ROTROU
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Une placo dans noire recueil sf^mblf^ra justement acquise à c<'lui quo Corneille ne dédaignait pas d'appeler son père. On comprend mieux, d'ailleurs, les grands hommes, quand on ne les isole p.is tout à fait (le ceux avec lesquels ils ont vécu ou mêra'.- qui les ont précédés; et Rotrou, bien qu'il fût plus jeune que Corneille, le devança de plusieurs années dans la carrière drnmalique. Né à Drfux en 1G')9, il donna, dès Tâge de dix-liuil ans, une comédie qui obt ni des applaudissements et les mérilait, comparée aux pièces de l'époque. Il eut l'honneur d'exciter l'émulalion de celui qui d?vaiL bientôt le snrpitsser, de soutenir ses preniiers pas et de lui adresser avec bienveillance quehjues utiles leçons. A son tour, il proQla de ses exemples : ce ne fut qu'après le Cid, dont il se déclara tout d'abord Tadmirateur, que paiurerit ses deux plus remarquables tragédies, Cosroëf; et Vevceslas. La noblesse du caractère se joignait dans Kolrou à la distinction de l'esprit, et l'homme chez lui était digne du poêle. On sait la mort héroïque qui l'enleva en lOoO dans toute la force de l'âge el du talent. Dreux, sa patrie, était ravagée par une de ces épidémies que l'on a longtemps confondues aveè la peste. Le séjour en était devenu mortel. Comme cette ville n'avait pas alors de maire, et que le lieutenant général était absent, Rotrou, qui se trouvait à Paris, s'empressa de retourner à Dreux pour remplir ses fonctions de lieutenant civil et criminel, aux termes desquelles il était chargé de toute la police, et il ne tarda point à y succombe- : il avait passé à peine quarante ans. La dernière lettre qu'il écri\it. pleine d'une simplicité héroïque, a souvent été citée. Elle tient dignement sa place à côté des plus beaux vers du poète'. On redira même avec Geoffroy : « La meilleure tragédie ne lui ferait pas autant d'honneur que son dévouement; il ne faut jamais oublier combien la vertu est au-dessus du talent poétique^. »
t . t Le péril où je me trouve est imminent, disait Rotrou dans celle lettre: au moment où je vous écris, les cloches sonnent pour la vingt-deuxième personne aujourd'hui; ce sera pour moi demain peut-être, mais raa conscience a marqué mon devoir. Que ta volonté de Dieu s'accomplisse! •
2. On peut s'étonner que les travaux critiques manquent presque entièrement sur Roirou, l'un de ceux qui fondèrent la célébrité de notre scène, jusque-là occupée par Mairel, Tristan et du I\yer. N"eùt-il que l'honneur d'avoir donné rexei::p e cl riniiiaiion au génie de Corneille (il esi rare , on le sait, que les vrais grands hommes n'aient pas un précurseur), son nom subsisterait parmi ceux qui font date dans l'histoire des lettres françaises.