R(3TR0U
Vicieux on vous craint; mais vous plaisoz heureux*;
Et pour vous Ton conlond le murmure et les vœux.
Ah! méritez, mon fils, que cet amour vous dure :
Pour conserver les vœux éloutlez le murmure ,
El retenez dans les cœurs par un sort dépendant
Plus de votre vertu que de votre ascendant;
Par elle rendez-vous digne d'un diadème.
Né pour donner des lois, commencez par vous-même^
Et que vos passions, ces rebelles sujets,
i)e cette noble ardeur soient les premiers objets.
Par ce jçenre de règne il faut méiiter Tautre :
Parce degré, mon fils, mon trône sera vôtre.
Mes Etats, mes sujets, tout fléchira sous vous,
Et, sujet de vous seul, vous ré^merez sur tous.
Mais si toujours vous-même , et toujours serf du vice,
Vous ne prenez des lois que de votre caprice,
El si pour encourir votre indignation
Il ne faut qu'avoir pari en mou afTection;
Si votre humeur hautaine enfin ne considère
Ni les profonds respects dont le duc vous révère,
Ni rélroite amitié dont l'infant vous chérit.
Ni la soumission d'un peuple qui vous rit,
Ni d'un père et d'un roi le conseil salutaire.
Lors, pour être tout roi, je ne serai plus père :
En vous abandonnant à la rigueur des lois,
Au mépris de mon sang je maintiendrai mes droits*.
Louis XIV que ce mol a été restreint, comme dessus et dessous, au rôle d'advci lie.
i. I,a justesse de l'opposilion manque ici dans les deux termes qui doivent se faire <;onlroste l'un à l'autre. Or, c'est du rapport hien miWiagé des idées et des mots entre eux que provient surtout la netteté du style, qu'on a si heureusement appelée le vernis des muilres.
2. Cf. dans Claudien les conseils de l'empereur Tbéodose à son flis Honorius, de Cons. I V Honorii , v. 270 :
.... Virlute decel non sanguine niti.
Si metuis, si prava cupis, si duceris iia, Servitii patiere jcgum , tolerabis iui.|uas Interius leges; tune omuia jura leuebis, Si poteris rex esse lui....
3. On trouve dans la tragédie de Venceslas , qui passa longtemps pour un chef-d'œuvre de notre théfttre, une conception dramatique attachante, des caractères assez fortement tracés, une situation neuve et belle au IV* acte, uniî diction qui n'est pas dénuée de dignité. L'exposition a été aussi fort louée par Voltaire : elle a , en effet , de la grandeur; et, pour la goûter encore aujourd'hui, il ne faut que fermer les yeux sur la rouille qui recouvre ces pages un peu surannées. De là vint à Marmonlcl, au milieu du siècle dernier, la pensée de rajeunir ce style ; ou plutôt , il entreprit de le faire à la demande de mr.dame de Pompadour. .^iais rclte tiMitative ne rencontra pas une approbation générale. Le célèbre acteur Lekain refusa notammvDl d'accepter les changements proposés, et en cela même il fit
Nd h Château-Thierry (Champagne) le 8 juillet 1621, La Fontaine fil plus que do surpasser les fabulistes qui lui avaient frayé la voie ou qui devaient le suivre ; il éleva l'apologue à on rang dont on n'avait pas soupçonné la hauteur. Jamais écrivain ne se piqua toutelois moins que lui de prétentions ambitieuses : il ignora assez longtemps que la nature l'eût créé poëte, et telle était sa simplicité, qu'il sembla dans la suite, en produisant ses plus grandes beautés , obéir à une sorte d'instinct supérieur. Non que le travail n'ait mûri les fruits spontanés du génie de La Fontaine; mais le comble de l'art fut pour lui, comme pour tous les maitres, d'en dissimuler la trace : au mérite de plaire il joignit essentiellement, d'après sa propre expression, celui de paraître n'y penser pas. De là Foriginalité et le
preuve de jugement. M. Sainte-Beuve a dit dans un article sur Marmonlel : « Quand celui-ci s'est avisé de vouloir corriger le Venceslas de Rotrou , Grimm a remarqué que c'était ià une entreprise de mauvais gnùl q.ie d'habiller Rotrou à la moderne. C'est qu'en effet dans les hommes de génie tout est précieux , jusqu'aux dC-fauls; et c'est une sottise que de vouloir les
corriger » Quoi qu'il en soit, on verra ces changements de Marmonlei
dans l'édition la plus complète de Rotrou, 5 vol. in-8°, 1820-2-2. Sur Vencslasy on peut consulter le Cours de littcra'iire de La Harpe, IV, 4, 1, et les feuilletons recueillis de Geoffroy, en ayant soin , pour être juste , d'adoucir la sévérité de ce dernier critique.
