VENCESLAS
Sortez, vous dis-je; et vous, gardes, qu'on se retire. {.-Alexandre et les gardes sortent.)
LAIHSLAS.
Que vous plaît-il, seigneur?
VENCESLAS. J'ai beaucoup à vous dire.
{/( part.) Ciel, prépare son cœur, et le touche aujourd'hui.
LADisr AS, à part.
Que la vieillesse souffre et fait souffrir autrui * ! Oyons* les beaux avis qu'un flatteur lui conseille.
Mais il a par lui niômo sa valeur, et son théâtre et sa langue oITrent encore une clude digne d'inlorcl. Vollaire, qui a rapproché sa lr;i(,'i''iiie clirviionnc, Sdini-Gciiest, de Polyi'iicir, lui a accordé du génie; Viclorin l'abrcci M. Sainl- Marc (Jirardin ont {)arlé de Rolrou , le preuiicrdans son Elixje de C-tmeille , le second dans son Cours de litiérahire diaimilique ; en outre, M. Guizul a publié sur lui un morceau imporlant.
1. Ici se retrouve un souvenir de la plus belle scène de Ciunn, qui a précédé Venceslas de huit années. On a jnslemcnl signalé dans ce dialogue que nous reproduisons, avec le caractère d une simplicité antique , la chaleur, la Torce et la vérité du langage.
2. On dirait seulement aujourd'hui : j'aurai lorl; mais le pronom se mettait alors dans plusieurs tours d oU l'usage l'a fait disparaîlre : itin- la ration, pour (irt'i- raison, etc. Ainsi Corneille fait dire à Chimènc, le Cid, 11,8 :
Aa sang de ses sujets ud roi doit la justice.
3. Ce caraclère de Ladisïas, où l'on voit se combattre en're eux les vertus et les vices, semble avoir fourni plus d'un irait à l'un des persoiuiages de Vollaire, Vendôme, dans Adélaïde du Gucsclin.
4. Ecoulons , entendons : du verbe ouïr, qui n'est guère employé aujour-
80 IKJTHOU.
VIÎNCESLAS.
Pr('l(!z-inoi, Ladislas, le cœur avec rorcille. .rallonds toujours du tcinj)S qu*il mûrisse lo fruit Que pour me succéder ma couche m'a produit; El je croyais, mou lils, votre mère imruorl<.'lie, Par le reste qu'en vous elle me laissa d^dle. Mais, hélas ! ce portrait qu'elle s'était tracé Perd beaucoup de son lustre et s'est bien eiïacé; Eu vous considérant moins je la vois paraître, Plus l'ennui de sa mort commence à me renaître. Toutes vos actions démentent votre rang; Je n'y vois rien d'auguste et digne de mon sang; J'y cherche Ladislas et ne le puis connaître : Vous n'avez rien de roi que le désir de l'être ; Et ce désir, dit-on, peu discret et trop prompt, En souffre avec ennui le bandeau sur mon front. Vous plaignez le travail où ce fardeau m'engage, Et n'osant m'attaquer vous attaquez mon âge. Je suis vieil \ mais un fruit de ma vieille saison Est d'en posséder mieux la parfaite raison : Régner est un secret dont la haute science Ne s'acquiert que par l'âge et par l'expérience. Un roi vous semble heureux, et sa condition Est douce au sentiment de votre ambition; Il dispose à son fjré des fortunes humaines ; Mais, comme les douceurs, en savez-vous les peines? A quelque heureuse fin que tendent ses projets, Jamais il ne fait bien au gré de ses sujets : Il passe pour cruel s'il garde la justice; S'il est doux, pour timide et partisan du vice; S'il se porte à la guerre, il fait des malheureux; S'il entretient la paix, il n'est pas généreux; S'il pardonne, il est mou; s'il se venge, barbare; S'il donne, il est prodigue; et s'il épargne, avare. Ses desseins les plus purs et les plus innocents Toujours en quelque esprit jettent un mauvais sens, Et jamais sa vertu, tant soit-elle connue^, En l'estime des siens ne passe toute nue' :
d'hui qu'à l'infinitif et quelquefois au participe dans certaines expressions consacrées.
1. Cette forme ne s'emploie plus que devant une voyelle: partout ailleurs on dit vieux.
2. Si connue qu'elle soit; quelque connue qu'elle soit, faudrait-il aujourd'hui : par malheur ces tours ne sauraient s'accorder arec les lois du vers.
3. C'est-à-dire, n'est appréciée par les siens avec une justice, avec une vérité complète Ainsi Racine, Brilannicus, II, 2 ;
Mais je t'expose ici mon âme toute nue.
ROÏROU. 8!
Si donc, pour mériter de re'gir des Et.ils,
La plus pure vertu même ne suffit pas,
Par quel tieur voulez-vous que le règne succède*
A des esprits oisifs que le vice possède.
Hors de leurs voluptés incapables d'agir.
Et qui, serfs* de leurs sens, ne se sauraient régir?
{Ladislas témoigne de l* Impatience,) Ici mon seul respect contient votre caprice '; iMais examinez-vous et rendez-vous justice : Pouvez-vous attenter sur ceux, dont j'ai fait choix Pour soutenir mon trône et dispenser mes lois, Sans blesser les respects dus à mon diadème, Et sans en môme temps attenter sur moi-même? Le duc* par sa faveur vous a blessé les yeux, Et parce qu'il m'est cher il vous est odieux : Mais, voyant d'un côté sa splendeur non commune, Voyez par quels degrés il monte à sa fortune; Songez combien son bras a mon trône alTermi*; Et mon alTection vous fait son ennemi!
Encore est-ce trop peu : votre aveugle colère Le hait en autrui même et passe à votre frère; Votre jalouse humeur ne lui saurait soulîrir La liberté d'aimer ce qu'il me voit chérir : Son amour pour lo duc a produit votre haine. Cherchez un digne objet à cette humeur hautaine : Employez, employez ces bouillants mouvements A combattre l'orgueil des peuples ottomans, Uenouvelez contre eux nos h.iines immortelles, Et soyez généreux en de justes querelles. Mais contre votre frère et contre un favori Nécessaire in son roi plus qu'il n'en est chéri, Et qui de tant de bras qu'armait la Moseovie Vient de sauver mon sceptre et peut-'être ma vie.
Ce sens figuré nous vient des Lalins. Hor.ice a dit, Od., I, 2i : Incorrupla fides, nudaqne verilas....