a été dupe des mensonges de son fils.

GÉRONTE, sent.

0 vieillesse facile ^i ô jeunesse impudente! 0 de mes cheveux gris honte trop <îvidente! Est-il dessous le ciel père plus malheureux? Est-il alVront plus grand pour un cœur généreux? Dorante n'est qu'un fourbe ; et cet ingrat que j'aime, Après m'avoir fourbe, me fait fourber moi-même; Et d'un discours en l'air qu'il forge en imposteur, Il me fait le trompette et le second auteur! Comme si c'était peu pour mon reste de vie De n'avoir à rougir que de son infamie, L'infâme, se jouant de mon trop de bonté, Me fait encor rougir cle ma crédulité !

1. Cf. la fable de La Fontaine intitulée : le Déposilaire infidèle, Ht IX, fab. 1.

2. A cette comi^die qui offre, comme dit Voltaire, les plus comiques situations, le pathétique est aussi mêlé avec beaucoup de bonheur. F.n cela, l'auteur ne dénaiure pas le genre : il l'étend , il TaîTrandit , comme l'avaif^nl fait parfois les anciens. Si , comme le remarque Voltaire, le génie mule de Corneille quitte ici le ton familier, c'est que le sujet qu'il traite l'oblige d'élever la voix. Horace a autorisé celte liberté dans son Art poétique :

Iratusque Chrêmes tamido deliligat ore.

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