t. Parmi les travaux qui concernent La Fontaine, on remarquera les Eloges que lui ont consacrés La Harpe et Chamforl. Ce dernier remporta en illi , dans le concours ouvert sur ce sujet par l'académie de Marseille, le prix que diverses libéralités avaient élevé jusqu'au chiffre de 4400 livres. L'ouvrage était d'ailleurs très-digne de celle belle récompense : rien de plus juste cl de plus fin n'a été écrit sur La Fontaine. Entre les nombreuses éditions que l'on a publiées de lui, on signalera celles de l'abbé Guillon et de Charles Nodier, que recommandent des travaux critiques érudils el piquants, surtout celle de M. Walckenaer, qui fait partie de la collection des classiques Lcfèvre. ^'on content d'éditer el d'annoter notre grand fabuliste avec le soin et la compétence qui le distinguaient, M. Walckenaer a donné sur lui un livre plein de recherches curieuses : Histoire de la vie et des ouvrages de Jean de La Fontaine. On peut voir ce que madame de Sévigné pensait de La Fontaine : Lettre à madame de Grignan , du 29 avril 1671: cf. les lettres du 20 juillet 1679 et du 14 mai 1686 au comte de Bussy, qui partageait l'admiration de ?a cousine. Parmi ceux qui l'ont apprécié le mieux, on citera encore Fénelon, quia notamment déploré sa mort dans la langue et avec la délicatesse de Térence, La Bruyère (discours de réception de l'Académie), Yauvenargues {Réflexio)is crili'ques $urquel(jues poètes), JJarraontel {Eléments de liltérulure, au mot Fable), La Harpe (Cour* rfe littéiaiiive), MM. Sainte-Beuve (Poî'/rtii/*-) et Nisard ( f/js/o.Te de la liuéialure française), etc. Il est de plus resté, maiï en partie seulement, un commentaire' de cet auteur par Cliamfort. Celui-ci l'avait composé pour la sœur de
charme de cet auteur inimitable ' : ce qui complète l'un et l'autre, c'est que, sous Tinspiralion vraie qui le dirige, on aperçoit toujours le cœur de l'homme. Nul ne prend plus d'intérêt que lui à tout ce qu'il raconte ; et la race humaine n'est pas le seul objet sur lequel il épanche le riche fonds de sa bienveillance : les animaux sont pour lui des hôtes de cette terre, auxquels il n'est pas cMranger. Sa vive sympathie anime tout l'univers à nos yeux, et ses fables sont comme une vaste scène où il se montre souvent le rival de Molière'. Non moins que Molière, il nous avertit et nous corrige en nous amusant. Chez lui, que de règles de conduite et de préceptes de morale renfermés dans des vers devenus proverbes et présents à toutes les mémoires ! Quel âge et quelle situation de la vie n'ont pas beaucoup à lui emprunter^ ?
Les Loups et les Brebis*.
Après mille ans et plus de guerre déclarée, Les loups firent la paix avecque les brebis : C'était apparemment le bien des deux partis ; Car, si les loups mangeaient mainte bète égarée, Les bergers de leur peau se faisaient maints habits. Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d'autre part pour les carnages^; lis ne pouvaient jouir qu'en tremblant de leurs biens. La paix se roiiclut donc : on donne des otages ; Les loups, leurs louveteaux ; et les brebis, leurs chiens. L'échange en étant fait aux formes ordinaires.
