‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 77 sur 254 · Il se rapporte au porc · texte numérisé non relu

Il se rapporte au porc

4. Rime imparfaite : il faudrait deux lettres semblables avant l'e muet.

5. Ancien mot, pour insic, (dché. On se plaît encore à l'employer dans la ronversation.

G. Ce sont des projets nui manquent de réalité, d'accomplissement, comme l'Espagne manque de chàleaux : c'esi effcclivi ment le pays du monde où, par suite des longs ravages qu'y exercèreiif les Maures, on en aperçoit le

Picrooholc, Pyrrhus', la laitière; enfin tous,

Autant les sages que les fous!

Chacun songe en veillant; il n'est rien de plus doux Une llatleuse erreur emporte alors nos âmes;

Tout le bien du mfmde est à nous...

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi : Je m'écarte, je- vais détrôner le sofi';

On m'élit roi, mon peuple m'aime :

Les diadèmes vont sur ma tr-te pleuvant. Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même,

Je suis gros Jean ' comme devant.

Liv. VII, fab. 10*.

La Mort et le Blonrant.

La Mort ne surprend point le sage' :

Il est toujours prêt à partir,

S'étant su lui-même avertir Du temps où Ton se doit résoudre à ce pas.sage.

Ge temps, hélas! embrasse tous les temps; Qu'on le partage en jours, en heures, en moments.

Il n'en est point qu'il ne comprenne Dans le fatal tribut : tous sont de son domaine; Et le premier instant où les enfants des rois

Ouvrent les yeux à la lumière

Est celui qui vient quelquefois

Fermer pour toujours leur paupière.

moins dans la campagne : à cet égard , on pourrait consulter les Œuvi es clioiaies de Pasquier, t. I, p. txxxvii. — Les chdteaiix en Espagne forment le sujet et le litre d'une des plus jolies comédies de Collin d'Harleville.

1. De ces deux personnages très-divers, l'un, Picrochole, est de l'invention de Rabelais; sur le second et ses projets, voyez la 1" épître de Boileau (Morceat(x choisis h l'usage de la classe de sixième , page 135).

2. C'est-à-dire le roi de Perse, aujourd'hui désigné plutôt par le titre de schah. Au propre, le nom de princes Sophis ou Sofis a été celui d'une de,« dynasties qui ont régné sur cette contrée.

;i Nouveau souvenir de Rabelais, qui emploie ce mol pour désigner un homme sans importance, un pauvre sire.

4, « Fable charmante, dit Chamfort : quelle légèreté dans le début, et ensuite que de grâce et de naturel dans la peinture, faite par le poëte, de cette faiblesse, si naturelle aux hommes, d'ouvrir ieur âme à la moindre espérance ! On aime à voir La Fontaine se mettre lui-même en scène, comme ne se piquant pas d'être plus sage que les autres : voilà un des charmes de sa philosophie. » •

5. Il faut rapprocher de cette fable un passage du III* livre de Lucrèce, v. 944 au v. 992, et un beau chapitre des Essais de Montaigne , le 19* du l" livre.

LA FONTAINi:. 93

Défendez-vous par la grandeur, Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse* :

La Mort ravit tout sans pudeur; Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.

Il n'est rien de moins ignoré,

Et, puisqu'il faut que je le die*,

llien où l'on soit moins préparé.

Un mourant qui comptait plus de cent ans de vie Se phiignait à la Moit que précipitamment Elle le contraignait d(i partir tout à Theure,

Sans qu'il eût fait son testament, Sans l'avertir au moins. « Est-il juste qu'on meure Au pied levé'? dit-il; attendez quelque peu : Ma femme ne veut pas que je parte sans elle; Il me reste à pourvoir un arrière-neveu; Souffrez qu'à mon logis j'ajoute encore une aile. Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle! — Vieillard, lui dit la Mort, je ne l'ai point surpris. Tu te plains sans raison de mon impatience. Eh! n'as-tu pas cent ans? Trouve-moi dans Paris Deux mortels aussi vieux; trouve-m'en dix en France. Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis

Qui te disposcât à la chose :

J'aurais trouvé ton testament tout fait, Ton petil-fils pourvu, ton bâtiment parfait. Ne te donna-t-on pas des avis, quand la cause

Du marcher et du mouvement.

Quand les esprits, le sentiment.

Quand tout faillit en toi? Plus de goût, plus d'ouïe; Toute chose pour toi semble être évanouie; Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus : Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus.

Je t'ai fait voir tes camarades

Ou morts, ou mourants, ou malades.

Qu'est-ce que tout cela, qu'un avertissement?

Allons, vieillard, et sans réplique :

Il n'importe à la république

Que tu fasses ton testament. »

La Mort avait raison : je voudrais qu'à cet âge

1. Cr. Properce, Élégie sur la mort du jeune Marcellus, III, xviii, '27:

Nirea non faciès , non vis exemit Achillem , elc.

2. Forme aulrefois reçue en vor;;, pour dise, et que l'on retrouve jusque dans VIphiijvnic do Uacino.

3. Sldus lu'de iii uno, disait Horace, pour exprimer une action faite avec précipitation , à la légère.

On sortît de la vie ainsi qii(3 d'un banquet', Remen;iant son liole, et qu'on fît son paquet : Car d(! roml)if'n peut-on retarder if; voya^n;! Turnurnniies, vieillard! vois ces jeunes' mourir;

Vois-les marcher, vois-les eourir A des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres rependant, et quelquefois cruelles, .rai bfîaii te le ciier; mon zèle est indisfr-'t : Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

Liv. VIII, fab. 1 \

Le Savetier et le Financier*.

Un savetier chantait du matin jusqu'au soir :

C'était merveille de le voir, Merveille de Touïr; il faisait des passages^

Plus content qu'aucun des sept sages*.

Son voisin, au contraire, étant tout cousu d'or.

Chantait peu, dormait moins encor :

C'était un homme de finance.

Si, sur le point du jour, parfois il sommeillait, Le savetier alors en chantant l'éveillait;

Et le tlnancier se plaignait

Que les soins de la Providence

1. Encore une belle imitation d'Horace: voy. la fin de la première de ses

Satires :

Exacte contentus terapore vit»

Cedat, uti conviva satur.,..

Cf., outre Lucrèce ( de rerum Natura, 111, v. 9ôl et 973 , Cicéron, qui a dit pareillement , de Senect., c. 23 : • Ei vila discedo, tanquam ex Iiospitio. »

Page 1