Et réglé par des commissaires ,
Louis XVI, madame Elisabclh, dont il était le lecteur : la bibliothèque de oellc princesse possédait le manuscrit complètement achevé : ce qui a été depuis imprimé n'en esl qu'un abrépé ou un débris; le reste semble perdu. .Ajoutons que sur La l^onlaino, ainsi que sur la plupart des écrivains de l'époque classique , on recourra avec beaucoup de fruit aux deux llisloirea de lu tittéralure fniuçnisc qu'ont fait paraître .MM. Geruzez etDeraogeot.
1. « Son génie, dit M. Walckenacr, lui avait fait donner de son vivant le surnom d'j/ii»ii/nh/t', et son caractère, celui de bonlioinme. » Sur celte bonhomie de La Fontaine , qui se rètléchit dans ses ouvrages, Vergier a Tait d) jolis vers que La Harpe a cités.
•2. Comme ce maître de notre théâtre, il nous a laissé aussi d'excellentes
Sages de prose, dont on peut lire quelques-unes dans le volume de nos lorccaux choisis à l'usage de la classe de sixième.
3. Nous avons cru inutile, on général, d'indiquer les auteurs auxquels La l'ontaine a emprunté le i?ujel de ses fables, ce travail se trouvant déjà fait avec beaucoup d'exactitude dans plusieurs éditions.
^1. Celte fable csoyu'i/i/c est contée par Xénophon , Entrcliens mémor. de Socrnic , Il , 7 , cl par Plutarque, Vie de Démusihènr , c. x.xm.
5. Ce substantif ne se prend au pluriel que dans la poésie , et encore cet emploi y est-il fort rare.
Au bout de qiickfiio temps que messieurs les louvats*
Sf; virent loups paifaits ( l fi lands de tuerie, Ils vous preiiiienl le t.'rii[)S qu^ dans la Jjergerie
Messieurs les b<;r^ers n'c'taient pas, Etran';lent la moitié des aj,'neaux les plus trras. Les emportent aux dents, dans les bois se retirent : Ils avaient averti leurs gens secn-t^-ment. Lesrhiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement.
Furent (-Iran^Hés en dormant; Cela fut sitôt fait qu'à peine ils le sentirent : Tout fut mis en morceaux ; un seul n'en échappa.
Nous pouvons conclure de là Qu'il faut faire aux méchants guerre continuelle La paix est fort bonne de soi; J'en conviens : mais de quoi sert-elle Avec des ennemis sans foi?
Liv. m, fab. 13.
Les Animani malades de la peste ^.
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre*, La peste (puisqu'il faut rappeler par son nom),
1. On disait dans notre ancien idiome, remarque M. Walckenaer, louvat, lovol , loii'.iu, pour un louveteun ou ppli! loup. — C'est l'occa^^ion de rappeler \o goùl de La l<"onlainepour beaucoup de mois de noire vieille langue, qu'il a voulu sauver, sans y réussir toujours. « Il était, dii M. Villeraain d'après Furetière, fort assidu aux séances de l'Académie, mais il ne pouvait y faire admettre par les plus sages les mots de sa conn(ti>snnce, ceux qu'il avait appris dans Marot et dans Rabelais. On peut , ajoute M . Villemain , en faisant un partage de ces mots et en concevant le scrupule qui en excluait quelques-uns , regretter que La Fontaine n'ait pas eu plus de créd^il à l'Académie, et rjne plusieurs façons de parler expressives, empruntées au vieux français, ne soient pas restées dans le Dictionnaire. Heureusement, La Fontaine les a mises dans ses ouvrages , où elles sont encore mieux, et où elles revivent. » Il est certain qu'il a, comme Molière, réagi contre l'école exclusive qui sacriQait trop facilement nos anciennes richesses de tour et d'expression.
2. Ce sujet a été très-fréquemment traité avant La Fontaine : il ne devait plus l'être après lui. Plusieurs de nos poêles du seizième siècle ne l'avaient pas abordé sans succès ; on citera parmi eux ilaudent, liv. Il , fab. 9 de ses Trois ccnl soixante-six apologues d'Esope, et surtout Guéroult, dans son Premier livre des Ewllèmes. Quanta la pièce de La Fontaine, elle a trouvé de non.breux comm.entaieurs entre lesquels on citera, outre Chamfort, La Hai^eel plus récemment Ch. Nodier.
3. L'auteur commence sur un ton fort imposant, conforme à la grandeur de son sujet; mais il n'aura garde de s'y tenir ; il nous ménage un peu plus loin des contrastes pleins d'intérêt.
Capable d'enrichir en un jour i'Achéron*,
Faisait aiiK animaux la{j:iiorre.
Ils ne mouraient pas tous, mais- tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'oecupi's A cherrher le soutien d'une mourante vie;
JNul mets n'excitait leur envie*;
iNi loups ni renards n'('piaient
La douce et l'innocente proie;
Les tourterelles se fuyaient:
Plus d'amour, p;!rtant plus du joie'.
Le lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je ciois que le ciel a permis
Pour nos pechtîs celte infortune.
Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux; Peul-r-tre il obtiendra la guérison commune ; L histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévoûments.
Ne nous dations donc point : voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisîaisant mes appétits gloutons.
J'ai dévoi é force moulons.
Que m'avaient-ils fait? nulle olïense; Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger*.
Je me dévoijrai donc, s'il le faut : mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi; Car on doit souhaiter, selon toute justice.
Que le plus coupable périsse. —
1. Sophocle, décrivant aussi une pesle au commencement de VŒdipe rot. avait dit :
"AiSri; ffxevaytJLoTç xai yôoiç TiXouTÎÇeTai.
Or La Fontaine avait fort éUidié les anciens: t Ce qu'on ne s'inn?inerait pas, dil l'iiislorien de l'.Académie ( l'abbé d'Oiivcl), c'est qu'il f;iisail ses délices dt; IMalon et de Pliitaniuc. J'ai Icnii les oxeniplaires qu'il en avait; ils sont nolés de sa niaii» à cliiiqne page, et j'ai pris p:anle que la plupart de ses noies étaient des ma.vinies de morale ou de polliiquc qu'il a semées dans ses Tables. »
2. C'est ce que Virgile a exprimé avec tant de charme dans la description de son épizoolie, Géorg., lll , v. 498 :
Labilur, infclix studiorum alque immemor hcrbœ, Victor equus....
3. Peul-on mieux exprimer la désolation que par ces vers pleins d'une grûce mélancolique? • Ce sont là , dit Chamfort , des trails qui valent un tableau tout enliiT. •
4. Ne semble-i-il pas. parce petit vers , que le lion veuille escamoter ce que son péché a de moius pardonnable ?
88 LA FONTAINK.
Sire, (lit le renard, vous Ates trop bon roi ;
Vos scrupules fout voir trop de d<;Iicalcsse.
Eh bien ! mander iiujutons, eanailb;, sotte espèce ,
Est-ce un pécini? INon, hou. Vous leur fîlfS, seigneur,
En les croquant, beaucoup dlionncur;
Et, (piant au bercer, Ton peut dire
Qu'il était digne de tous maux, Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire. »
Ainsi dit le renard* ; et flatteuis d'applaudir.
On n'osa trop approfondir Du tigre, ni de Tours, ni des antres puissances,
Les moins pardonnables ollc'nses.
Tous les gens querelleuis,.jub(ju'au\ .-impies mâ'iiih, Au dire de chacun étaient de petits saint-. L'âne vint à son tour, et dit : « J^ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant, La faim, Toccasion, l'herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue : Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net 2. » A ces mots, on cria haro' sur le baudet.
1 . C'est une excellente comédie, dont le dénoùment , remarque Ciiamtor l , a le nu'riic d'être l'rOparé sans être prévu. « Les discours des principaux personnages, du lion, du renard , et ceiui Je l'âne que nous allons lire, soni d'une vérité telle que Molière lui-même n'eût pu aller plus loin. »
2. Que de circonstances réunies pour atténuer la faule! Elle est ancienne: l'animal ne faisait que passer; il n'a point eu l'intention de mal faire; s'il a pris, au moins il a pris aux riches. — Il sera curieux de voir la confession de l'àne, dans Guérouli; c'est de beaucoup la meilleure partie de sa fable :
Quelque temps fut que j'étais en servage Sous un marchand qui bien se nourrissait, Et au rebours pauvrement me pansait , Combien qu'il eût de moi grand avantage. Le jour advint d'une certaine foire Où , bien monté sur mon dos , il alla; Mais arrivé , jeun il me laisse là Et s'en va droit à la taverne boire.
Marri j'en fus ; car celui qui travaille Par juste droit doit avoir à manger.
Or je trouvai , pour le conte abr.'ger, Ses deux souliers remplis de bonne paille. Je la mangeai sans le su de mon maître : En ce faisant l'offensai grandement , Dont je requiers pardon très-humblement, N'espérant plus telle faute commettre....
3. Ancien terme de pratique judiciaire, et qui faisait souvenir, dit-on, de la sévère équité de Rc'îlon , premier duc de Normandie : ceux qui avaient été victimes de quelqiie voi en appelant de suite à lui par ce cri : Ah! Ro; d'où par corruption haro. D'autres dérivent ce mot de lallemand heei; armée , comme si l'on invoquait le secours d'une armée entière.
Un loup, quel(ïue peu clerc*, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, c«' galeux d'où venait tout le mal.
Sa peccadille fut jui^ée un cas pendable.
Manger Therbe d'autrui! quel crime abominable'!
Kien que la mort n'était capable D'expier son forfait. On le lui lit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noirV
Liv. VII, fab. i*.
Le Coche et la Mouche.
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un coche ^ Femmes, moine, vieillards, tout était descendu : L'attelage suait, soufflait, était rendue Une mouche survient, et des chevaux s'approche; Prétend les animer par son bourdonnement. Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
I. C'est-à-dire, instruit : on donnait aux ecclésiastiques le nom de clercs (d'où clergé): et, dit Pasquier, « comme autrefois il n'y avait qu'eux qui faisaient profession de belles-lettres, nous api)eh\mes, par mélaplion.', gntud clerc l'homme savant, et la science fut ap|)eU'c clcnjie. •
1. l\ faut voir aussi, dans la fable de Guéroull citée plus haut, le réquisitoire du loup •
Coniracnl? la paille aux souliers demeurée De son seigneur maujjer à belles dents 1
Et si le pied eût t'té là-dedans ,
Sa tendre chair eût été dévorée.
3. Sosie parle à peu près ainsi dans V Amphitryon de Molière :
Selon ce que l'on peut être , Les choses changent de nom.
4. « Le septième livre, dit Chamfort, s'ouvre par le plus beau des apologues de La Fontaine et de tous les apologues. Outre le mérite de l'exécution , qui dans son j^enre est aussi parfaite que celle du Chêne et du Iloseau. celte fable a l'avantage d'un fonds beaucoup plus riche et plus éleudu; et les applications morales en sont bien autrement importantes, (^'est presque l'histoire de toute société humaine. »
5. Espèce de chariot, couvert et non suspendu, qui servait autrefois de diligence . de là cocher. — Ce mol ne se prend plus que pour désigner des bateaux destinés au transport des voyageurs et des marchandises.
6. Comme La Fontaine excelle à peindre par les sons ! Ne sent-on pas ici l'effort des chevaux? n'est-on pas témoin de leur fatigue ?
Qu'elle fait aller la marhine; S'assied sur jo limon, sur !o noz du cocher.
Aussitôt que le char chomine,
El(|u'cll(; voit les ^oris rnarchor, Elle son attribue uniquement la i^'loire, Va, vient, (ait i*emi)re>sée : il semble que ce soit Un serj^onl de batailles allant en chaque endroit Faire a\aiic(T ses gens et hâter la victoire.
La mouche, en ce commun besoin.
Se jîlaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin; Qu'aucun nViide aux chevaux à se tirer d'affaire.
Le moine disait son bréviaire :
Il prenait bien son temps! Une femme chantait ; C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait! Dame mouche s'en va chanter à leurs oreilles.
Et fait cent sottises pareilles.
Après bien du travail le coche arrive au haut*. « Respirons maintenant! dit la mouche aussitôt : J'ai tant fair que nos gens sont enfin dans la plaine. Çà, messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine.
Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
S'introduisent dans les affaires;
lis font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés*.
Liv. Vil. fab. 9*.
La Laitière et le Pot an Iait^
Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait, Bien posé sur un coussinet,
1. C'était un officier important de l'armée, dont la fonction spéciale était de ranger les soldats pour le combat.
2. Ce qui serait parlout ailleurs une fante contre la règle de Tbiatus a ici le mérite de représenter le but atteint avec beaucoup depeine.
3. Il s'agit de cette race, a rrf^'/io;(i(»i nalio, dent a parlé Phèdre, Fa6., II, 5, et qui liii semblait comme à La Fontaine :
Gratis anlielans, multa agendo nihil agens, Et sibi molesta , et aliis odiosissima.
4. « Ce petit apologue, dit Chamfort , est un des plus achevés : aussi a-t-il donné lieu au proverbe, la mouche du coche. » La Harpe a fait une analyse de celle fabie.
5. On trouve le même sujet précédemment traité dans les Nouvelles de
LA FOiMAlNIi. 91
Prétendait arriver sans encoinbro à la ville'. Légère cl court vêtue, elle allait à grands pas. Ayant mis ce jour-là, j)oiir être plus agile,
Cotillon simple et souliers plats*/
Noiri; laitif'ic ainsi troussée,
Comptait déjà dans sa pensée Tout le priv: de son lait; en employait l'argent; Achetait un cent d œufs; faisait triple couvée: La chose allait à bien par son soin diligent.
« Il m'est, disait-elle, l'acile D'élever des poulets autour de ma maison;
Le renard sm a bien habile S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s'enyraisser contera pou de son : Il était, quand je Peus, de grosseur raisonnable; J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon; Et qui m'empêchera de mettre en notre élable, Vu le prix dont il est', une vache et son \eau, Que je verrai sauter au m.ilieu du troupeau? » Perrette là-dessus saute aussi, transportée : Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée*. La danu; de ces biens, quittant d'un œil marri'
Sa fortune ainsi répandue.
Va s'excuser à son mari,
En grand danger d'être battue...
Quel esprit ne bat la campagne?
Qui ne fait châteaux en Espagne*?
Bon. des Perrière (la xiv). La Fonlaine connaissnil h fond notre antiquité française : il »Hait ni^me remonlé forl au delà de Rabelais et de .Marol dans l'histoire de notre lilléralure; et, comme l'observe le comle de Cayliisdans un nu'moire s/ir /t's fabliaux, « il n'eùl pas Clé ce qu'il sera (Heriiellemenl, c'esl-à-tlire on auteur d'un goùl exquis, s'il n'avait pas puisé à ces sources des exemples el des modèles. •
1. nans le contraste de ce sujet avec le pr(''cédent éclate la souplesse du talent de La l'onlaine : la marclie de la lailiorjest en effet aussi vive, preste et déiTaîT''c, que la monléc du coche a élt' htile et laborieuse.
2. Delille.s'inspiranl deces vers, a montré aussi dans ses Jardùis, chant 11,
.... Le pus leste et vif de la jeune laitière, Qui, l'habit retroussé, 1: corps droit, va trottant, Son vase en t^quilibre, el chemine en chantant.